VI. — LES SVEDENB0RGIEN
On a inauguré en 1884, près du Panthéon, rue Thouin, numéro 12, un petit temple pour les svedenborgiens de Paris qui sont au nombre d'une trentaine. Leur religion est assez vieille déjà, et elle a compté en France des adeptes convaincus : le capitaine Bernard, de Vannes, qui, à Bordeaux, réussit à convaincre et à convertir plusieurs de ses camarades et quelques soldats de son régiment (il croyait que lés hommes pouvaient se mettre en communication avec les esprits par des songes); Tabbé Ledru, curé de l'église française de Lèves, dont nous avons parlé plus haut; M. J.-P. Moet, de Versailles, qui a traduit en français les oeuvres de Svedenborg (1819-1824), déjà traduites on partie à la fin du dernier siècle, par Chastanier, Parraud et J.-A. Pernéty; M. Emile Broussais, fils du grand Broussais, conseiller à la cour d'appel de Pondichéry ; M. Le Boys des Guays, un autre traducteur de Svedenborg, qui se servait pour sa traduction, dont il faisait dix pages par jour (il mit sept années pour achever son travail), d'une plume d'or.
La religion svedenborgiennc tire son nom d'Emmanuel Svedenborg, savant suédois, né à Stockholm le 29 janvier 1688, mort à Londres le 29 mars 1772. Fils de Jesper Svedberg, évoque luthérien de Skar, il fut anobli, en 1716, par la reine Ulrique-Éléonore, qui changea son nom patronymique en celui de Svedenborg. Mathématicien et minéralogiste distingué, il faisait un voyage d'exploration scientifique, lorsqu'en 1743, dans une auberge de Londres, ainsi qu'il le raconte lui-même, il eut sa première vision. H vécut, depuis, presque constamment en communication avec Dieu et avec les anges, dont il a publié les c révélations^ > en une
1. C'est au milieu de ce fatrai que Berlioz est allé chercher les paroles
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série considérable d'ouvrages d'un mysticisme incompréhensible.
De 1743 à 1771, Svedenborg vécut à Londres presque eo reclus. En 1771, il fut frappé de paralysie et mourut onze mois après. Ce fut vers 1783 qu'un certain Rév. Clowes commença à traduire et à prêcher sa doctrine qui se répandit peu à peu dans le monde. La première réunion de c la Société théosophique >, ainsi qu'elle s'appelait, eut lieu dans le café de Saint-Paul à Londres le 5 décembre 1783. Bientôt il se forma des sociétés analogues, à Philadelphie (en 1784), en France (en 1786), en Suède, etc. En 1871, les svedenborgiens comptaient en Angleterre cinquante-huit « Églises » formées de huit mille membres environ; il y en avait quatre-vingts avec cinq mille membres au Canada et aux États-Unis. En Suède, ils sont au nombre de deux ou trois mille ; il ne doit pas y en avoir une centaine en France. Outre l'Église de Paris, il y en avait en effet une autre en province, à Saint-Âmand, fondée en 1837 par M. Le Boys des Guays; elle parait avoir survécu à la mort du fondateur et de sa femme.
L'organisation des Églises svedenborgiennes a pour base trois pouvoirs : le pouvoir absolu, représenté par la Bible, dont trois exemplaires de différents formats occupent seuls la chaire présidentielle; le pouvoir réactif ou réglant qui réside dans la collectivité des fidèles délibérant ensemble; et le pouvoir actif confié à quatre directeurs dont l'un, qui porte le titre d'évéque, préside à toutes les cérémonies. Dans les réunions, les célibataires ne peuvent avoir tous ensemble qu'un sixième des voix; les suffrages des gens mariés ayant moins de trois enfants ne comptent au maximum que pour un tiers; ceux qui ont plus de trois enfants ont donc droit,
du chœur des damnés et des dément, Pandœmoniunit de la Damnation (k Faust : Has ! Irimiru, karabrao, tradioun marexilt etc. Ces mots appartiennent, suivant Svedenberg, à la prétendue langue des enfers.
DOCTRINES DES SVEDENBORGIENS. 565
quel que soit leur nombre, à faire compter leurs votes pour la moitié du nombre total.
En 1789, les svedenborgiens anglais résumèrent en quarante-deux propositions, condensées en trente-deux résolutions, toutes les doctrines de la c Nouvelle Église » ; on Ta, depuis, encore abrégée en douze articles de Foi. Elle déclare d*abord que Jésus-Christ, notre sauveur, est le seul et éternel Dieu et qu'en lui est la divine Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Elle ajoute que Dieu s'est incarné pour chasser du monde les puissances infernales qu'il a vaincues et domptées; que c'est une erreur de croire à la justification par la foi et à la Rédemption par la Passion ; que le second avènement de Dieu, très prochain, aura lieu, non personnellement, mais c dans le pouvoir et la gloire de son Verbe sacré > ; qu'il rétablira alors l'Église sous la forme de la nouvelle Jérusalem prévue par Jean-Baptiste ; que le jugement dernier qui a marqué la fin du vieux monde a eu lieu en 1757; enfin que l'Écriture sainte ou la parole de Dieu a une signification spirituelle inconnue auparavant, mais révélée à Svedenborg. Pour être sauvé, c l'homme doit vivre selon les préceptes du Seigneur, aimer Dieu et son prochain, reconnaître que tout bien et toute vérité, ainsi que la vie et le salut, proviennent du Seigneur seul, dans l'homme qui, par lui-même, n'est que mal et erreur ». Les svedenborgiens admettent, comme d'institution divine, les sacrements du baptême et de la cène.
Les svedenborgiens français ne regardent d'ailleurs ces sacrements que comme de mystérieuses allégories. Ils affirment de plus que leur doctrine est compatible avec toutes celles des autres sectes chrétiennes, et qu'il y a, parmi les protestants ou les catholiques, beaucoup de vrais svedenborgiens qu'une fausse honte empêche seule de se déclarer. Leur culte est très simple; ils ont bien un rituel composé
aW I.KS ijVtnUSBORGltH!) l.tllBES.
par l'abljé Liivra, mais ils ne le suivent ^'uêre;el leurs f^rémonifïs comprennenl seulemRnl des prieras spoiHanêes, des prédications, des lectures de passages de la Bible et dtt ouvrages de Svedenborg.
Toiil en élan) fermement convaincus de la réalité des visions du savant suédois, les svedenborgiens de Paris nt rroienl pas que personne puisse aujourd'bui avoir de conH munirations avec les esprits, et, à ce sujet, il s'est prorfnil un schisme parmi eux. En 1853, un ancien tourneur en cbaines, M. Caliagnct, d'Argenteuil (mort en I88j), fonda une société des éludianls svedenborgiens libres, qui est une pure association spirite. Cabagnet se piquait de magnétisme, et sa femme, Adèle Hagînot, était une somnambule t extralucide ». Depuis la mort de Caliagnet el de sa femiue, les a frères» se réunissentà Paris dansl'atelierd'un sculpteur: les séances commencent par une prière à l'immortel invisible, et se terminent par une « agape *. Entre temps, les membres de l'assemblée chantent, prient el invoquent let bons esprits; un frère ou une sœur fait une conférence; an autre donne une séance de magnétisme. A la Gd de l'agape, on entonne le cantique de la Création.
Au temple de la rue Tbouin est annexée, comme à beaucoup d'églises protestantes, une bibliotbèque et une librairie de vente.
vu. — LES EFIRITES.
Les histoires de revenant sont vieilles comme le monde. Dans sa félèbrc lettre à Sura, Pline le Jeune (liv. Vil, 27) demande à son ami s'il pense esse aliquid phanlasmaia et habere propriam figuram numenqne aliquod, an inania el vana ex metii nostro imagtnem accipere. El il lui raconte