COUTUMES RÉFRACTAIRES
avait du reste déjà entendu faire par un vieux paysan bulgare : € je préfère brûler en enfer avec mon maître qu'être heureux au ciel avec un dieu aussi méchant et aussi injuste que le vôtre >.
Au xvm* siècle, Labat disait qu'avant de faire avec les Américains des chrétiens, il fallait en faire des hommes. Il faut renouvelerpour ainsi dire les mœurs, les coutumes, les races . C'est pourquoi en Afrique le fétichisme est indestructible. Les Fellahs mahométans de la vallée du Nil sont fétichistes; il y avait, chez eux, dans un certain village, une sorte de sage-femme qui soulageait les femmes en couches en leur appliquant sur diverses parties du corps un paquet de guenilles solidement attaché. Elle ne voulut pas s'en séparer, même au prix de quatre ou cinq cents piastres ; mais elle consentit à le faire voir et à l'ouvrir : le paquet contenait de vieilles figurines de bronze. Parmi les préjugés et les habitudes les plus enracinés chez les Africains et les plus incompatibles avec le christianisme (mais non avec le mahomélisme) on cite la polygamie et Tesclavage. Moffat, qui a demeuré vingt-trois ans en Afrique, compare les efforts faits pour catéchiserles nègres à ceux d'un enfant qui chercherait à saisir la surface polie d'un miroir.
Ainsi, l'inaptitude des races inférieures à la religion n'est point une conséquence de l'ignorance ou de l'inintelligence ; c'est une affaire pour ainsi dire de tempérament et d'éducation atavique. On prétend qu'en Afrique, le mahométisme, plus simple et admettant le monothéisme, réussit mieux que le christianisme. Pourtant, de même que les musulmans du sud de l'Inde, que beaucoup d'entre eux du moins, regardent Ali comme leur dieu ; de même, je crois que Walckenaër a raison quand il cite cette opinion d'un voyageur : « Le mahométisme établi parmi les nègres est imparfait, autant par l'ignorance de ceux qui l'enseignent que par le libertinage
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des prosélytes. Il consiste dans la croyance de Tiinité de Dieu et de deux ou trois pratiques céréraoniales, telles que le Ramadan ou le Carême, le Bayram ou Pâques, et la circoncision ». D'ailleurs, les Musulmans, c'est-à-dire les traitants arabes font peu de propagande parmi les populations du sud et de l'est de l'Afrique, ce dont un missionnaire anglican se plaint en ces termes : « C'a été la politique des Arabes d'éviter le prosélytisme qui amènerait entre eux et les indigènes une véritable égalité ; dans Vintérêt d'un Iticre sordide, les Musulmans abandonnent Vâme du Cafre à la damnation éternelle ». Quoi qu'il en soit, on prétend que les chrétiens d'Abyssinie sont bien inférieurs, quant à l'honnêteté et à l'industrie, à leurs compatriotes mahométans.
La ténacité des croyances des nègres est affirmée par de nombreux écrivains. Yillault de Bellefond disait à la fin du xvir siècle de ceux de la Guinée :
€ Ils ont cette croyance aux prestres que rien ne peut les en désabuser, s'ils ont vn bon morceau c'est pour eux, qui sont les seuls parmy les Mores qui ne trauaillent point, estant nourris par les autres, qui leur donnent tout ce qu'ils peuuent, afin qu'ils prient pour eux, leur vendant ces Fétiches qu'ils leur font accroire auoir trouuées pendues à l'arbre de la Fétiche, et ils le croyentsi fortement que quand mesme ils verroient le contraire, ils se croiroient plutôt visionnaires que de s'imaginer que les prestres les trompassent, tant il est vray que ces pauvres peuples sont des aueugles conduits par d'autres aueugles. >
Le Rév. Th. Thomson, missionnaire à la côte d'Or, au milieu du dernier siècle, en avait ramené en Angleterre trois jeunes noirs. L'un d'eux, instruit et ordonné prêtre à Oxford, revint dans son pays et y officia pendant plus de cinquante ans comme aumônier chrétien. A son lit de mort, il montra autant de confiance dans l'influence des fétiches