VIE DU BOUDDHA
de Gâutama n'y est plus mêlée et son triomphe dans les dixhuit arts n'en est que plus éclatant : les merveilles qu'il accomplit entre autres avec son arc sont innombrables; cet arc, qui rappelle celui d'Ulysse, ne pouvait être bandé par moins d'un millier d'hommes ordinaires et le sifflement de la corde détendue s'entendait au delà de quinze kilomètres. Quoi qu'il en soit, le mariage de Siddhârtha avec sa cousine fut célébré avec toute la pompe orientale et bientôt les jeunes époux donnèrent au monde le spectacle édifiant de la pratique assidue de toutes les vertus domestiques. * Pourtant, cette vie ne pouvait suffire au sage prince. r'.eriesy la vie domestique est un état relativement désirable, «ar tout y est tourné vers le bien. Mais qu'est-ce que le bien sinon la réparation d'un mal précédemment accompli dans une vie antérieure, réparation toujours incomplète et insuffisante au milieu des occupations journalières de Thomme du inonde? et d'ailleurs le mal ne se produit-il pas sans cesse par le seul fait de la vie active? Or, suivant les idées fondamentales de la philosophie brahmanique, le mal, et par suite le bien qui lui fait compensation, ne sont-ils pas une conséquence désastreuse de l'activité, de la faculté de sentir et de vivre, désastreuse parce qu'elle devient ainsi la cause nécessaire de la renaissance? Pour ne pas renaître, pour ne pas être destinée à animer un nouveau corps, pour pouvoir s'absorber dans l'âme universelle, chaque âme individuelle doit, en quittant le cadavre qui l'enfermait, être dans un état d'indifférence, d'inertie absolue. La vie domestique ne prépare point à cet étal bienheureux. Seul Tascélisme, le renoncement, ou plutôt là vie contemplative peut et doit y con- «luire. Après de longues hésitations, après des discussions pénibles avec ses amis, avec les membres de sa famille, Siddhârtha se résolut enfin à renoncer au monde pour se consarrer uniquement à la recherche de la vérité. Il y fut déler-
miné par quatre visions ou par quatre rencontres, celle d'un ▼îeillard décrépit qui lui apprit la caducité de la jeunesse, (i*un malade qui lui révéla la fragilité du corps, d^on cadavre qui lui enseigna le néant de la vie, enfin d*un religieux mendiant qui lui montra Tétat le plus parfait que puisse atteindre un être humain. Ce fut au milieu de la nuit qu'il exécuta son dessein, qu'il abandonna tout, palais, richess*?s, trône éventuel, femme incomparable, parents, amis, pour s'enfuir dans le désert. On savait son projet; on avait placé dt*s gardes dans son appartement, aux portes mêmes de la ville. II sut triompher de tous les obstacles et bientôt, dépouillé de tous les insignes de son rang, dans la tenue misérable d'un pénitent, il se présentait chez un savant brahme qui lui accordait riiospitalilé prescrite par la religion.
Le jeune prince avait à peine atteint sa vingt-neuvième année; il lui fallut sept ans d'études, de privations, d'austérités, pour découvrir la vraie dortrino. Il commença par suivre les leçons du sage Arâla près duquel il n'eut bientôl plus rien à apprendre, puis du brahme Rudraka renommé dans tout le pays de Magadha : là aussi sa supériorité ne tarda pas à éclater hautement. Il n'était point satisfait. Los enscipnemcnis de ces deux maîtres ne lui semblaient pas suffisants pour indiquer la voie du salut, le chemin de la délivrance, le moyen d'anéantir Taclivité : il fallait chercher ailleurs. Siddhârlha part, avec cinq disciples, gagne lemontGayA, puis se relire aux l)or(]s de la rivière NAirandpnâ, auprès d'un village appelé Truvilvâ. Il y demeura six annéeSy s'astreign.int à la pénitence la plus effroyable, aux privations, aux austérités les plus enielles. Il n'était plus que Vombre de lui-même ; c'était en vain : la lumière ne se faisait point dans son esprit. Un jour, désespéré et peut-être aussi à bout de forces physiques, il tomba en sjTicope. On