TÉNACITÉ DES HABITUDES
que dans la puissance du christianisme (Revue coloniale^ AU6).
On sait d'ailleurs ce que valent certaines conversions. Il y a des peuples absolument réfractaires à la métaphysique. II est bon de rappeler ici la discussion de Livingstone avec un sorcier qui savait faire pleuvoir à l'aide de la fumée de certaines plantes: c J'emploie mes drogues, lui disait l'Africain, comme vous les vôtres; si le malade guérit, vous vous en attribuez la gloire; et s'il ne guérit pas, c'est qu'il n'a pas plu à Dieu >. — c Mais », répond Livingstone, c les malades sont à la portée du médecin, tandis que les nuages sont trop loin pour que les philtres puissent agir sur eux; donc, vous vous trompez et vous trompez les autres ». — « Dans ce cas >, reprend l'Africain, t nous sommes une paire de trompeurs > f
Dans les Annales de la Propagation de la foi (1872, p. 266), on peut lire ce dialogue entre un féticheur africain et un prêtre catholique : « Viens ce soir chez moi, dit l'indigène, je mettrai deux morceaux de bois l'un contre l'autre, et tu verras comme ces deux morceaux de bois vont sauter et se mettre à courir sans que personne les touche ». — « Tout le pouvoir des féticheurs, répond gravement le missionnaire, leur vient du démon, et le démon est notre ennemi, l'ennemi de tous les hommes. S'il leur accorde ses faveurs quelquefois, il les fait payer bien cher. Ceux qui l'adorent et le sei'vent iront après leur mort dans sa maison, et la maison du démon est une maison de feu où l'on souffre cruellement ». Le plus féticheur des deux n'était sans doute pas celui qu'on pourrait penser. Si le prêtre africain avait pu déshabiller son collègue, il aurait probablement été très édifié de trouver sous les vêtements de l'Européen toute une collection d'objets doués de vertus particulières. Qu'on se rappelle cette lettre écrite par une religieuse pendant le