‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 118 sur 166 · Sijnodes du désert, III · texte numérisé non relu

Sijnodes du désert, III

une déclaration analogue à MM. du Comité de Lausanne et en étend 'le bénéfice à toute la Guienne. « Cette province, écrit-il, jouit d'une liberté inconnue aux protestants de France depuis la révocation de l'édit de Nantes ))^. La duchesse de Mouchy (femme de Philippe de Noailles, commandant militaire de la province à partir de 1774) passait pour leur être très favorable^. En juin 1781 le curé de Saint-Michel entre en relations écrites avec le Consistoire pom- lui recommander une pauvre femme domiciliée dans sa paroisse et sans doute protestante., dont la maison vient d'être incendiée^. Au mois de mars 1786 les Luthériens allemands des Chartrons voulant célébrer solennellement la fête de Pâques, ne trouvent point imprudent d'emprunter le temple des Réformés français, leurs frères en la foi *. En novembre suivant, le consul de « Sa Majesté la Czarienne » reçoit l'ordre de prêter et prête effectivement entre les mains du pasteur protestant de Bordeaux le serment de fidélité qu'il doit à sa souveraine : cas d'autant plus curieux que le consul David Wittfooth est anglican et la czarine « orthodoxe » ^.

1. Lettre du 31 juillet 1773 dons le Bulletin..., XXXI, p. 406.

2. D'après Olivier-Desmoht cité, sou- la date de 1782, par Cli. Dardier [rec.cilé, II, 296).

3. Registre consi.storial, à la date. — Cette femme habitait sans doute, comme tant d'autres protestants, le quartier de La Rousselle qui ressortissait à la paroisse Saint- Michel (\'oy. ci-dessus, p. 101). — Un biograplie de Jaubert rapporte que, vers 1768 ce semble, cet ecclésiastique^ dont nous avons noté les écrits dans notre Introduction, fut banni de Bordeaux « pour avoir marié des protestants » (G. Rossignol, dans Rev. philom. de Bordeaux^ 1890, p. 223, san-^ indic. de sourcfe). Nous ne nous rendons pas clairement compte dans quel sens il faut prendre cette assertion.

•1. Registre consislorial, à la date. — Se rappeler qu'en 1631 déjà le Synode national de Charenton avait admi:^ des Luthériens fratirais à participer à la cène selon le rite réformé sans faire abjuration de leurs propres doctrines en cette matière, « attendu que les églises de la confession d'Augsbourg conviennent avec les autres réformées es principes et points fonfiamerdaux de la vraye religion, et qu'il n'y a en leur culte ni idolâtrie ni superstition >'.

ô. Registre consislorial à la date. — Nous avons publié dans la Revw? historu]iie de Bordeaux (1917, p. 22S), le procès verbal de cette cérémonie, en racconq)agna nt tl'un court commentaire.

C'est par conjecture que nous regardons ce \Vittrooth comme anglican (au sens le plus large de ce terme), car cela n'est )>oint dit dans la délibération du Consistoire. Mais il est inadmissible, s'il était catholique, qu'il ait consenti à prêter serment entre les mains d'un pasteur protestant. La seule difficulté qu'il y ait, c'est que, le 26 octobre 1789, une fille de Daniel Wittfooth fut baptisée par le curé de Saint-André (Voy. le Registre bapt. de Saint-André. GG. 127, acte n" 1067, aux Archive'^ mimic. de Bordeaux). L'absence du père étant constatée à cette cérémonie, il faut conclure provisoirement que la mère, née Thomson, était catholique.

HISTOIRE KXTr':nNE DR LA COMMUNAl^TÉ DES RELIGI()N\Aini:S 2Sl

C'en fut fait des mortellos pirveni ions que le (Clergé avait suscitées contre les hérétiques du jour où l'on vit, à la société du Musée, des m<imbres ecclésiastiques coudoyei* sans embarras les deux pasteurs de Bordeaux, sui* lescjuc^ls pesaient encore toutes les excommunications d(î la législation canoni(|ue (^t civile, ou échanger avec des protestants notoires, comm'> M. de f^isleferme, des jiolitesses compromettantes^; — du jour surtout où des catholiques, mus je ne sais par quel sentiment de curiosité et de sympathie, vinrent écouter le prêche des (-hartrons et s'édifier peut-être aux paroles du prédicateur^. Ces nouveautés, qui s'enregistrent pour nous vers 1(^ milieu du règne de Louis XVI, remontaient vraisemblablement aux premières années de son avènement. Elles étaient le signe indubitable d'une transformation de l'opinion publique par rapport au passé.

Une preuve non moins péremptoire de la quiétude qu'éprouvent vers ce temps les riches négociants protestants de Bordeaux, c'est le goût que prennent quelques-uns d'entre eux — de Lisleferme, Bonnaiïe, Nairac, Desclaux ^, etc.,— d'édifier de somptueusesdemeures qui ne le cèdent en rien à celles de leurs confrères catholiques *. Ils n'auraient très vraisemblablement pas engouffré leurs capitaux dans ces dispendieuses entreprises s'ils ne s'étaient pas crus tout-à-fait assurés d'en jouir.

Quinze ans ..plus tôt, ces menus faits n'eussent pas été possibles;

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