VIII PREFACE
De ces cinq périodes on ne traitera ici que de la troisième et de la quatrième pour lesquelles l'auteur a dispose d'iuie suffisante documentation ^. On y montrera la grande place que, contrairement à ce qui a été jusqu'ici enseigné, le Protestantisme avait reprise à Bordeaux durant la seconde moitié du xviije siècle. On y esquissera, d'un point de vue historique, le tableau de ses mœurs, de ses doctrines religieuses, politiques et sociales, comme aussi de ses souffrances et de ses luttes intérieures. On y parlera des pasteurs de l'église, des anciens du consistoire, des chefs influents ou simplejnent notables de la communauté; des institutions qu'elle se donna, des œuvres qu'elle entretint, des efforts qu'elle dut faire, à deux reprises, pour reprendre son existence interrompue; puis de la manière dont elle passa du régime de l'interdiction légale à celui de la tolérance et enfin de la liberté. Bref, on tâchera de ne laisser dans l'ombre aucune face de ce passé déjà si lointain.
Une ample Introduction, qui n'eût été souvent que la synthèse des travaux publiés sur le xviii^ siècle bordelais, devait donner au sujet principal son cadre nécessaire et permettre de le situer historiquement par le simple exposé de ce que furent, entfe 1685 et 1802 les intérêts matériels, les idées, les sentiments .et les mœurs de la population non protestante. Le lecteur y eût vu à quel point Bordeaux est un terrain approprié à l'étude des grands courants novateurs qui ont traversé et vivifié ce siècle : économique avec la Chambre de commerce de Guienne; intellectuel et investigateur avec l'Académie des sciences; politique avec le parlement de Guienne; philosophique et législatif avec Montesquieu jusque vers 1750, — puis administratif avec l'intendant Aubert de Tourny; charitable avec l'archevêque Audibert de Lussan; licencieux avec le maréchal de Richelieu, gouverneur de la province; foncièrement libéral et progressiste avec la société dite du Musée; constitutionnel avec Vergniaud et son groupe oratoire; républicain avec Laffon de Ladébat; démagogique avec Lacombe et Marc-Antoine Jullien, — presque toujours en opposition avec le haut Clergé local, attaché au passé. Si la compagnie de Jésus y entretient la guerre contre les Jansénistes et"y prépare l'invasion de l'ultramontanisme, les Gallicans' lui font opposition et