CHAPITRE III
LES RELIGIONS DE l'inde (Suite)
le Bouddhisme. — Yie du Bouddha. — Conciles. — Nissions et exils. «— Bouddhisme moderne. — Religion du Thihet.
Au Yi* siècle de notre ère, le Brahmanisme florissait dans toute Tlnde septentrionale. Le territoire conquis de proche en proche sur les habitants primitifs^ plus ou moins sauvages mais en tout cas fort inférieurs aux Aryas, se trouvait divisé en petites principautés indépendantes, très souvent en guerre l'une avec l'autre. L'importante tribu des Qkja se groupait autour de la ville connue sous le nom de Kapilavastu, sur les bords de la rivière Rôhini, à cent quatre-vingts kilomètres environ au nord-est de l'emplacement actuel de Bénarès. Le roi, le chef des Çâkya, se nommait Çuddhôdana; marié à deux sœurs, filles de Suprabuddha, roi ou chef de la tribu voisine ^es Kôliya, il se désolait de n'avoir aucun héritier, lorsque l'aînée de ses femmes devint inopinément enceinte, à l'âge de quarante-cinq ans. Elle accoucha, dans des circonstances extraordinaires, d'un enfant plein de talents et de vertus dés le plus bas âge. On prétend qu'il reçut de son père le nom de Siddhârtha qui signifie « le parfait libéré j>, appellation évidemment in-
venlée pendant l'éclosion de la légende que nous racontons. Le nom distinctif de sa famille était Gâutama, sous lequel il est également désigné. Sa mère mounit sept jours après sa naissance; il reçut, pendant sa première enfance, les soins de sa tante qui était aussi sa belle-mère. Quoique héritier du trône de Kapilavastu, il montra dès ses plus jeunes années une tendance constante à la méditation. II apprenait avec une rapidité singulière et bientôt il en sut plus que ses maîtres. Il ne jouait point, ne prenait aucune part aux divertissements de la cour, et, plus tard, lorsqu'il atteignit la puberté, il parut insensible aux traits de Tamour. il était pourtant d'une beauté remarquable. Mais toutes ses facultés étaient tournées vers l'étude ou plutôt vers la méditation ; il fuyait les compagnies et, heureux seulement dans la solitude, il s'égarait parfois des journées entières dans les forêts et dans la campagne. Pour couper court à ces velléités de renoncement et d'ascétisme, on voulut le marier de bonne heure. Siddhârtha ne se fit pas trop prier, mais il exigea de sa future épouse un certain nombre de qualités difficiles à réunir : une seule femme, sa cousine la belle Gôpâ ou Yaçôdharâ, réalisait le type désiré ; et ce fut précisément elleque, par une intuition heureuse, il choisit à première vue au milieu d'une troupe nombreuse déjeunes filles.
Mais Gôpâ, de son côté, voulait un mari digne d'elle. II fallut que Siddhârtha l'emportât sur un grand nombre de concurrents, non seulement par les talents de l'esprit mais aussi par ceux du corps. En philosophie, en grammaire, en mathématiques, Siddhârtha se montra naturellement plus fort même que les juges ; mais, chose plus inattendue, il se révéla également supérieur à tous à la course, à la natation, au tir de l'arc et à tous les autres exercices physiques familiers aux gens de sa caste, la caste guerrière des kchatryas. D'autres rétits racontent diversement cet épisode : la fiancée