‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 21 sur 261 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les peuples sans religion. — Les religions rudimentalres. — Fétichisme^ animisme. — Culte des ancêtres, mânes, ombres, pénates, etc.

La principale, sinon la plus importante, des preuves classiques de l'existence de Dieu, est celle tirée du « consentement unanime des peuples ». On renseignait naguère, on l'enseigne encore peut-être, dans les lycées et les collèges; et le candidat qui avait soin de la faire valoir obtenait d''ordinaire une boule blanche à Texamen du baccalauréat. Malheureusement, cette preuve a perdu beaucoup de sa valeur depuis que des tcuioignages indiscutables ont appris aux métaphysiciens stupéfaits que beaucoup d'hommes, qu'un certain nombre de groupes humains tout au moins, non seulement ne connaissent aucun dieu, non seulement n'ont aucune idée de quelque chose de surnaturel et d'extérieur au monde visible, mais même sont absolument réfractaires à toute conception religieuse. Ces témoignages sont

TiiisoN. — Religions actuelles. 1

d'autant plus probants qu'ils sont apportés par des croyants, par des Européens qui ont dû se rendre à l'évidence après une résistance opiniâtre, par des missionnaires ou des voyageurs qui étaient convaincus d'avance qu'ils trouveraient Dieu partout sur leur route.

Dans la séance de la Société d'anthropologie de Londres du 5 avril 1864, le Rév. F. W. Farrar déclarait qu'il existait certainement, c non pas des tribus isolées, mais des nations entières, si dégi*adées, qu'elles vivent sans aucune connaissance de leur créateur » ; et il ajoutait :

€ Par exemple — 1. M. Schmidt dit des Australiens : t ils n'ont aucune idée d'un être divin i> ; M. Parkes dit à son tour : « ils n'ont aucun mot pour justice ni pour faute > ; et le Dr. Laing : c ils n'ont aucune idée d'une divinité supérieure, aucun objet d'adoralion, aucune idole, aucun temple, aucun sacrifice, rien en un mot qui sous une apparence religieuse puisse les distinguer de la brute >. En décrivant les aborigènes des lies Salomon, Perty dit également : c dans beaucoup de ces lies, il n'y a pas trace de religion > .

t 3. Si nous nous tournons vers l'Afrique, le missionnaire J. Leichton avoue qu'il n'a trouvé, chez les Mpongwés^ ni religion, ni idolâtrie; un autre missionnaire, le Rév. G. Brown, parle ainsi des Cafres: c ils n'ont dans leur langue aucun mot qui soit le nom ou qui indique l'existence de Dieu, d'un dieu quelconque. Le nom qui se rapprochait le plus d'une idée analogue se trouva être, après vérification, le mot tixoqni signifiait c genou blessé» et qui était le nom d'un ancien médecin, célèbre depuis plusieurs générations. Les natifs de la montagne du Cap, questionnés par Smith au sujet de leur religion, répondirent qu'ils obéis'saient à leurs chefs et qu'ils né s'occupaient de rien de plus. Un Bochiman, interrogé sur la différence entre le bien et le mal, expliqua : c quand vous enlevez la femme d'autrui, c'est bien;

Page 1