LE LIVRE DES MORMONS
velle colonie juive, composée uniquement de descendanls de Joseph, fils de Jacob, qui se divisèrent en deux nations distinctes, les larnaniles dont les Peaux-Rouges sont les représentants dégénérés, et les néphites qui ont été entièrement exterminés par les lamanites; Mormon était un néphite, qui écrivit l'histoire de sa race, transcrite par MoronI, fils de Mormon, sur des plaques d'or qui sont restées enfouies dans la terre de l'an 420 au 22 septembre 1827. Malheureusement pour la légende, il a été démontré qu'il y avait là une audacieuse supercherie : le prétendu livre inspiré n'est pas autre chose qu'un roman mystico-apocalyptique composé vers 1812 par un pasteur américain, Salomon Spaulding mort en 1816; son manuscrit, oublié dans l'imprimerie Patterson, à Pittsbourg, y fut trouvé et copié par Sydney Rigdon. La veuve et les amis de Spaulding ont témoigné du fait sous serment. Smith a d'ailleurs remanié et modifié le texte de Spaulding. D'après les mormons, ce livre serait « le rouleau d'Éphraïm » dont parle la Bible; Cf. Ézéchiel, xxxvii, 16 : c Prends une pièce de bois et écris dessus : pour Juda et pour les enfants d'Israël qui lui sont associés ; prends une autre pièce de bois et écris dessus : pour Joseph, bois d'Éphraïm, et de toute la maison, etc. ». Le mot mormon viendrait de l'anglais more < plus » et de l'égyptien réformé mon t sage » et signifierait c plus sage » (que la Bible?).
La doctrine philosophique des mormons est très large. Leur Dieu unique en trois personnes est en réalité le sommet d'une vaste échelle ou d'une longue série d'êtres formés d'une substance originairement identique, d'êtres anthropomorphes comprenant, de bas en haut, les hommes, les anges, les êtres divins ou dieux, tous sexualisés, mais les uns immortels et les autres mortels quant à leurs corps, tous immortels quant à leurs esprits, et différant entre eux
par leur de^r& d'intelligence et de pureté. Émanations de Dieu, ils se jiurilienl par des transmigrai ions ou phases successives. Le Dieu père suprême, tèle des dieus, et son lill Jésus-Christ, sont seuls incorporels; mais, puisqu'ib oat produit des èlr(>s, ils sont polygames; Jésus-Chrisl, par exemple, se promène dans le ciel avec ses femmes, dans uh char traîné par de? clievaus blancs. Le Saint-Espril es! la cause mouvante Ai: toutes les intelligences.
Ces théories ne sont point olVirii-Ileini^nt cn-^ei^-nées el, en réalité, la seule chose qu'on exige des mormons, c'est l'o-' béissance absolue à leur chef, aa prophète, et la polygamie. On sait quelles luîtes ils ont eu à soutenir depuis 186â arec le gouvernement fédéral; il est probable que ce deraier l'emportera et que, privés en quelque sorte de leur antonomie el contraints de se borner k un seul ménage, les Mormons uniront par se fondre a?ec les autres peuples da nouveau monde : dès 1875, une des épouses de firigbam Young a osé faire prononcer son divorce d'avec lui parai Inbunal fédéral. La polygamie, devenue légale depuis 1853, n'a affaibli chez eux ni la force physique ni l'intelligence; on a prétendu senlemeot qu'il leur naissait plus de filles que de garçons, ce qui est un excellent argument pour les amateurs des causes linales : il est tout naturel qu'il en soit ainsi là oii il y a besoin de beaueoup de femmes. Tous les mormons ne sont pas nécessairement polygames; mais ceux qui le sont ont leurs ménages organisés de trois façons différentes : i" les femmes habitent toutes ensemble, et le mari a, en dehors, sa maison séparée ; 2° chaque femme a sa maison et le mari habile pendant vingt-quatre heures à tour de rôle dans chacune ; 3° le mari el les femmes occupent en commun la même maison où chacune des femmes a sa chambre particulière. Cerlains mormons ont eu un nombre considérable de femmes : Brigham Youngenaeu soixante-dix qui lui ont
LES MORMONS ET LE POUVOIR FÉDÉRAL. 5r>9
donné des centaines d'enfants dont, en 1854, neuf étaient nés dans la même semaine; mais il parait que le chiffre maximum légal des épouses est de sept, autant qu'il y a de jours dans la semaine. Avec la polygamie, avec les immigrations des convertis recioités par les missionnaires en Europe et même en Asie, la colonie augmenta et prospéra rapidement. En 1850, elle fui érigée en territoire (FUlah) et admise à ce titre dans la Fédération; Brigham Young fut reconnu comme gouverneur par les autorités fédérales et il reçut un traitement annuel ; mais, en 1854, il fut déposé par le gouvernement qui envoya successivement plusieurs généraux pour le remplacer : les autorités fédérales ne purent se maintenir et furent expulsées par la population. En 1871, Brigham Young fut traduit devant les tribunaux; il profita de cette occasion pour aller visiter la Palestine où il annonçait l'intention d'émigrer avec tous ses fidèles. Réélu c prophète » depuis 1862, il mourut le 28 août 1877 et fut remplacé par John Taylor comme chef religieux; mais les sentences répétées du Congrès, les ordres rigoureux du Gouvernement central, l'arrivée d'étrangers plus ou moins convertis, la venue de colons réfractaires à la doctrine des « saints », semblent présager la fin prochaine des mormons qui deviendront, au point de vue religieux, une simple secte protestante.
Déjà, des dissensions se sont produites : la secte des joséphitesy notamment, est monogame et ne croit plus à l'authenticité du livre de Mormon. John Taylor, successeur de Brigham Young, vient de mourir pour ainsi dire en exil. Bien que les c anciens » parlent d'élire à sa place un certain Wilfrid Woodrufî, il est probable que ce dernier « prophète d ne sera jamais installé. Une assemblée générale de mormons vient de voler, le 5 juillet dernier (1887), à l'appui d'une demande d'admission de l'Utah dans l'union améri-