‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 67 sur 261 · UVRES SACRÉS · texte numérisé non relu

UVRES SACRÉS

ciplina Tannée à reuropéennc. Le fils de Randjit, Kharak Singh, De régna qu'un an. Après des discussions et des que* relies intestines qu'il serait oiseux d'énumérer ici, TÀDgleterre s'empara du Pandjab en 1845.

Les croyances des Sikhs sont exposées dans VAdi Granlh c premier livre >, compilé en hindi par le guru Ardjun, et composé actuellement des poésies de Nânak, Angad, Amardâs, Râm-dâs, Arjun et Tég-Bahâdur et d'un couplet unique de Gôvind Singh. Le livre est divisé en neuf Mahallâs « palais > et trente et un râgs, dont chacun se termine par des citations emprantées aux qudUorze saints ou pieux personnages hindous reconnus et vénérés par les Sikhs : Béni, Bhikan, DliannA, Ghèkh Farld, Djâidèv, Kabir, Nâmdôv, Pipâ, Râmânandi Ravidâs, Sadhnà, Sâinu, Sûrdàs et Trilôtehan, dont la vie est racontée dans l'ouvrage hindi bhakta^mâlâ c guirlande des saints ». A la suite de l'Adi Granth est le BhôÇy appendicOi complément, variantes,^ sentences des six premiers gurus ; puis vient le Râg-màlâ c guirlande des histoires ou des légendes ».

Gôvind Singh avait fait un nouveau Granth qui n'est pas universellement accepté. Ecrit dans un langage très obscur, fortement mêlé de persan, il se compose de 199 strophes; on y ajoute Vakâl aslut c éloge des inopportunités » de 271 strophes et le Vilchitar nâiak ^ admirable tragédie » de 471. Les Sikhs ont encore d'autres écrits moins importants. La doctrine des Sikhs ou du khalsâ (mot arabe « propriété, part de Dieu ») comme on Tappolle depuis Gôvind-Singh, comporte avant tout l'unité de l'être suprême, Brahm, le très-haut Brahm, Paramêsur € le seigneur suprême », Ilari, Râm ou Gôvind, qui est l'être absolu, unique, infini, immortel, éternel; qui est doué de toutes les facultés et n'en a aucune à lui spéciale; qui est informe, invisible, incommensurable, indivisible, indescriptible; qui est la source et le fondement

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de toutes choses et sans lequel rien n'existe. On peut l'appeler le Créateur, mais ce mot est impropre, car il n'a rien fait de toutes pièces : tout est émané de lui, comme tout doit y retourner. Les phénomènes ne sont que des alternatives d'expansion {pasâra)ei de contraction de l'absolu; les divers êtres ne sont donc que des manifestations locales, partielles et finies de l'être infini, Dieu.

Mais l'être infini ne figure qu'en apparence dans ces manifestations; il y est aussi peu réellement que l'image d'un lotus dans l'eau est réelle. La cause des phénomènes est la Mdyâ € l'illusion » ; c'est comme un jeu de l'absolu.

Sous le dieu suprême se rangent tous les dieux de l'hindouisme, jouets eux-mêmes de l'illusion, avec leurs généalogies, leurs hiérarchies et leurs légendes. Au-dessous est l'homme dont l'âme est comme une lumière, une lueur, une étincelle de l'âme divine, une immortelle émanation de l'absolu infini. Cette lumière éclaire, nourrit, vivifie journellement les quatre-vingt-quatre lakks (8400000) de créatures, dont on compte 9 laklis d'animaux aquatiques, 27 d'êtres souterrains, 10 d'êtres ailés, 23 de quadrupèdes et 4 d'hommes. L'âme doit revenir à la source d'où elle est partie, mais son retour est rendu de plus en plus difficile par les conséquences des actes qu'elle a dû accomplir sous sa forme corporelle, à cause des cinq sens et du man « esprit », et qui la condamnent à un va-et-vient perpétuel.

C'est que Dieu a répandu sur toute la création la Mâydy l'illusion, qui fait que tous, y compris les dieux, conçoivent l'idée de leur individualité, de leur égoïsme pour ainsi dire; admettent leur existence réelle et distincte en dehors de l'absolu et parallèlement à lui; et tombent par là dans d'irréparables erreurs. Le premier résultat de la Mâyâ, c'est, dans le développement de la vie, la destruction de l'équilibre nécessaire entre les trois facteurs de l'existence, la vé-

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filé (saUô), le désir (radjô) et robscuriié (tamô). Sous ces iafluences l'homme est mené, comme une marionnette par la corde du baladin, par une sorte de destinée résultant de la vie elle-même, de la liaison de Tâme avec le corps. C'est pourquoi le but à atteindre, c'est la libération de l'erreur, la perte de l'illusion, la cessation de l'existence individuelle et la réabsorption dans l'absolu; le but suprême c'est le iVtrhàn{mwàna bouddhiste). Et les gurus sont unanimes pour affirmer que, dans le kaliyugay à notre âge de fer, le seul moyen d'atteindre au maktiy à l'émancipation finale, est l'articulation du nom du Très-Haut. Les pénitences, les bains de purification, l'éloignement du monde, l'aumône sont des moyens insuffisants ; le poids n'en atteint pas celui d'un grain de sésame, tandis que l'invocation de Hari est décisive et d'un effet immédiat.

Ce nom sacré, cette articulation efficace, cette invocation puissante doivent être appris d'un vrai guru qui peut seul renseigner utilement, et qui ne le révèle qu'à celui dont Theure est venue. Le guru reconnaît l'élu à des signes certains, et l'instruit sous l'inspiration de Hari. Il lui révèle ce nom à Toreille; le disciple — $ikh — doit répéter sans cesse ce nom, c'est sa prière habituelle, gurmantra (prière de guru) ; puisildoit méditer surFèlre suprême, et chanter ses louanges. On lui apprend alors à reconnaître l'illusion de l'égoïsme, à abandonner toute idée de personnalité isolée; le plus haut degré de la sagesse, c'est la réflexion résumée par la formule sanscrite sô 'ham cje suis lui, je suis l'absolu ». Alors, le disciple découvre clairement que tout ici-bas se ressemble et se confond, joie et douleur, plaisir et peine, haine et amitié; et, sans perdre son temps à une activité néfaste, il s'absorbe dans la méditation de Têtre unique auquel il aspire à se réunir et demeure insouciant et inerte, au milieu du monde en mouvement. On arrive à cette connaissance par-

fi5S05. — Keligions actuelles. ^

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faite par quatre phases, quatre degrés successifs : abolition de régoîsme, mépris des actions et des sentiments, indilïérence au bien et au mal, absorption en Dieu.

Les devoirs moraux du vrai sikh sont le respect du guru, la soumission aveugle à ses ordres, l'obligation de le servir sans cesse, l'abstention du vol et de la fraude, l'inattention à la femme d'autrui, l'aumône, les purifications, les bons traitements envei^ les animaux. L'interdiction de la nourriture animale n'a pas été maintenue; mais il est encore défendu de tuer une vache. La masse du peuple, qui ne saurait comprendre les hautes spéculations philosophiques, ne croit en somme qu'à un dieu personnel, très défini, qu'il peut prier et invoquer dans ses besoins, et il a peu à peu laissé de côté les nombreuses divinités hindoues.

Le culte est simple. Il n'y a point d'autre temple que le Jïanmandar d' Ami rtsar; là est l'étang sacré où le bain est obligatoire. Partout ailleurs, on ne trouve que des dharmsâlâs c enceintes de religion )», constructions simples et nues, où Ton s'assemble seulement pour entendre le Granthi c lecteur » lire et expliquer un passage du livré sacré. Il n'y apis de prêtres proprement dits, et Gôvind Singha défendu loat emploi de Brahmeou.de Mullà. Parmi les cérémonies publiques, la plus importante est la préparation et le partage dnKarâh prasâd c oblation efficace », sorte de communion sainte. Le Kavdh prasàd est un gâteau fait de parts ^^es de ghiy beurre clarifié, de farine et de sucre. Le dévot à son lever, récite ou lit un passage du Granth ; il doit réciter d*autres formules pieuses à divers moments du jour; il doit se baigner deux fois par jour dans l'eau fraîche, peigner deux fois ses cheveux, nettoyer une fois ses dents, porter ln^joui^ sur lui du fer, un sabre principalement. 11 ne doit <mre ni au Vèda, ni aux Castras, ni au (Jorûn; il ne doit «ittèr^rui temples, ni sanctuaires, ni lieux de pèlerinage;

il ne doit suivre aucune des cérémonies hindoues pour la naissance, le mariage ou la mort ; il ne porte aucun signe sur le front; il ne doit point mettre de chapeau, ni se raser les cheveux ou la barbe; le tabac, le jeu de dés, le commerce des prostituées lui sont sévèrement interdits. Il ne doit point manger la viande d'un animal tué, à moins queTanimal n'ait été assommé par un sikh même; il ne doit avoir aucun rapport avec l'infidèle, tant que celui-ci n'a pas été reçu membre de la khalsâ par cinq fidèles qui ont bu avec lui lepahul^ sorte de liqueur d'amitié. Il ne doit saluer aucun Hindou. Il doit avoir horreur du Musulman et le tuer sans merci partout oâ il le rencontre. Ces prescriptions et ces défenses sont surtout observées par les sectateurs de Gôvind Singh; les autres Sikhs vivent à peu près comme les Hindous ordinaires.

La distinction des castes n'est ni proscrite ni condamnée; Nânak a dit seulement que le but suprême était accessible aux gens de toute caste. Le meurtre des filles nouveau-nées est absolument défendu; il n'est nulle part question de la crémation obligatoire des veuves.

On compte plusieurs sectes parmi les sikhs. Les principales sont les udâsiSy les suthrêy les divânê sâdhsy les nirmalê sâdhûs et les akâlis.

Les iidâsis c bénits ^ se rattachent à Sirl-tchand, fils aîné de Nânak ; ils se divisent en quatre catégories. Ce sont, en quelque sorte, des moines mendiants, voués au célibat. Les suthrê c purs », aussi mendiants, pratiquent la plupart des cérémonies hindoues, brûlent leurs morts et les jettent dans le Gange, ont un guru supérieur auquel ils obéissent, etc. — Les nirmaU sâdhâs « vrais saints » vivent de la charité publique, vont souvent presque nus, sont célibataires, se réunissent rarement en communauté; ils ne reconnaissent aucune distinction de caste. — Les divânê . sâdhs c saints insensés », distingués par une grosse plume

m BRAHMA-SAMADJ.

au turbin, se marient le plus souvent. — Les akâlis c sci viteors de Tétre sans temps» restent célibataires, sont vêtus de bleu, portent des bracelets d'acier et se prétendent les plus lélés des fidèles de la doctrine.

Une réforme inspirée par la même pensée que celle de Nânak, mais qui ne pouvait avoir un aussi brillant avenir, est celle de Rftm MohunRoy, il y a quelque soixante ans. Elle peut être également attribuée à TinÛuence des idées européennes. C'estenjanvierlSâOque le brahme célèbre dont nous venons de parler fonda le Brahma satnàdj < société de Dieu » ; il voulait rétablir Thindouisme dans sa pureté primitive, le monothéisme absolu, dont il croyait retrouver la formule dans k$ Vëdas mal interprétés depuis longtemps. Il réunit quelques disciples, mais son école ne prospérait pas beaucoup lors de sa mort, à Bristol, en 183â. Son élève Dèbéndra Nâtli Tâgorè le remplaça comme chef de la Société, et compléta Tœuvre du maître en renonçant aux Yédas dont les doctrines lui parurent, après une longue étude, décidément incompatibles avec le monothéisme ; entre autres progrès, il se prononça contre les castes et déclara qu il admettrait dans lasecte des hommes de toutes lescatégories sociales. En 1861, il se maria sans aucune des cérémonies ordinaires qu'il proclamait idolâtriques. Toutefois, il gardait encore des ménagements qu'on lui reprochait. Celui qui le blâmait avec le plus de vivacité était son disciple Kèchab Tchandar Sèn, né en 1838, vichnuviste ardent rallié à la foi nouvelle. Kèchab avait un tempérament d'apôtre; la querelle aboutit à une

rupture.

Dèbéndra Nâth et les siens formèrent l'A cJt brahmasamâdj f primordiale société de dieu », tandis que les dissidents fondaient, en 1865, le Bhâralbarcha samâdj t société de VInde propre » qui, grâce au tempérament de son chef, devint bien vite une religion organisée et non plus une secte

DIVERSES SAMADJ. 183

philosophique. La croyance fondamentale de ces dissidents est le monothéisme; Dieu se révèle à nous par les harmonies de la nature, par la conscience humaine, par l'action des grands hommes dans l'histoire. La réunion des différentes castes, le mariage des veuves sont] recommandés; la vieille théorie delà renaissance est expressément condamnée. L'ascétisme est indiqué comme un moyen de résister aux passions. Kechab, mystique et enthousiaste, disait que les réformes lui étaient suggérées par Vâdêç^ par l'inspiration. Il en vint à organiser un culte simplifié ; des offices eurent lieu tous les dimanches et ils consistaient, à l'instar du piétisme anglais, en lectures tirées éclectiqucment de la Bible, de FAvesta et du Qorftn.

Kechab vint en Angleterre en 1870; il se multipliait pour le succès de sou œuvre qui grandissait de jour en jour : en 1876, il pouvait compter 128 communautés d'adeptes. Il fit une propagande active contre l'habitude de faire les mariages entre enfants et prêcha la nécessité pour les époux d'être libres et conscients de leurs actes. Il obtint du gouvernement anglais l'interdiction des unions entre garçons de moins de dix-huit ans et filles de moins de quinze. Mais en 1877, par une inconséquence dont les théoriciens absolus offrent trop d'exemples, il maria sa propre fille, âgée de treize ans, au ràdjâ de Katch Bèhàr qui avait seulement deux années de plus. Ce fnl le signal d'une nouvelle division de la religion déiste, comme on pourrait l'appeler. Lesméconlenls se constituèrent en sddhâran samâdj « société universelle > qui refusait d'admettre des intermédiaires entre l'homme et Dieu, qui ne voulait croire ni à un livre révélé ni à un chef infaillible et inspiré. De son côté, le vieil apôtre créa, en 1880, le nâu bidhân « nouvelle législation ^, sorte de culte éclectique et mixte où Vichnu et le Christ sont fraternellement associés, mais dont le trait principal paraît être

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