‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 119 sur 166 · uv, ci-dessus, i · texte numérisé non relu

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2. Voy. ci-dessus, chap. Ail, p. 202. — Se souvenir qu'en Tannée 17BS, T. J. Pichon, chanoine de l'église Saint-Pierre-du-Mans, osa publier et dédier n son éveque après ap|)robation du vice-chancelier (de la Sorbonne ?) et avec privilège du roi, un ouvrage en deux volumes intitulé : Principes de la religion et de la murale, extraits des ouvrages de Jacques Saurin, ministre du Saint-Evangile ( -|- à La Haye en 1730). Pichon déclarait faire grand cas de la doctrine et de la morale du pasteur, à quelques points près. 11 entendait démontrer que, « malgré le conflit des opinions sur certains articles i)arnii les théologiens des églises discoles, les principes fondamentaux de la religion <'t de la morale n'en subsistent pas moins les mêmes ■). Ce chanoine était manilestement plus enclin à voir ce qui rapproche les chrétiens (pu> ce qui les sépare.

3. CelU; de Bonnaffé se. voit au coin de la rue Sainte-Catherine et du cours du Chapeau-Piouge; celle de L'Islefernie est aniourd'imi le Muséum d'histoire naturelle; celle de Nairac se trouve sur le cours de Verdun, 13, à l'angle de la rue llustin: celle de Desclaux de Lacoste est aux Chartrons, probablement au n^ 11 de la rue du Couvent.

4. Cf. ci dessus, Introduction, section 2. — M'"^ de Laroche décrit les demeures de Bonnaffé et de L'isleferme {oiw. cité, p. 307 et 323), et signale celle que Desclaux de Lacoste vient de "^claire bâtir par La Claude (sic pro Laclotte), moyennant la somme de 120.000 1. {ibid., p. 328.).

il fallut le triomphe du philosophisme sur le cléricalisme pour qu'ils aient osé se produire ^

En fait, l'avènement au trône de Louis XVI (dit le Bienfaisant) et l'arrivée aux affaires d'hommes comme Turgot, Malesherbes, Necker inaugurèrent dans l'existence de notre église une phase do tranquillité définitive et lui assurèrent une tolérance qui se prolongera jusqu'à la Révolution. La preuve de ce changement ressort pour nous des innovations que nous avons signalées précédemment :

1775 mars, requête des protestants de Guienne au roi pour obtenir la liberté de leur culte ^;

1776, ouverture de la maison d'oraison des Chartrons;

1778, demande d'un troisième pasteur pour desservir l'église;

1779, établissement du cimetière de la rue Laville;

1780, ouverture de la maison d'oraison de la rue du Muguet, « en ville « ;

1781, organisation de la maison de charité, fondée vers 1768; 1788, projet d'organiser une école d'abécédaires;

1784, établissement d'un budget annuel;

1786, tentative du Consistoire de se soustraire à l'obédience de la « province de Saintonge ».

Les assemblées qui jadis se faisaient à nuit tombée, se tenaient maintenant de jour et admettaient non plus 20 personnes, comme au début, mais 50 et même 80.

Cette sécurité de fait avait un grave inconvénient qu'Olivier-Desmont signale dès 1773 dans une lettre que nous avons déjà citée : « En général nous sommes trop peu actifs pour l'avancement de nos affaires religieuses. Nos protestants sont tranquilles parce que le gouvernement les souffre, et ils ne pensent pas que leur liberté est précaire et que leur état, n'étant point fixé par les lois, n'est qu'un fantôme ^ » - ,

Dans ce grand progrès de l'esprit public apparaît encore une fois l'influence de Turgot qui ose proposer à Louis XVI, lors de son

1. Félix Roc(|uaiii considère que ce triomphe est (lélinitivcmenl acc|uis vers l'aniiér 1770 (L'esprit révul. ,p. 277).

2 D'après Bachaumoni, Mémoires, \ll, p. 3-11'. Toiitelois nous n'a\ons point lacertitudc (pie les protestants de Boideaux se soient associé- à cette requête : il n'en est point question dans le Hnjisirc consisîorial.

3. Lettre à Messieurs du Comité de Lausanne [Biillelin..., XXXI, p. 407).

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sacre, de retrancher du serineiiL royal la j)romesse d'exterminer les hérétiques et lui présente à ce sujet un courageux mémoire, (jui fut publié en 1778 sous ce titre : La lolérance aux pieds du trône \ Les articles en ])araissent aujoui'd'hui i)ien anodins : « Nous ne proposons pas, dit-il, de tolérer les dogmes de la religion réformée, mais de cesser d'opprimer ceux (jui les professent. Nous ne demandons pas que les Protestants aient un culte et des ministres, nous demandons qu'ils puissent avoir des enfants ^ »

Turgot avait ses raisons pour réduire à si peu ses remontrances* Si l'on ne voit point, en ces dernières années de l'Ancien régime, ({ue l'hostilité systématique du Clergé de France contre l'hérésie se soit manifestée autrement que par de menues vexations locales, cette hostilité persistait pourtant en principe et en doctrine. Elle reparut même d'une manière ofîicic^lie, après trente ans de silence, d'abord dans l'opposition obstinée ({ue firent beaucoup de prélats aux projets de tolérance que Turgot et Malesherbes présentèrent en 1775 -^ puis dans leur Assemblée quinquennale de 1780, d'où partit un mémoire au Roi « sur les entreprises des protestants qui partout relèvent leur culte, » particulièrement là où ils sont les plus nombreux comme en Dauphiné, Languedoc et Guienne *. Le roi répondit, suivant la convenance du temps, en termes si vagues et si

1. Il faul dire toutefois ({ue cette proposition avait été combattue par Maurepas- Dans le sens opposé aux vues de ce ministre il faut noter : (in 1767 , projet d'édit qui reruj l'état-civil aux protestants; — juillet 1775, préparation par Turgot d'une loi qui valide les mariages protestants; — fin 1775, projet d'abrogation des lois de proscri[)tion contre les protestants; — décembre 1778, projet de rendre l'état-civil aux protestants.

•2. < On assure qu'il (Turgot) avait chargé des personnes de confiance de prendre, dans les pays étrangers, des iid'ormations [)rudentes sur la quantité et la richesse des protestants de race française cpii pourraient rentrer dans la patrie de leurs ancêtres si la lolérance y était établie ». f Dupont de Nemours. Mémoires, II, p. 55). — Condorcet assure (ju'aux yeux de Turgot, « les dépenses du culte doivent être faites volontairement par ceux qui croient les opinions sur lesquelles le culte est fondé ».

3. La dernière manifestation de ce genre avait eu lieu dans l'Assendilée quinquennale du Clergé en 1745.

4. Le mémorialiste Bachaumoid démontre (Ment., \ III, 145 et ss., 209 et ss., 292 et ss., passim) que quelques évèques réclamèrent seulement l'entière exécution de l'Edit de Nantes. Cf. le Dialogue entre un évêque et un curé sur les mariages protestants, 1775, où il e'^t question de leur concéder au moins la validité de leurs mariages. — Un avocat au Farlement de Toulouse, Beaux de Maguilles, rédigea vers 177'2 un mémoire sur les mariages bénis au désert, qui fut, à ce que l'on croit, réimprimé peu après à Bordeaux {Bulletin..., XIX (1870), \k 34).

généraux qu'il est malaisé d'y voir un engagement ferme de servir des desseins de répression. Cependant, les prélats, faisant bonne mine à cette réponse, s'en déclarèrent satisfaits. «Rienn'est plus propre à rassurer le Clergé, dirent-ils. Contre l'atteinte de l'exercice public de la religion protestante, que la réponse de S. M. à cet égard ; mais comme cette réponse n'est point connue (du public), nous désirerions que le roi voulût bien également faire savoir ses intentions aux gouverneurs et commandants des provinces, aux procureurs généraux des cours souveraines et aux commissaires départis dans les différentes généralités, afin de faire disparaître entièrement les vaines espérances de nos frères séparés et de calmer une fermentation qui multiplie et envenime leurs entreprises ^ »

C'est la dernière intervention collective du Clergé de France que nous aurions à mentionner en cette matière si nous ne devions rappeler que quelques-unes de ses « assemblées provinciales » demandèrent encore, en 1785, des mesures de répression contre les Protestants 2. Mais des temps nouveaux étaient proches dont les prélats eux-mêmes avaient le pressentiment. «L'entreprise était manquée, » écrit un historien. Quelle entreprise ? Celle-là même qui avait si bien réussi contre Port-Royal, de sceller brutalement à tout jamais lapierre du'tombeau sur le cadavre d'un rival redouté.

Sans insister sur les torts du Clergé, il sera bien permis, pour demeurer dans la vérité historique, de faire remarquer ici que les écrivains les plus graves de ce temps là et les plus capables d'être bien informés — Rulhières, le baron de Breteuil, Malesherbes, Gilbert des Voisins, Rippert de Monclar, etc., — tous catholiques d'origine, ont dénoncé maintes fois ou tout au moins signalé l'incessante intervention*de beaucoup d'évêques pour le maintien, par les moyens de rigueur, de l'unité ecclésiastique obtenue en apparence par la révocation de l'édit de Nantes. Ajoutons toutefois qu'on ne voit point que ceux de Bordeaux aient fait chorus avec ces prélats intransigeants.

A cet égard, plus d'un pasteur fait preuve dès lors d'une

1. Pour Ions ces faits voir les Procès-verbau v des assemblées de Clrryé, session de 1780, p. 542, 660, 663.

2. Inventaire des archives hislorinues de la Gironde, i\. 36. — Voy. aussi plus loin l'extrait que nous donnons des doléances du Clergé de Bordeaux en 1789.

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clairvoyuucii incritoiro. Si on 1771 ()livi(î!' so fôlicito di; l'avèiionuml définitif de la Loiéraiice, ce n'est pas sans prévoir (jir(;ll(î conduira à l'indifférentisme ; c'est mcnK; pour parin* à ce mal, « ranimer 1(^ goût de la véritable piété, encouri^ger l(^s bonnes uKrurs », (ju'il fait imprimin* ses premiers sermons^.

Pierre Alard, pasteur de l'église de Bergerac, lu) ])arle pas autrement. Dans une lettre adressée à Olivier, « très digne pasteur de l'église de Bordeaux, » il insère des réflexions dont la suite des événements a démontré la justesse : « L'esprit do tolérance, écrit-il, a gagn^ tout le monde et je ne crois pas (jue nous devions craindre de voTr encore régner les horreurs du fanatisme. Il est vrai que cet esprit de tolérance ne part point d'un bon principe; l'indil'férentisme et l'irréligion en sont le fondement, et nous devons nous défier de toutes les vertus qui tirent leur origines d'une source aussi corrompue. Cette vaine philosophie, dont on a fait tant de bruit, peut conduire à des excès peut-être encore plus funestes à l'humanité que le fanatisme et la persécution ^. »

De ces jugements personnels, faits de sagacité et de bon sens, on pourrait multiplier les preuves. Confiance chancelante à' l'égard des incrédules, comme nous le voyons ici; défiance inopportune vis-à-vis du Clergé désormais- impuissant ; fidélité provisoire à l'endroit de la royauté, comme nous l'avons montré ailleurs: c'est toujours l'intérêt ecclésiastique, le désir de vivre, l'espoir d'atteindre des jours meilleurs qui dictent l'attitude d'un chacun, sans grand souci de la logique, ni de l'opinion publique. De cette attitude vacillante, qui ne découle pas des principes professés, la qualité est donc médiocre.

Au fond si nous lisons clair dans la mentalité de ces Religionnaires du xviii^ siècle, le philosophisme, qui récuse tout le christianisme doctrinal, leur paraît un moindre mal que le romanisme qui le pervertit. S'ils sentent cruellement chaque jour l'hostilité dont celui-ci les poursuit, ils savourent la tolérance dont celui-là les couvre, la protection efficace qu'il accorde à un Sirven et à un Calas. L'indifférence profonde, le dédain transcendant des philo-

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