‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 128 sur 166 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

2. Les 20-22 avril 1792 eut lieu à Bordeaux un colloque {Reg. consisî., à la date), dont il n'est point question dans les Syn. du désert de M. Hugues.

3. Je ne sais si ce mémoire a été publié; il mériterait de l'être, d'après l'un des deux exemplaires qui en subsistent dans les Archives du Consistoire de Bordeaux. Incipil :

Le Synode provincial tenu à Jarnac le mois de juin de l'année 1787 Desinii : Ne

faire de toute la Nation qu'un peuple d'amis et de frères.

4. Cette pièce n'est ni une minute, ni une copie, mais bien l'original même, semble-t-il, ce qui donnerait à croire qu'elle ne fut pas expédiée. Elle porte cette indication autographe comme la signature: «Adresse: à mon nom, rue Notre-Dame, aux Chartrons, à Bordeaux ». — Rappelant le Synode de Bordeaux devant lequel le mémoire fut lu, Olivier-Desmont dit expressément qu'il se tint du 30 avril au 6 ^uin. Mais c'est là un lapsub calomi. 11 faut corriger juin par mai,

drait se le dissimuler. A os lumières, Messieurs, suppléeront à ce qui manque à ce^t écrit. Je \ous prie seulement de le lire a\ec l'attention que le sujet mérite et de me faire part de vos idées. Je crois aussi que les églises doi- r vent préparer les matières qui devront y être traitées et qui sont d'une utilité générale. Quelques-unes ont été indiquées dans le mémoire. Elles sont telles qu'on ne pourroit rien déterminer avec connaissance de cause si les députés ne se rendaient pas à cette assemblée parfailement instruits de nos affaires et surtout de la nouxelte i)osilion où l'édit de novembre (1787) nous à placés.

Un des points essentielsqui devronty être traités selon moi, c'est un plan d'institution générale pour notre jeunesse protestante et pour nos candidats qui aspirent au saint ministère. Il est facile de voir combien cet article exige de tems et de réflexions profondes. Nous ne pouvons opérer la restauration de nos églises qu'en établissant de bonnes méthodes pour ensei- * gner les sciences humaines et divines. Les mœurs ne se consei^vent et ne se ;;: sanctifient que parles bons principes, et ceux-ci sont trop méconnus ou trop ébranlés pour qu'ils puissent nous régénérer. Il faut écarter les vices qui régnent dans l'éducation nationale et poser de nouvelles bases, d'où nous puissions partir pour former l'esprit et le cœur de nos jeunes gens. Vous sentez que les anciennes routines doivent être proscrites ou que, du moins, nous ne devons en conserver que ce qui nous paraîtra d'une uzage utile et nécessaire.

Notre dernier synode a nommé le Consistoire de Bordeaux pour recuillir [sic) les idées des diverses églises qui voudront bien s'occuper de cet important objet et lui en faire part. J'espère, Messieurs, que vous daignerez concourir à cet excellent but et que nos efforts réunis ne seront pas inutiles.

De Bordeaux donc serait parti en 1787-89 le soudain mouvement d'idées qui tendait à restaurer l'organisation traditionnelle du protestantisme français. Après le gage donné jadis aux idées républicaines, notre cité en donnait un, non moins explicite, aux idées parlementaires, non seulement sur le terrain des intérêts politiques, mais encore sur celui des intérêts ecclésiastiqiieî Glorieux souvenirs qu'il importe de ne point laisser dans l'oublf encore qu'ils n'aient point produit tous les heureux effets qu'on en espérait, puisqu'il fallut attendre soixante ans la réunion d'un nouveau synode national.

C'est miracle que les églises réfor^nées de France aient pu vivre et se perpétuer, de 1763 à 1789, sans lien extérieur commun pour elles-mêmes et sans éducation commune pour leur jeunesse. Il y eut là comme un triomphe du « congrégationalisme, » dont la tra-

dition protestaiito iic^ pouvait s'accoiimKxh^r toujours. Cependant ce ne fut point cvlU', ])réo('('uj)ati()ii d'iirléi'ct t^f'uéral (pii j)rinia tout d'abord dans r(^s])rit des lielif^ioniiaiics bordelais.

Entn^ toutes les innovations qu'ils rêvaient d'introduire, aucune ne ])araît les avoir touchés de ])lus i)rès (pic la })ossession de locaux de culte plus convenables ({ue ceux dont ils avaieuft disposé jusque là. Les ambitions s'élevaient jusqu'à vouloir construire un grand temple aux Ghartrons, sans renoncer à la « maison d'oraison » ([ue l'on possédait à La Rousselle. Le projet en avait été conçu vers 1774 et dressé graphiquement, par les soins de l'architecte Combes, dès la fin de 1788 ^ Il n'y a aucune exagération, croyons-nous, à dire que ce projet passionnait toute l'église. On y voyait comme la consécration du droit nouveau qui s'élaborait au sein de l'Assemblée nationale, et comme la démonstration sensible de la liberté enfin conquise. Dès le 2 avril 1789, le Consistoire en délibère et donne mandat à deux des siens d'acquérir un local qu'il avait en vue, sans prendre même l'avis des notables, une assemblée de ceux-ci « pouvant entraîner des longueurs et des indiscrétions préjudiciables ». Toujours est-il que les tractations aussitôt commencées mirent plusieurs fois la plume à la main au vieux pasteur Olivier et l'amenèrent à rédiger successivement trois écrits où se révèlent des connaissances d'ordre pratique chez ce théologien doublé d'un prédicateur et même d'un juriste-. En reproduisant ici

1. Son plan graphique nous a été conservé. Il se retrouve à la Bibliothèque municipale, dans la Collection Delpit (carton n^ 25 du classement de M. Boucherie) et porte ce titre : Projet d'un temple pour VEglise réformée, avec un hôpital, à Bordeaux. Combes, architecte en 1788 (Haut. : O^il ; larg. : 0™28).

Malheureusement ce plan est inachevé : il ne comporte aucune légende manuscrite et l'échelle aucune indication numérique. Il n'est point dit non plus sur quelles rues s'alignent les deux extrémités de l'édifice. De l'étude attentive que nous en avons laite, il résulte que le bâtiment, conçu tout en longueur se divisait en trois parties : 1° un avant-corps {teintes jaunes) dans les cinq ou six pièces duquel on répartissait la salle du Consistoire, la salle du pasteur, peut-être aussi l'école et la bibliothèque; 2° le temp'e proprement dit {teintes rouges), avec bas-côtés surmontés de tribunes que supportaient 16 colonne^ (hu't de chaque côté), la chaire se trouvant à l'extrémité de la nef, dans un hémicycle-, 3^ l'hôpital (teintes jaunes), qui prévoyait l'emplacement de trente-deux lits, avec pièces de dégagement, latrines et jardin central. ^

Est-ce ce plan qui fut exécuté vers 179(i-y7 sous les ordres de l'architecte Martin ? Nous le supposons sans pouvoir le prouver. — iNous n'avons point la preuve, non plus, que l'architecte qui a signé ce plan soit Louis-Huy Combes, -\- 181*^', connu par la construction de divers édifices que signale la Bibliographie girondine.

2. Il prend quelque part le titre d'avocat. Voy. ci dessus, au ch. V, p. 141,

quelques parties de ces écrits, nous ferons mieux comprendre ' par quelles phases passa le projet en question, à quelles difficultés J! il se heurta, et de quelle rectitude de jugement l'auteur fit toujours preuve.

Voici d'abord son « Discours préliminaire pour la souscriplion d'une maison d'oraison au(x) Charlrons, 14 mai 1789)) :

La nouvelle position où nous met l'édit de novembre 1787 doit nous pénétrer de gratitude envers notre auguste souverain et nous enflammer de zèle ei de piété envers Dieu, qui nous a tant donné de preuves de son amour en nous faisant du bien. C'est, mes frères, avec une joye infinie, que les conducteurs de l'église ont vu que nos assemblées devenaient tous les jours plus nombreuses. Le culte animé par le chant des psaumes a paru plus solennel et plus religieux. On s'y est porté en foule et nos maisons d'oraison n'ont plus été assès vastes pour y recevoir tous les fidèles. Plusieurs ont été obligés d'anêter le mouvement deleur zèle; et l'incommodité des lieux', l'air malsain qu'on y respire, leur construction bizarre et peu décente, leurs issues incommodes, tout enfin a contribué à faire désirer . à toute l'église qu'on s'occupât des moyens d'en construire de nouvelles.

Le Consistoire ose se flatter que l'église en corps applaudira au choix qu'il a fait. Nous croyons avoir trouvé, pour les Chartrons, un emplacement tel qu'il nous le faut. Nous aurons, si les secours répondent à nos besoins, une église, un hôpital et une maison sur le devant, dont les issues larges et commodes ne laisseront rien à désirer au public. Pour nous l'assurer, il a fallu user de prudence et d'un secret inviolable. C'est la raison pour laquelle nous avons différé d'en parler jusqu'à ce jour.

Maintenant nous attendons de votre zèle pour la religion et de votre bienfaisance pour l'église que vous concourrés avec nous à l'exécution et à la perfection d'un plan dont les suites seront aussi honorables qu'utiles pour tous les fidèles Les trois maisons que nous avons achetées joignent le local où nous nous assemblons et vont aboutir à la rue Notre-Dame où nous aurons une façade d'environ 60 pieds et où sera la grande entrée. Nous estimons que le prix d'achat ou la construction du bâtiment exigeront au moins une somme de 100.000 livres. Nous avons aussi besoin d( nous procurer la même somme pour une maison d'oraison en ville. C'est pourquoi nous proposons aux fidèles des Chartrons une souscription don! le produit en entier sera employé à payer le prix tant des dites maisons que^ delà nouvelle église que nous devons construire ^

Ainsi conclu et arrêté en Consistoire le 14 mai 1789. lequel a nommé

I. expose ensuite les moyens auxquels le Consistoire s'est arrêté pour arriver à ses lins, entre autres l'inscTiption des souscripteurs sur les registres de la Fabrique et du Consistoire, sous le titre de « fondateurs de l'église de Bordeaux »,

RÉGIMp DE LA LIBERTÉ LÉGALE, ETC. 301

M. Jacques Olivier-Desmonl. l'un i]e nos pasiours pour proposer ladite souscri[)liou aux Cliarirons.

JAcyiUis Olivirh-Di'.smont, paslcur; Su, va IJi.aciion, pasteur; 'Vu. Baux, ancien; M. -A. LAciriAviinE-LATÔUR^ ; .1. Fabi{k, ancien; Dupuy, ancien; J.-.I. Wabaiu). ancien ; AoniAN lÎACKE^ ; Pierre-Daniel Ai.ARET, anrf^'n et secrétaire; J. Waymond, ancien; Laffon aine, an cieri'K

Une seconde fois, le 10 avril 1790, Olivier-Desmont prend la plume et rédige le compte que rend le Consistoire, aux souscripteurs pour l'église des Chartrons, des premiers résultats obtenus :

Il est du devoir du Consistoire de vous rendre un fidèle compte de l'état des choses relativement cà la nouvelle église que nous nous proposons de con truire en temps ou autre aux Chartrons.

La souscription, Messieurs, n'est pas clôturée. Nous avons été forcés de la suspendre pour des raisons qu'il sera facile de pénétrer.

Nous nous sommes occupés de faire dresser divers plans, et pour que personne ne put se plaindre, nous avons admis au concours tous les artistes qui se sont présentés. Plusieurs plans nous ont été remis; d'autres se préparent. Mais avant tout, il se présente naturellement cette question à résoudre. Nous convient-il de bâtir dans les circonstances actuelles ? Y a-t-il plus d'avantages que d'inconvénients à commencer l'ouvrage ?

{Expose et examine longuement les raisons d'opportunité pour et contre^ qui peuvent être présentées en réponse à chacune des trois questions ci-dessus).

\ oilà, Messieurs, la substance de ce plaidoyer, dans lequel tous les auditeurs peuvent puiser les motifs de leur détermination. Nous nous abstenons encore une fois de prononcer sur la valeur réciproque des raisons que nous avons exposées. Mais quelle que soit votre décision, il convient que vous ayès la sage précaution de nommer des commissaires pour être joints en nombre égal à ceux que le Consistoire a déjà choisis afin que, de concert, ils puissent, quand le temps en sera venu, examiner les plans qui nous seront présentés, adopter celui qui paraîtra le meilleur, recevoir les offres de l'entreprise, pourvoir aux moyens de s'assurer les fonds qui seront nécessaires, veiller à la solidité et à la perfection des ouvrages et généralement faire tout ce qui leur paraîtra le plus propre à en assurer la fin avec le plus d'économie et de célérité possible

J. Ol. -Desmont.

1. et 'î. Ancieiiif de l'église, quoiqu'ils ne le disent pas.

à. Cette pièce originale, avec signatures autographes, appartient aux Archives du Consistoire,

Quoique non datée, la délibération qui suit apparaît comme la répli({ue du Consistoire au compte rendu par Olivier-Desmont :

La Compagnie a appris avec satisfaction, par le compte qu'en a rendu M. Desmont, pasteur, (pie les Tidèles des C//a/'/ro/i.s ont souscrit a v^ec empressement un j)lan qui leur a été présenté pour la fondation d'une maison d'oraison, située dans leur arrondissement

t/importanced'une pareille fondation en Ville n'a pas été moins vivement sentie. On a observé avec le plus vif intérêt que la ville, réunissant déjà un nombre très considérable de fidèles nationaux^ offreencore la plusbelle [)eEspective pour l'accroissement de l'église dans toutes les classes des citoyens. On a vu depuis longtemps par 1 affluence des auditeurs, mais surtout depuis la publication de l'Edit (de tolérance) en notre faveur, que, pour que la célébration de notre culte répondit à sa destination, il fallait de toute nécessité un édifice plus vaste, plus commode et plus décent que celui où la société s'assemble.

Ne pouvant cependant encore fixer le lieu, désirant même attendre pour cela la fin de l'Assemblée nationale actuelle, on auroit renvoyé à cette époque de s'occuper des mesures à prendre pour l'exécution. Mais, considérant que, quoi qu'il en soit, il faudra des fonds pour cet établissement et du temps pour la souscription.... il a été convenu que, sans plus tarder, M. Blachon, pasteur, invitera les fidèles résidant en ville à faire leur soumission pour les sommes qu'ils peuvent et voudront bien consacrer à un établissement aussi utile pour l'avancement de la gloire de Dieu et l'édification de l'église...

Les sommes provenant de la ditte souscription seront particulièrement consacrées à l'achat ou construction d'une maison d'oraison en Ville, ce qui n'empêchera pas, vu l'unité des intérêts de la Mlle et des (-hartrons faisant une seule église et n'aiant qu'une bourse commune, que les deux fondations se prettent un appuy mutuel afin de pourvoir à l'extension des emprunts qui pourront être nécessaires, et, la liquidation achevée, tout revenu libre sera versé dans la caisse de l'église.

Su. VA Blachon, pasleur; J. Olivier-Desmont, pasteur; Pierre-Daniel Alaret, ancien; Pu. Bavx, ancien; J^^ Raymond, ancien.

En somme, le temple projeté dès 1788 ne put être édifié; c'est donc double erreur du chroniqueur Bernadau d'avoir laissé entendre le contraire 2 et d'avoir ajouté que la construction eut lieu aux frais des seuls Allemands luthériens. Si ceux-ci participèrent aux dépenses qui se feront en 1796-97, ce ne pourra être que pour une faible part.

1. C'est-ndire liaiirais, i)ar opposition aux iioinbnMix protestants étrangers «pii tiahitaient Bordeaux.

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