‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 129 sur 166 · lablcUes kisioriifiies manuscriks · texte numérisé non relu

lablcUes kisioriifiies manuscriks

C'est également Olivier-Desmonl (sa signatiirt^ on fait foi) qui présenta, peu a])rès, un u(>u\«;jiu « projet de fondation p(nn- doux maisons d'oraison en \'\\U) et aux ('hartrons^ ».

Après avoir examiné s'il convient de se contenter d'une seule maison ou de deux, il exclut la piirmicre alternative par plusieurs raisons judicieuses, entre autres celle-ci :

« J'ai vu... 50 que par cet arrangement nou.s nous privions du secours des Luthériens pour les contributions puisque nous ne pourrions leur accorder notre local pour s'y assembler ou le soir ou le matin alteniativement, attendu que nous serions obligés de nous y assembler nous-mêmes deux fois par dimanche ».

Il propose ensuite de rejeter une part de la dépense sur les « neveux » et de « leur laisser une partie du fardeau par une caisse; d'amortissement que nous pourrions établir » :

'.< Mais pour rendre cette proposition praticable sans aucun inconvénient, il faut d'abord poser pour base que l'église sera toujours une, gouvernée par un seul Consistoire, et dont les intérêts et les choix seront les mômes; qu'on établira seulement deux fabriques puisqu'en effet il y au a deux maisons d'oraison qui auront chacune leur entretien et leurs frais particuliers... »

F^our amortir la dette, Olivier propose : 1^ de « fixer le prix des bancs dans les églises à proportion de leur plus ou moins -grande proximité de la chaire, en ayant la précaution d'en laisser un nombre suffisant pour que ceux qui ne voudraient ou qui ne pourraient en avoir de propre à eux, eussent néanmoins des places indéterminées.» Cet impôt produirait vraisemblablement 2400 11., soit 50 louis de revenu annuel pour chaque- fabrique;^ 2^ d'attribuer au fonds d'amortissement les 500 11. que le Consistoire paie chaque année pour l'hôpital; les 500 11. nécessaires à celui-ci seraient désormais prélevées sur la bourse des pauvres.

Quelques mois plus tard survient la décision des commissaires nommés pour s'occuper de la construction d'un temple aux Chartrons.

1. Ce projet, non daté, semble la conséquence d'une délibération consisloriale du 13 avril 1700, ainsi libellée -. «Art. l.M. Olivier-Desmont, un de nos pasteurs, présidant l'assemblée, l'a instruite qu'Hl} s'agi'^sait de «ebritir la mai-on d'oraison située aux Chartron^ ».

Du 23 mai 1791.^

1° Il est convenu qu'on empruntera la somme nécessaire à rente viagère, pour l'érection du temple des Charlrons, dont l'intérêt sera payé par le loyer des chaises et par celui des places.

'2» MM. les commissaires voulant, autant que possible, diminuer l'emprunt à rente viagère, désirent que MM. du Consistoire nomment deux commissaires pris l'un en \'ille et l'autre aux Chartrons pour aller dans les maisons protestantes du Chapeau-Rouge aux fins de demander aux chefs qui assistent a\ec leurs familles à l'église des dits Chartrons, s'ils veulent souscrire pour l'église qui est à bâtir ou se réserver pour celle de la ville.

Présens : MM. J. Delorthe, Von Hemert, d'Egmont, Desclaux, Meinicken, commissaires, et MM. Mellet, Raecke, Dupuy, Gressier et les deux pasteurs qui ont signé pour tous, le susdit jour, mois et an que dessus.

Olivier-Desmont, pasteur et président; Silva Blachon, pasteur ; Gressier, secrétaire.

Mais les circonstances extérieures sont de moins en moins favorables à l'exécution du projet en question. Il traine en longueur si bien qu'il n'y a rien de fait au commencement de l'année 1793, comme en témoigne la délibération que voici :

20 février 1793.

Les commissaires nommés par la société des fidèles de l'église, située au couroir dit de Beaujau, assemblés ce jourd'hui dans la dite église, et où ont assisté les deux pasteurs et MM. Delorthe, Desclaux l'aîné, Vonhemert, Bely, d'Egmont et les autres anciens des Chartrons ont délibéré :

10 Qu'il serait nommé deux experts pour faire un plan estimatif pour une église au lieu où sont situées les maisons où habitent Combettes et Barbât, dans les vues de sa\oir, si les murs et la charpente sont bons et s'il est possible, sans risques, de placer la dite église au-rez-de-chaussée et combien il ea oûtera pour cela :

2° Que les nommés Martin, architecte, et un charpentier connu de M. Vonhemert seront invités à faire le dit plan estimatif^;

30 Que sur leur rapport, il sera de nouveau assemblé les ditscommis-j saires pour statuer définitivement sur ce plan ou sur rediffication neuve et entière d'une église;

40 Que la démission de M. Raeke, membre du Consistoire chargé de la

1. Le Ih'jitiln zon.-ii^loruii ne coiiLient aucune délibération entre celle du 'M mars et celle du "2 juin 17U1, relative à l'érection d'un temple . «le Consistoire, en conformité d'un projet dressé le..., a chargé M. le pasteur Blachon de rédiger le dit écrit dans une l'orme analogue aux circonstances actuelles pour taire l'acquisition d'un local ».

2. C'est-à-dire, si nous comprenons bien, le projet eslimatil' de la dépense qu'entraînera l'exécution du j)rojet Combes, que nous signalons ci-dessus. Ce projet ne sera exécuté que plus tard (Noir le chap. suivant).

manutention des londs, à la veille de s'ajjsenler de Bordeaux, sera acce[)l6e.

Jacques Olivikh, pasleur.

— S. Ri.ACHON, pasleur.

Le dernier document dont nous ayons à faire état ici donnerait à croire que le Consistoire de Bordeaux, à l'c^xemple de celui de Montaubaji, songea un instant à acquérir la chapelle des ci-devant Carmes, pour y célébrer le culte réformé aux Chartrons ^.

Montauban, le 2 mars 1793.

Je sors tout à l'heure, mon cher ami, de chez M. Vialel, un des membres du Consistoire, pour prendre connaissance de la manière dont on s'est conduit pour l'acquisition de l'église des ci-devant Carmes. \'ous ne verrez pas avec moins d'étonnement que moi qu'on ait suivi l'ancienne marche, oir pour mieux dire, que l'on se dispose à la suivre, car quoiqu'on soit en possession depuis quelque temps, on n'est point encore définitivement propriétaire. L'adjudication faite en faveur d'un particulier pour son ami élu ou à élire, fut de suite mise sur la tête d'un négociant de Nègrepelisse qui accepta l'élection qu'on fit de lui, et c'est de ce dernier qu'on se propose d'acquérir, par l'entremise d'un individu qui ne fera que prêter son nom et qui, en même temps, fournira sous signature privée une déclaration ou reconnaissance énonciative de la vérité.

Ce mode est sujet au grand inconvénient que vous avez très bien pressenti à Bordeaux, et je ne sais pas trop si, dans cette hypothèse, des héritiers de mauvaise foi ne seroient pas autant à craindre que des créanciers. Quoi qu'il en soit, la seule possibilité du danger doit le faire éviter. En agir autrement, ce seroit, à mon avis, commettre une haute imprudence.

Quant à la question de savoir si les protestants peuvent en nom colleclif faire des acquisitions d'immeubles pour l'exercice de leur culte, je ne la décide point comme vous par la négative. Voici mes raisons. [Vauleur élablil que les agrégations de protestants, en vue de la célébration de leur culte, ne peuûcnt être assimilées aux corporations d'arts et métiers qui viennent d'être abolies. La législation nouvelle a reconnu en termes formels Vexislence de plusieurs cultes et garantit à ctiaque citoyen toute liberté à cet égard.)

Et comme il va sans dire que pour exercer un culte, il faut un lieu où les sectateurs de ce culte puissent se réunir pour l'exercer, il est démontré qu'en autorisant l'exercice des cultes, on a implicitement autorisé les acquisitions d'édifices à ce destinés et que, par une autre conséquence également nécessaire, on a autorisé les acquisitions en nom collectif:...'^

1. De deux lettres signées Jausselin de Ta-^ta, conservées dans les Arcliives du Consistoire, il résulte qu'en 1793, le dit sieur louait encore au Consistoire pour servir do prêche en ville, une maison qu'il possédait rue Montagne (paroisse St-Micliel), aujourd'hui rue Fauré. Nous avons démontré précédemment (p- 10'^ ), qu'il s'agit de la pue du Muguet. •

2. La partie inférieure de la page a été découpée, en sorte que l3 nom du signa-. taire est perdu pour nous, ainsi que celui du destinataire [Arch. du Consid. de Bx)

Cette chapelle dite de N.-D. de la Visitation (qui allait devenir bientôt l'église Saint -Louis) fut-elle réellement affectée au culte réformé ? Le fait paraît résulter assez clairement de deux délibérations du Consistoire (7 février ^ et 13 juin ^ 1793),àconditiondeles éclairer par la lettre du 8 mars que l'on vient de lire. En tout cas, eu égard aux circonstances politiques d'alors, cette affectation fut plus virtuelle que réelle et ne dépassa point l'année 1794.

La tournure que prirent rapidement les événements politiques permit moins que jamais de réaliser les desseins que le Consistoire avait conçus en des heures de confiance patriotique^. Les déconvenues suivirent assez vite pour lui, moins par la faute des idées nouvelles que par celle des hommes qui les appliquaient. En janvier 1791, les Ancie^ns manifestent la crainte de porter ombrage aux catholiques en convoquant une réunion des chefs de famille pour se prononcer sur l'opportunité de créer une troisième charge pastorale. En septembre 1792, la proclamation de la République soulève un cas de conscience chez ceux qui, comme Olivier-Desmont, avaient si souvent fait montre de leur fidélité à la dynastie royale et fondé sur la justice et la bonté de Louis XVI leurs espoirs. Allaient-ils pactiser avec le nouveau pouvoir dès son avènement ?

" En mars 1793 nos Protestants sont contraints de se séparer de l'un de leurs deux pasteurs, Silva Blachon*, dénoncé deux fois pour incivisme à un club populaire qui se dénommait par antiphrase la Sociélé des cunis de la Liberté et de F Egalité ^. De quoi

1. Le Gonsi^^toire demande qu on s'fnforme des précautions à prendre «pour assurer à l'église la possession des domaines achetés sous le nom de divers particuliers, mais qui ont été payés des deniers de notre église ».

'2. Le Consistoire autorise M. Fabre, ancien, à payer le second pacte « de l'achat que l'on a fait d'une église ».

.'}. V'oy. ci-dessus, p. 295.

4. RélaçMé à Nantes, S. Blachon fut remplacé, pendant quelque temps, par un pasteur de cette vilie, Jacques Barre {Délih^r. du L'i mai 1794). Cf. ci-dessus, le chap. V.

5. D'après M. Ch. Dardier (qui conloud Silva Blachon avec Jean-A. Blachon père), le pasteur de Bordeaux aurait prêché sur la patience de David. On crut voir dans son sermon une allusion à la passion (Y) de Louis XVL — Le psaume LXVIII, dont il est parlé dans cette lettre de Silva Blachon, est un cantique d'actions de grâces, où il n'est pas question de la patience de David.

Blachon était-il donc coupable ? D'avoir involontairement blessé l'extrême susceptibilité d'un représentant de ce club ^ C'est du moins ce qui ressort d'ime Icîttre fort digne que le pasteur adressa, quelques jours plus tard, à la société précitée pour se justifier. ^ Il s'y révèle comme un homme de bon sens qui, « aimant par dessus tout l'ordre et la paix », comme il le dit expressément, flaire déjà « la désorganisation et l'anarchie » dans les événements dont il est témoin.

Le 25 juillet 1793 le Consistoire avait été soumis à une nouvelle élection générale et avait vu porter de douze à seize le nombre de ses membres qui furent installés en août^. Le 23 novembre, il autorisa le pasteur, suivant l'exemple de beaucoup de curés, à ofîrir en don à la République le peu d'argenterie que possédait l'église : deux plats et quatre coupes de communion. Cette « offrande civique * » fut, nous est-il dit, reçue avec reconnaissance et le pasteur accueilli avec sympathie par les représentants de la commune^.

Les registres de la municipalité en ont conservé le souvenii: en termes précis qui méritent d'être reproduits ici :

«3 frimaire an II. — Une députation du Consistoire de la religion protestante est introduite et dépose sur le bureau quatre coupes, quatre patènes (?) et deux sous-coupes d'argent. Le citoyen Olivier- Dgsmont, ministre de la religion protestante et orateur de la députation, prononce un discours plein de civisme qu'il termine par un serment de vivre et mourir répul)licain et de propager de tout son pouvoir les principes de la Liberté et de l'Eiralité. Le citoyen maire lui répond et donne le baiser fraternel à toute la députation »^.

1. Cette Société qui s'appelait antérieurement le Club des amis rJc la Constitution, ralliait les purs Girondins (C. Jullian, Hist. de. Harcleaiix, p. 674). — Là première dénonciation contre Blaclion par le citoyen Roudier est d'avril 1792; la seconde par le citoyen Grangetieuve est de mars 1793.

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