Cf. Roman de la Rose, v. 11697 à U
LiDÉ£ DE DIEU. vu
Desipere est : nam cur hic posset cuncta notare
Vocibas et varies sonitus emittere linguœ,
Tempère eodem aiii facere id non quisse patentur ^?...
Comment on s*arma de pierres, de bâtons, d'airain et de fer :
Et prius aeris erat qaam ferri cognitus usus;
Comment enfin se produisit l'idée de la divinité :
Unde eliam nune est mortalibus insitus horror Qui délabra deûm nova toto suscitât orbi.
Pétrone attribue à l'idée de dieu la même origine :
Primus in orbe deos fecit timor: ardua cœlo Fulmina quum caderent, discussaque mœnia flammis, Atque ictuflagrarei Âthos ; mox Phœbus ad orlus, Lustrata devectus humo ; Lunaeque senectus, Et rcparatus honos; hinc signa effusa per or ^em, Et permutatis disjunctus mensibus annus Projecit vitium hoc ; atque error jussit inanis Agricolas primes Gereri dare messis honores : Palmitibus plenis Bacchum vincire ; Palemque Pastorum gaudere manu ; natat obrutus omni Neptunus demersus aqua ; silvasque Diana Vindicat. Et voti reus, et qui vendidit orbem, Jam sibi quisque deos avido cerlamine fmgit.
Stace a reproduit exactement cette affirmation hardie:
1. On se rappelle que les anciens attribuaient aux Phéniciens l'in* vention de l'écriture (Lucain, III, 2-20-224) :
Phœnices prirai, famœ si credimus, ausi Mansuram rudibus vocemf signare fîguris : Nondum flumineas Memphis contexcre bibles Noverat, et saxis tantum volucresque, ferœque, Sculpta que servabant magicas animalia linguas.
VINSON. — ndl^ions actiiclles. b
vm INTRODUCTiON.
Taaprorsus iuani
Verba polo causas, obstrusaque setnina rerum Eiiciunt? miseret supenim, si carmina curae, Humanœque preces: quid inerlia pectora terres? Primus in orbe deos fecit timor, et tibi tuto Nunc eat isto furor.
{Thébaide, 111, v. 656-661.)
Un poète français Ta ainsi paraphrasée :
Et par ses désirs et ses craintes L'homme aveuglé compta ses dieux.
Mais Grébillon l'a encore mieux rendue :
Un cœur comme le mien est au-dessus des lois ; La crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois !
{Xerxè$y acte 1, se. i, v. iSS-iâi.)
Un autre auteur, parlant des prêtres et des moines, a dit :
Toile autem lucrum, superos et sacra negabunt : Ergo tibi, non cœlestis, hsec turba ministrat ; Utilitas facit esse deos, qua nempe remota, Templa ruent, nec erunt arse, nec Juppiler uUus.
L'idée divine, fille du principe d'autorité, est contemporaine de l'organisation hiérarchique de la société : a roi » et c dieu » sont la conséquence nécessaire Tun de l'autre * :
1. Cela est si vrai que les royalistes de la Restauration reprochaient aux libéraux de nier Dieu pour avoir le droit de nier le roi. Cf. le passage suivant d'un ignoble pamphlet de 1820, Petit catéchisme des grands patriotes de 1793 et de 1816, par G.-J. Rougemaitre: c Quel est le plan des libéraux en niant Texisteoce de Dieu?-- C'est de ne reconnaître aucun pouvoir légitime... Les libéraux, pour détrôner les rois, ont dû commencer par déti*ôner Dieu » (i* édit., 1824, in-12, p. 44).
LA CRÉATION. ix
Expedit esse deos et ut expedit esse putemus.
(Ovide, Art d'aimer, II, 637.)
Plus le pouvoir est élevé et mystérieux, plus il est redoutable :
Tantiim terroribus addit
Oaos timeant non nosse deos !
(Lucain, III, 416-417.)
S'il n'y a pas de Dieu, il ne saurait y avoir de créateur :
Nequaquam nobis divinitus esse paratam Naturam rerum, tanta stat prsedita culpa...
(Lucrèce, V, 199-200.)
Pour créer quelque chose, il faut d'ailleurs une matière éternelle, car rien ne se fait de rien :
Doeui nil posse creari De nihilo, nequeitem genita ad nihilum revocari.
On pourrait encore dire avec Lucien : « 11 y a des gens qui ont parlé d'un Dieu fabricateur du monde, je m'étonne qu'ils n'ajoutent ni d'oùil vient ni où il se tenait quand il travailla à cet ouvrage {Icaroménippe) ». Le mêmeLucienraille fort agréablementlesdéistes, lorsqu'il nous montre Jupiter se plaignant d'avoir manqué Anaxagore de Clazomène (475 av. J.-C.) : ce philosophe persuadait à ses familiers qu'il n'y avait absolument pas de dieux; pour le punir, Jupiter lance sur lui sa foudre, mais mal dirigée elle s'égare et va mettre le feu au tem-