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V. — LES ILLUMINÉS RUSSES

Parmi les sectes irrégulières et pour ainsi dire extravagantes du christianisme oriental, il faut citer les bezslovestni « muets » du dernier siècle : dès qu'ils se sentaient convertis et louches par la grAce, les membres de cette secte se vouaient à un silence perpétuel. Le gouvernement général de la Sibérie, sous C4atherine, en mit plusieurs à la torture sans réussir à leur arracher une seule parole. Il y avait aussi, à la même époque, les malakanes^ ainsi nommés parce qu'ils buvaient du lait (en russe malako) les jours de jeûne; il en existe encore en Géorgie; ce sont en général des paysans, rudes et illettrés; ils n'admettent aucun sacrement : pour eux le vrai baptême est la purification de l'esprit, et le seul vrai prêtre est Jésus-Christ. Sous Pierre le Grand, les philipoftchinSy ainsi nommés à cause de leur chef le moine Philippe qu'ils appelaient /)us(os-t(;iâ^ a le saint du désert >, se répandirent en Lithuanie; ils regardaient le suicide comme une bonne chose, comme un moyen d'échapper au péché : les uns se faisaient enterrer vivants, d'autres se laissaient mourir de faim; leur chef religieux élu devait rester célibataire; poursuivis par ordre de l'impératrice Anne, ils s'enfermèrent dans un couvent, y mirent le feu et 66 brûlèrent vifs. Le même sentiment a, de nos jours, donné naissance aux morelstchiki «: sacrificateurs de soi-même >; à un certain jour, les fidèles se réunissent en plein champ, allument un grand feu et font le cercle tout autour en chantant des hymnes et des cantiques ; de temps en temps un fanatique se jette dans le brasier; on en trouve surtout en Sibérie.

La même exaltation , le même mépris de la vie et de la chair

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ont donné aaissance, en Russie, à d'autres associalîons dootl les principales sont les khlisti t tiageilaiits > et les Moplu'l < eunuques » , qu'on regarde d'ailleurs comme deux branches I d'une même secte. Fondée par un soldai déserteur, Daniel Philipitch, en 1G45, la société des khlisti recooimande la flagellation; on les accuse de proscrire le mariage et, malgré les apparences contraires, c'est-à-dire malgré leur halnlixte de vivre en ménages distincts, de pratiquer la communauté des femmes. Une de leurs coutumes religieuses est, dit oo, de mutiler, pendant la nuit qui précède Pâques, une jeune fille de quinze ;\ seize ans qui est regardée dès lors comme sacrée : on lui enlève l'un des seins que les assistants mangent pieusement ; puis, la jeune victime est mise sur l'antel; les fidèles dansent en chantant frénétiquement tout autour; les lumières sont alors éteintes et il se passe des scènes indicibles.

Quant aux skoplzi, qui s'appellent eux-mêmes karablik « petit navire s. ils sont connus par leur ardent prosélytisme; cens {jTii oui ]iu funvei'tir douze « infidèles » ont \ droit au titre d'apôtre. Ils sont très nombreux dans les campagnes el ont des adhérents dans les grandes villes, surtout, paraît-il, parmi les joailliers et les orfèvres. La politique joue un certain rôle dans leurs doctrines, car ils rendent un culte véritable au tsar Pierre IH, l'infortuné mari de Catherine 11, dont ils attendent, comme d'un Messie, le retour prochain sur la terre. Ils ne veulent pas de l'observation du dimanche et ils refusent de croire à la résurrection de la chair. Ils se soumettent i des observances de pénitence très dure : flagellation, port de cilices et de chaînes de fer; les plus exailés, comme on le sait, se font châtrer volontairement, par application de ce verset de rÉcriture(Mat. xis, 12); « Il y a des eunuques qui se sont châtrés eux-mêmes à cause du royaume des cieux, >

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