‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 78 sur 166 · Conjectures sur les mém. originaux · texte numérisé non relu

Conjectures sur les mém. originaux

TROIS CONFLITS KiNTHE L EGLISE, ETC. 197

Quoi qu'il on soit, affinn(M'(3ii parlant des Eglises réformées du xviii^ siècle, « la conformité générale (de leur théologie) avec les anciennes doctrines calvinistes reçues dans l'église de France »\ ne serait plus tout-à-fait de mise pour celle de Bordeaux après 1770, comme on le verra au chapitre suivant. Se cristalliser dans le dogmatisme du xvi^ ou du xvii® siècle, c'eût été mourir. Aucune église, pas même la catholique, n'a pu échapper en ces matières aux transformations qui entraînent la pensée théologique. Le tout pour celle-ci c'est de se transformer dans le sens de l'Evangile. S'il est vrai, suivant une remarque générale de M. Pierre Masson, qu'au milieu du xviii^ siècle, le christianisme « a cessé d'être une théologie pour se réduire à une morale » ^, cela ne se peut entendre que du christianisme des gens de lettres et des âmes « sensibles ». Pour les chrétiens fidèles, de quelque dénomination particulière qu'ils fussent, il restait toujours à la fois une morale, un principe d'action et une doctrine transcendante. Une église qui voudrait se passer d'un credo et taire l'explication qu'apporte aux grands mystères de l'âme et de la destinée humaine, l'enseignement du Christ et de ses premiers disciples, ne serait digne d'aucune attention au regard de la philosophie et de l'histoire. Et voilà pourquoi, même au milieu du xviii^ siècle, les Réformés français ont repris, plus ou moins explicitement, pour drapeau et pour symbole, la Confession de foi de La Rochelle (qu'Ostervald et Saurin n'avaient fait que commenter), sans proclamer urbi el orbi que cette Confession renfermât, comme le Caléchisme de Trenle, la vérité totale, absolue, immuable, éternelle que Bossuet voulait y voir contre toute évidence historique.

1. Gh. Coqiierel affirmo trop absolument {oiw. cilé, II, 495) qu'il no connaît point, au cours du xviii« siècle, « une seule discussion de controverse proprement dite », mais seulement des disputes sur des points de disci|)line comme l'admnistration des sacrements, le droit de prédication, les limites des circonscrii)tions. Le présent cha pitre infirme quelque peu cette assertion.

(2) La formalion relig. de Rousseau (Paris, 1910, 2^édit., p. 257).

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