‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 35 sur 261 · CULTES PHALLIQUES · texte numérisé non relu

CULTES PHALLIQUES

vier, les bas de Pie IX, les feuillets du bréviaire du bienheu-. reux La Salle, et bientôt sans doute les poux de S. Labre... on n'a qu*à choisir. Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les talismans chers aux joueurs (cordes de pendus ou sous percés), ni sur certaines coutumes bizarres comme celle de ces courtisanes espagnoles ou italiennes qui tirenl un rideau devant Timage de la Madone quand elles reçoivent la visite de leui*s clients.

Une des formes les plus remarquables de la religion primitive est certainement le culte du phallus, considéré comme emblème de la génération. Il n'y a là d'ailleurs rien d'obscène ; c'est un simple hommage aux instincts et aux besoins naturels, le rappel d'un phénomène essentiel et nécessaire. On retrouve partout, sauf en Amérique, le culte phallique ou des traces de ce culte: dans l'Afrique occidentale, chez les Papous de la Nouvelle-Guinée qui décorent le sommet de leurs toils d'emblèmes fort indécents aux yeux de leurs visiteurs européens, dans les iles de la mer du Sud où de grandes pierres noires et même des arbres sont vénérés comme des symboles de la génération. Chez les Arabes, on raconte que le tombeau d'un certain clieick est surmonté d'un grand phallus de basalte, presque usé par les baisers des femmes qui espèrent obtenir ainsi la fécondité que la nature leur a refusée. En Angleterre même, près de Durham, il y a dans les habitudes populaires des réminiscences manifestes d'un pareil culte dont les pays les plus chrétiens ne sont point non plus exempts. Le célèbre Jack, de Hilton, près Birmingham, parait n'être qu'une vieille idole phallique. On connaît le lingam ou le lingayôni de l'Inde ; l'objet en lui-même n'offre rien de choquant ni d'immoral, il peut être vu sans qu'on se doute de ce qu'il représente : c'est une pierre noire du Gange, de forme conique, polie, ayant à sa partie inférieure une saillie creusée comme une cuillère (les dévots la portent,

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.dans un tube ou une boîte d'or ou d'argent, au cou ou au bras); aussi en trouve-t-on d'exposés dans certains musées avec cette étiquette : « fontaine indienne » : faut-il admirer la pudeur des employés ou s'étonner de leur ignorance ? Les linganistes, comme on dit dans l'Inde, pour tout culte, versent de l'eau sucrée sur la pierre emblématique, lui jettent des fleurs et chantent des hymnes devant elle.

Parmi les variétés de cérémonies ayant un caractère religieux, il faut citer le cannibalisme, pratiqué surtout en Océanie, mais qu'on retrouve également ailleurs. Tantôt le cannibalisme — et c'est le cas des Australiens et de quelques autres tribus inférieures — est inspiré par la faim : quand les provisions sont rares, on tue une femme et on la mange ; tantôt il est le résultat d'une gourmandise rafGnée ; tantôt celui qui mange un de ses compagnons ou un de ses ennemis prétend s'incorporer les qualités physiques ou morales de sa victime ; tantôt l'anthropophagie est judiciaire : c'est la juste punition d'un criminel ; mais tantôt aussi il a un caractère nettement religieux, comme aux îles Viti où l'inauguration d'un temple est normalement accompagnée d'un grand banquet de chair humaine. Il paraîtrait, suivant M. Spencer S. John, ancien consul général anglais à Port-au-Prince, que les noirs de Haïti observent encore en secret le culte du Vaudou. Ce culte consiste essentiellement dans l'adoration d'un serpent conservé dans une boîte sur laquelle s'assied le prêtre (papaloï) ou la prêtresse {manmanloï) ; en oracles rendus dans une sorte d'ivresse ; dans le sacrifice d'un coq et d'un bouc, le massacre d'un enfant ou d'une femme dont on suce le sang et dont on se partage la chair à la ronde; enfin en orgies et en danses lascives. Les affiliés se rassemblent la nuit dans les bois.

J'ai réuni, ci-dessus, d'une manière un peu confuse, les détails qui m'ont paru de nature à donner Tidée la plus

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exacte de roriginc et de révolution primitive des croyances religieuses dansThumanité. Ceux qui auronteulapatience de tout lire seront, il nie semble, en état de conclure eux-mêmes, et d'établir la série régulière et progressive des religions inférieures. Un fait se dégage tout d'abord, c'est l'identité — quels que soient la race et le pays — des procédés, des croyances ou des habitudes. L'humanité a été vraiment c une > à ce point de vue ; d'abord inconsciemment athée, elle est devenue, sous une impression d'effroi, dans une intention de bien-être égoïste, respectueuse de certains objets, de certains phénomènes naturels. Une observation maladroite a réduit ce culte à celui des fétiches fragmentaires, animaux ou objets inanimés. Puis la vénération s'est spécialisée sur certains animaux ou sur certains objets, et s'est localisée en un endroit spécial. Enfin, l'assimilation de ces êtres et de ces objets à Thomme, assimilation inspirée par un sentiment tout naturel de réciprocité, a produit ce que Tylor a nommé Vanimismef point de départ de toutes les idées métaphysiques, de toutes les théories spiritualistes. Ce que je tiens à faire remarquer, c'est que Vanimisme n'est qu'un état secondaire ; avant d'animer, de dédoubler l'objet de son culte, le sauvage l'avait honoré pour lui-même. 11 lui prêtait ses haines, ses passions et ses besoins, et il n'y a distingué un corps, une figure, une forme et une âme, un esprit, une ombre, que le jour où il a fait cette distinction sur lui-même. Et comment Thomme en est-il arrivé à se dédoubler luimême? Par un phénomène tout naturel d'observation irrélléchie. 11 a des hallucinations, des apparitions dans les plaines désertes, dans les savanes ; pendant son sommeil, il rêve, il croit voir des personnes mortes ou en voyage sous leur forme humaine ordinaire, mais vague, effacée, fugitive. D'autre part, en présence d'un cadavre, dont l'immobilité et la froideur le frappent, il est amené à supposer que ce qui en

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