‹ Les religionnaires de Bordeaux de 1685 à 1802Chapitre 85 sur 166 · D'après VHistoirc du ciel de l'abbé Pluche · texte numérisé non relu

D'après VHistoirc du ciel de l'abbé Pluche

Epicure, Lucrèce, Cicéroii et pai- surplus saiiil Jean Chrysostomo. Une seule fois, à propos du pardon des injures il (piitlc I(; j)lan de la morale pour s'élever jusqu'à celui de la doctrine révélée :

Quel est le chrélien doué de raison qui ignore, mes Frères, l'hisloire de Jésus-Christ? Quel est celui qui ne connaît pas sa vie, sa morl, ses vertus? Du centre du bonheur et de la gloire il daigne descendre sur ce globe avili par le crime, se couvrir d'opprobre, se charger d'infirmités. Et pourquoi?

Les hommes ont irrité le ciel : il faut l'apaiser. Les hommes ont besoin d'un médiateur : Jesus-Christ s'offre. Les hommes sont condamnés à la mort dernière : Jésus-Christ veut les racheter. Ni les douleurs du corps, ni les angoisses de l'âme, ni les misères de la vie, ni les horreurs de la mort, rien n'arrête son zèle, rien n'étonne son grand amour. Le ciel et la terre virent sa mort, et ce mystérieux sacrifice en opérant notre salut fut pour tous les deux le sujet d'un triomplie cpii confond notre raison et qui laisse notre âme dans le ravissement de la foi et dans le transport de l'amour (p. 16-17)

Ces six sermons, que l'auteur a mis à part au milieu de tant d'autres qu'il avait déjà prononcés, sont d'une langue châtiée et ferme, d'un style dont le mouvement et le nombre sont les qualités principales, déparées quelquefois par une pointe de rhétorique. Ils tirent leur valeur des raisonnements et de la justesse des pensées plutôt que de l'autorité des textes, rarement invoquée. Du trésor de l'Evangile le prédicateur retient même en somme peu de chose. A quatre ou cinq reprises il dénonce ce qu'il considère comme autant d'erreurs de la philosophie courante, tout en avouant que « la raison a servi l'Eglise » en. ceci que « les vraies notions de la divinité nous ont ramenés aux vrais principes de l'Evangile » (p. 168). Mais il prend à son compte la théorie de l'état de nature et du contrat social (p. 131), en déplorant que le siècle «semble avoir borné toute la religion » à l'exercice de la bienfaisance (p. 87). S'il affirme que le christianisme a pour base l'incarnation de la divinité (p. 141), s'il parle de « cette foule de secours que la grâce nous ofïre » (p. 83), il définit ailleurs la religion comme « la raison éternelle du Créateur» (p. 61), ce qui est moins spécifiquement chrétien.

Quelques assertions ne sont pas sans surprendre, par exemple lorsque l'auteur affirme que « le monde existe le même depuis près de sept mille ans « (p. 100),'' — et que « l'homme rachète son péché par l'aumône » (p. 85).

Quant au terrible passage de la page 41 sur le « négociant dont la cupidité n'a point de bornes », il paraîtra bien injuste par sa généralité même et plus encore par les traits sous lesquels il caractérise toute la corporation : « le négociant saisit avidement toutes les occasions d'augmenter son bien : il trahit la confiance de la veuve, il profite de la crédulité de l'orphelin et, sans consulter la prudence, il expose sur un frêle vaisseau et à la fureur des vagues la plus grande partie de sa fortune, dans la trompeuse espérance de l'augmenter ». Si nous ne savions que ce sermon fut prêché à Anduze, nous aurions lieu de nous étonner de la témérité du nouveau pasteur de Bordeaux.

A considérer leur valeur intrinsèque plutôt que la faveur avec laquelle ils furent reçus, les Sermons d'Olivier paraissent aujourd'hui surfaits. Il leur manque justement le grand élément qui donne à l'éloquence sacrée sa supériorité sur les autres genres oratoires : l'élément doctrinal. Par endroits l'auteur nous apparaît comme un disciple de ce respectable pasteur Abauzit qui, nous dit Villemain, « fut à Genève le vrai et le silencieux modèle de ce christianisme philosophique dont Rousseau devint par moments l'incomparable orateur.» Mais cette impression n'est point suffisamment assise pour que nous la défendions jusqu'au bout, et il se peut qu'Olivier ait été plus conservateur que novateur en matière de doctrine..

Des goûts et-des exigences de l'auditoire de Bordeaux nous avons, pour ce même temps, un troisième indice que nous fournit encore Olivier-Desmont lors({u'il écrit, à propos du pasteur Jean Bon Saint- André qui était venu prêcher en 1779 : « Son ton dogmatique et absolu avait singulièrement déplu au Consistoire et à nombre de fidèles » ^.

De la première et de la dernière de ces trois citations il ressort que la prédication dominicale commençait à se teinter de philosophie et tendait à s'éloigner des sévères enseignements de l'Evangile'2. Que cette tendance fut l'un des traits de l'orthodoxie d'Olivier, nous en avons la preuve suffisante. S'il proteste discrètement,

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