Lettre citée par le BuUelin.... ? S
2. Il ne serait pas difficile de montrer qne les prédicateurs catholiques subissaient les mêmes influences; mais il serait sans doute malaisé d'en préciser aussi exactement le point de départ cfironologique.
LE CUI/rK i:n COM.Ml'N, M'I'C. 209
c'est que sans doute il ne se sentait pas définitiv(;nient orienté dans ce sens. La versatilité ne lui était d'ailleurs pas étrangère en matière doctrinale puisqu'il en vint à prêcher, à certains moments, 1(^ salut par les œuvres ^ Sa parole manquait donc parfois des fortes inspirations qui avaient soutenu et nourri celle de ses prédécesseurs immédiats; elle n'ac(juit iwio, plus tard l'autorité qui lui manquait.
En présence de l'ignorance quasi générale des foules reprenant 1(^ chemin du temple, l'enseignement catéchétique fut l'un des premiers soins qu'assuma le Consistoire réorganisé. Dans une communauté chrétienne où la personnalité de chaque croyant est si fort prisée, la catéchisation des adolescents est un point de départ d'une extrême importance, puisque l'avenir religieux de ceux-ci en dépend presque entièrement. Mais la difficulté est grande pour le pasteur de respecter la personnalité de ses catéchumènes et de la soumettre en même temps à l'esprit de l'Evangile. Elle est même rarement surmontée à la satisfaction de l'Eglise. La conversion totale (au sens chrétien du terme), qui fait passer l'homme intérieur de l'état de nature à l'état de grâce, de l'état de sujétion à l'état de liberté, est dans les églises de la Réforme presque aussi rare que dans les autres, tant reste grande depuis deux mille ans la reîsistance du cœur humain.
En novembre 1753, le Consistoire décide que « MM. les pas'teurs catéchiseront la jeunesse alternativement, et chacun d'eux suivra la méthode qui paroitra la plus propre à inculquer aux catéchumènes les vérités et les devoirs de la religion)). Ce serait peu pour notre curiosité si nous ne savions par ailleurs que les Catéchismes de Saurin et d'Ostervald^ servaient communément à ce genre d'instruction. La dispersion de l'église en 1759; plus tard le conflit avec le pasteur Gibert, qui préférait se servir du catéchisme d'Heidelberg^; plus tard encore le mauvais état de santé du pasteur
1. D'après Daniel Benoit, ouv. cité, p. 18G. Cf. le passage que nous avons emprunté ci-dessus à la [). 85 des Discours d'Olivier.
2. C'est également le catéchisme d'Ostervakl que réclame de préférence aux autres Paul liabaut dès 1751 (d'après A. Monod, les Sermons de Paul lidbaut, p. 142, n. 3)
3. Reyislre consislorial, 6 septembre 1770, art. 5 du réquisitoire contre, Etienne Gibert. Nous avons étudié ce conflit dans notre cliap. VI.
Cavalier^ rendirent parfois assez précaire l'existence de cet enseignement, au grand dommage de la jeunesse, et provoquèrent de légitimes réclamations dont l'écho est parvenu jusqu'à nous. Par contre, en 1777, cette « école du dimanche, » comme nous dirions aujourd'hui, était si fréquentée que le Consistoire, prenant en considération le surcroît de travail qui en résultait pour le pasteur en charge, lui alloua un supplément de traitement de 1.000 livres auquel celui-ci eut d'ailleurs le désintéressement de renoncer au bout d'un an, « en prévision de la venue » d'un nouveau collègue. Le supplément continua de lui être servi sous un autre nom, et fut même porté à 1 .500 livres en raison de ses charges de famille 2. Un dernier détail à noter c'est qu'en août 1787 le Consistoire songea à confier à un nommé Bourgeois la tâche d'enseigner le catéchisme aux enfants pauvres, à certains jours de la semaine. Ce Bourgeois ne pouvait être qu'un auxiliaire du pasteur, selon toute vraisemblance, à l'instar de nos « moniteurs » de l'école du dimanche. Le Registre consistorial nous laisse dans l'ignorance de la suite qui fut donnée à ce projet.
Ce serait assurément rapetisser l'histoire ecclésiastique que de ne pas prêter attention aux conceptions et aux croyances dont vivent les âmes religieuses. Continuons donc de suivre les errements où nous nous sommes précédemment engagé.
Les marques propres de l'église de Bordeaux renaissante, à la prendre dans son ensemble, nous les connaissons maintenant pleinement : orthodoxie doctrinale, discipline tempérée et (ajouteronsnous par anticipation) charité constante à l'égard des indigents^. Ce sont là les trois directives qu'elle adopte consciemment par ses mandataires, les anciens du Consistoire, et qu'elle fait prévaloir dans la pratique, selon les possibilités du moment, dès 1 754. Mais ces mandataires, s'ils représentent la majorité des fidèles, n'en représentent pas cependant l'unanimité en toute occasion. A preuve
1. Voir ])lus haut, chap. VI, une lettre non signée, adressée au Consistoire, relativement à la nécessité d'appeler un troisième pasteur (1778).
2. Registre consisturial, 7 août 1777, 16 septembre 1778, 5 janvier 1780.