CHAPITRE VII
Le Culte en commun - La Prédication dominicale.
La Piété individuelle ^'
Les Œuvres de charité : charges et ressources afférentes
de 1755 à 1789.
Les formes du culte en commun aux Ghartrons et à La Rousselle. — Les caractères de la prédication dominicale. — L'enseignement catéchétique : ses difTicultés et ses faibles effets.
Les trois directives de l'église réformée : discipline tempérée, orthodoxie doctrinale, charité envers les indigents. — Ces directives restent jusqu'à la Révolution celles de la majorité intellectualiste, auprès de laquelle se forme une minorité mystique non dissidente. — Marques propres de ces deux groupes : agnostiques par esprit d'humilité chrétienne dans les questions d'ordre théologique, ils modifient leur attitude première vis-à-vis des Ecritures et mettent la piété et la moralité au premier rang. — Psychologie religieuse du protestant des Ghartrons entre 1760 et 1789; ses formes multiples, ses bases scripturaires, ses travers individuels. — La ferveur des âmes est celle des temps de compression et de péril. — Ge que ces Protestants pensent du catholicisme. — Leur sectarisme en déclin s'explique par leur propre histoire et par leur ignorance de ce que fut le moyen-âge. — Leurs concepts ecclésiastiques, — Les abjurations après 1753.
Le cimetière protestant (1779). — La maison de charité (1781). — L'école des abécédaires (1782).
Gomment le Consistoire pratiquait la charité envers ses ressortissants pauvres. — Charges provenant de ce fait et ressources corrélatives entre 1782 et 1789. — La générosité des fidèles et leur esprit de solidarité pourvoyaient à tous les besoins.
C'est ici le chapitre central de notre livre. Donnons-lui donc tous nos soins, car la psychologie religieuse est chose fugitive et délicate.
LE CCI/n'l i;\ COMMIN, KTC. 199
Au huis-clos des chambres prêtées clandestinement ça et là, la Mibstitution en 1776 et 1780 de deux temples, tolérés sinon autoris ', marquait pour les Religionnaires de Bordeaux un grand progrès vers le but auquel ils tendaient. Ce progrès eut dû amener, inble-t-il, dans la célébration du culte en commun, une transformation corrélative puisqu'il était possible désormais de remplacer les formes liturgiques très réduites dont on avait dû se intenter jusque là, par des formes plus larges, en harmonie avec I tradition réformée.
Nous savons toutefois qu'il n'en fut rien. Si un « lecteur de la Bible » fut réinstitué dans chaque temple 2, si les pasteurs revêtus I de la robe et de la collerette^ parlèrent du haut d'une chaire et non plus seulement de derrière une table, ce furent les seules innovations que l'on crût encore possibles. Quoique Calvin lui-même eût reconnu à la musique vocale « une vertu secrète et quasi-incredible à esmouvoir les cœurs en une sorte ou en l'autre », cependant jusqu'au commencement de 1789* le Consistoire, par mesure de prudence, dans la crainte d'éveiller les susceptibilités du bas-peuple catholique, s'opposa résolument, malgré les réclamations des fidèles -^ à ce que les psaumes fussent chantés à haute voix. Les assistants durent se résigner à en entendre la lecture sur le même ton uni que la lecture des paraboles du Christ, des récits des évangélistes, des épitres des apôtres^. C'est seulement après février 1789 i qu'ils purent revenir sans restriction au vieux Psautier huguenot j du xvi^ siècle (traduit par Clément Marot et Théodore de Bèze, harmonisé par Bourgeois et Goudimel), dont le caractère essentiel était la parfaite convenance de la musique avec le texte.
De cantiques proprement dits, il n'est point sûr qu'on en admît