ANIMISME
faisait la vie, que ce qui lui donnait la chaleur et le mouvement a disparu, s'est éloigné, que quelque chose est parti ; et rinduclion lui fait croire qu'il y â par conséquent deux choses en nous, l'être normal vivant et son image, son reflet, son fantôme, « vapeur, ombre, nuage >, dit Tylor, c maîtresse indépendante de la conscience et de la volonté du corps qu'elle anime ; impalpable, capable de se transporter rapidement de place en place ». Voilà l'origine de l'âme, de l'esprit distinct du corps ; la preuve de cette origine est dans le mot même dont le sens propre est « souffle, vie », dans ses synonymes chez les divers peuples « cœur, sentiment, etc. », dans les revenants populaires, les mânes errants qui viennent réclamer leur part de nourriture à leur tribu, les ombres avides de sang des héros d'Homère. Cette ombre, cet esprit, cette âme est du reste purement matérielle, mais elle est formée d'une matière particulièrement subtile.
M. P. Everard im Thurm (Among the Indians of Guiana^ Londres, 1883, in-8) a particulièrement étudié l'animisme chez les Macusi, les Arecunas, etc. 11 établit que ces sauvages en sont encore à la première période, à celle où l'homme reconnaît le dédoublement de l'esprit et du corps et admet la survivance de l'esprit au corps. Ils n'ont encore aucune idée des progrès ordinaires de cette croyance : conviction de l'éternité des esprits, croyance qu'ils se réunissent dans un lieu spécial, hiérarchisation des esprits divins (en grands, en ordinaires et en petits); d'où se produit logiquement l'adoration, le culte des esprits. Les Guyanais ne font entre les esprits d'autre différence que celle qui existe entre leurs prototypes, entre un homme et un chien, entre un poisson et un rocher, etc. Pour eux les éclipses ont pour cause une bataille entre l'esprit du soleil et celui de la lune; ils font du bruit pour les effrayer et les forcer ainsi de se séparer, mais ils ne pensent pomt que ces esprits soient supérieurs Tun à