‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 33 sur 166 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Statistique de la communauté protestante

Organisation et Fonctionnement — Le Consistoire — Les Synodes

de 1753 à 1789.

Statistique approximative de la population protestante de Bordeaux pendant la seconde moitié du xviii^ siècle. — On peut ^é^'aluer à 4.000 âmes tout au plus aux entours de 1780.

Bordeaux protestant était divisé en districts (en nombre variable), groupés plus tard en deux paroisses.- — Deux «maisons d'oraison )>: l'une au faubourg des Chartrons (1776), l'autre dans le quartier de La Rousselle (1780).

Le Consistoire de l'église : sa composition, ses attributions, son rôle, ses réunions.

Rattachement de l'église et du colloq^ue de Bordeaux à la province ^. ecclésiastique de Haut-Languedoc (1752), puis à celle de Saintonge (1760). — Des trois synodes nationaux et des vingt-six synodes provinciaux auxquels députa l'église de Bordeaux entre 1750 et 1787.

En dehors des Protestants ramenés de gré ou de force au giron catholique pour n'en phis sortir, il est de certitude historique que beaucoup d'autres, à la faveur du relâchement qui s'était introduit depuis 1745 dans l'application rigoureuse des édits royaux, continuaient d'exister secrètement sous le nom de « nouveaux convertis », résolus à attendre le jour où leur constance lasserait les persécuteurs. Les registres d'inhumation ouverts par la Jurade, en vertu de la déclaration royale de 1736, énumèrent 320 religionnaires, de janvier 1737 à septembre 1750 seulement^.

Rapprocher ces épaves informes qui appartenaient à toutes

l. Arcli. munie, de Bordeaux, G G, 810. Voy. notre Appendice sous le n° 7.

les conditions sociales, les rendre solidaires les unes des autres, ranimer ces ossements desséchés pour restaurer dans ses lornies traditionnelles l'E^j^lise réformée de Bordeaux, mettic de l'c^rdie dans cette église et la fairi; évoluer vers ses fins |)ai ticiilières: telle fut la tache ([ui s'imposa au (Consistoire; de 175il Poui- en mesurer la grandeur et les difficultés, il faudrait savoir (piel était le chiffre de cette population secrète, et de quels éléments elle se composait. L'impuissance où nous serons d'arriver à des conclusions certaines en faisant état des informations qui dérivent des documents conservés, ne sera que la conséquence logique de la désagrégation à laquelle était réduite la communauté protestante de Bordeaux par soixante-huit années de compression et de dispersion.

Il ne paraît pas, si l'on tient compte de certains indices, qu'elle dépassât alors (1753) quatre cents familles avouées^ qui, si nous multiplions ce chiffre par le coefficient 5, donneraient au total deux mille membres, hommes, femmes et enfants ^.

Leur exemple en amena d'autres à se découvrir peu à peu. Les familles se réorganisèrent, le groupement protestant s'accrut à mesure que s'accroissait la sécurité et, dans le menu peuple, l'aisance et la moralité. Loin d'abattre l'église, la persécution de 1758-59 contribuera à la fortifier numériquement, comme en fait foi une délibération consistoriale du 5 février 1760 où il est dit expressément que « le nombre des fidèles qui se joignent à l'église augiuente chaque jour, ce qui a aussi considérablement augmenté le nombre des districts ».

Cet accroissement numérique se continue si bien qu'en 1771 un des membres du Consistoire offre « de faire ranger une grande pièce de la maison qu'il occupe, de manière à recevoir des Socié-

1. Cf. ci-dessus chap. II p. 51. — L'un des principaux indices que nous avons en vue, c'est la répartition qui fut faite de cette population en vingt districts, dès 1756. Nous ne pensons pas être taxé d'exagération en admettant une moyenne de 20 familles par district.

2. Nous avons déjà dit (chapitre I) que assez arbitrairement M. Paul Bcrt {ouu. cité, p. 3) évalue à 2.300 âmes le nondjrc cfcs protestants de Bordeaux en 1075 (y compris les étrangers). Si notre chiffre de 2.500 en 1753-56 (abstraction faite des étrangers) est quelque peu'supérieur au sien en dépit d'une longue période de persécutions, nous l'expliquons par ce fait que, au dire du même auteur (p. 60), nombre de religionnaires de la région s'étaient réfugiés ^ Bordeaux durant les années qui suivirent la- Révocation,

tés plus nombreuses, laquelle seroit ^^i tout temps destinée à ce service ^)).

Il ne faut pas oublier non plus que, pour échapper aux vexations qui les atteignaient plus aisément dans les petites localités et dans les campagnes, nombre de Religionnaires de la Guienne, de la Saintonge, du Béarn, du Languedoc et d'ailleurs, venaient chercher refuge dans la « grand'ville » qu'était Bordeaux. Cette immigration, constatée déjà au lendemain de la Révocation, se renouvela plus d'une fois au cours du xviii^ siècle^.

C'est seulement au bout de vingt ans que nous rencontrons quelques éléments d'évaluation numérique. En juin 1773 le contrôleur général Terray, voulant connaître avec quelque exactitude le chiffre des Protestants du royaume, chargea les intendants de demander, en douceur, des renseignements aux églises mêmes en leur faisant cornprendre qu'il y allait de leur intérêt de donner les réponses demandées^. Terray ne s'abusait point sur la difficulté d'obtenir des renseignements précis en un temps où ce qu'on appelle abusivement 1' « état-civil » des religionnaires, n'existait que partiellement, fondé sur des registres incomplets que l'on tenait en secret *. L'intendant de la Généralité de Bordeaux, Esmangart, réussit à inspirer confiance au pasteur Olivier-Desmont, qui se chargea de faire pour les années 1770-72 les relevés nécessaires sur les documents dont il disposait. Ce relevé qui nous a été conservé accuse :

])our 1770, 14 naissances et 10 mariages;

pour 1771, 15 )) 13 »

pour 1772, 18 » 18 »

Ces chiffres sont très bas ^. — En les transmettant à l'inten-

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