NOTION HISTORIQUE ET NOTION SURNATURELLE
Au sens général, la tradition est le lien des générations
humaines qui, de leur succession, fait une suite organique et transmet aux dernières venues l'héritage de celles qui les ont précédées. Cest la lumière des temps, la trame de
l’histoire, la conscience permanente de l'humanité. Toute société engendre une tradition qui devient le
trésor où s’amassent ses souvenirs et ses mœurs, ses. acquisitions spirituelles, ses lois, tout le fruit de sa vie. De ce trésor intime sortent pour elle incessamment des leçons et des exemples, des inspirations et des vertus,une
expérience et une sagesse pratique que rien ne saurait suppléer. ;
Telle est la condition du progrès en toute chose et la loi de la vie. Ce qui est sans passé, reste sans avenir.
Le à tous les fleuves : à mesure qu’il s'éloigne de sa source,
: il est.cléir ç . il lui arrive ce de arrive
ses Eaux & Let et se chargent d’un limon pris
successivement aux terroirs qu’elles ont traversés. Parlons sans figure. C’est une loi historique que toute
| tadition, non fixée par l'écriture, en se développant,
s’altère; plus elle s'éloigne des faits, plus se dé éfigurent :
et. se a l'image et le souvenir qu’elle en
conserve, plus aussi la forme dernière de la tradition orale diffère de l’état d’origine, qui en fut le point de. départ, à moins qu’une critique vigilante et sévère ne la crible sans cesse, pour la débarrasser des légendes et des
superstitions qui s’y mêlent, et ne la ramène à sa pureté primitive. Le devoir de la critique est donc aussi HDpSes criptible que le droit de la tradition.
- Sans la première, la seconde de resterait infé- conde, ou plutôt deviendrait un obstacle invincible au
progrès. Ce serait l’asservissement du progrès. Ce serait l'asservissement du présent et de l'avenir au passé, la
stagnation, bientôt putride, de l'esprit humain.
Cette alliance de la critique stimulante et de latradition
conservatrice à triomphé dans les sciences, dans la philo-
sophie, dans la politique, et dans l’art, depuis la Renaissance, ets’ est montrée, depuis lors, admirablement féconde. On a compris que l'héritage des siècles, si précieux qu’il
soit, ne peut être raisonnablement accepté que sous bénéfice d'inventaire. La tradition nous apporte tout : le
bien et le mal, l'erreur et la vérité, des habitudes excel-
lentes et des coutumes barbares, des sentiments généreux A
et des institutions détestables. On a compris le mot de Pascal : L’humanité est comme un homme qui vivrait
toujours et apprendrait sans cesse. À ce point de vue, ce
Le es ont es modernes: qui nt les anciens, | quil ont. de plus ‘longue expérience derrière eux. Les anciens, au contraire, sont les plus jeunes, ce sont les enfants parce qu'ils sont venus au premier âge du monde. Comment la 4 à raison de l’âge mûr serait-elle asservie aux rêves ou aux | premiers raisonnements de l'adolescence? à Cette notion rationnelle de la tradition n’est point la | notion catholique; celle-ci s'en distingue par un trait essentiel. Dans l'Eglise la tradition est d'ordre surnaturel. | La vérité transmise et l'acte de transmission sont revêtus également d’un caractère divin. La tradition de 1'Eglise devient la règle souveraine de la vérité et se:trouve élevée du même coup au-dessus de la critique et de la dis- | CuSSion. % On oppose: souvent la tradition de l'Eglise et la sainte » Ecriture, surtout depuis les controverses suscitées par le protestantisme. Au point de vue historique, cette opposi- tion est sans aucune raison d’être, l'Ecriture n'étantique a première forme de la tradition fixée dans des livres et mise aïnsi à l’abri des altérations et de l’oubli. S'il s’agit de connaître ce que fut le christianisme primitif, il est évident que les “écrits apostoliques sont pour l'historien la meilleure source d'information «qu'il puisse consulter, puisque c’est le témoignage le:plus ancien et le plus fidèle que nous possédions. Ce qu'on pouvait raconter de la vie du'Christ à partir de la fin du second siècle en dehors deces œuvres écrites, est à peu près sans valeur. ; Mais au point de vue dogmatique, la question serre tourne, au moins dans le catholicisme. C’est l'Eglise qui a décidé en définitive ce qui doit être tenu pour écriture divineet ce qu’il faut regarder comme apocryphe. C’est la foi traditionnelle de l'Eglise qui seule permet d'interpréter d’une'façon légitime les textes sacrés. Le juge su-
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même Fe ‘comme issues de . même source sure r ration, les Ecritures Fais pa a“ Jes cote Fe
“tre nous, t pr qu'on ne puisse pas, comme pue les protestants, opposer ces deux autorités l’une à l’autre
À et critiquer la tradition au nom de la Bible, il a prononcé
à l’anathème contre ceux qui tordent suivant leur sens propre
les Ecritures, et il attribue, en dernier ressort, à l'Eglise seule le droit de juger de leur texte et de DRE qu on en à doit donner
éner Tr. sess. IV. Decret, ‘de canon. Scripturis : S. Synodus hoë sibi perpetuo ante oculos Pre à ul, sublatis cerroribus, puritas
ipsa evangelii in ecclesia conservetur.… 37 perspiciensque hanc veritatem et FRE contineri in libris scriptis ét, sine scripto, traditionibus, +4 Que ex ipsius | Christi ore ab apostolis acceptæ, aut ab ipsis apostolis, ne. Spiritu Sancto dictante, quasi per manus traditæ, ad nos usque perve- » 4 nerunt ; orthodoæorum patrum exempla secuta, émnes libros tam V. Fe:
quan N. “18 necnon traditiones ipsas, tum ad fidem tum ad mores per- tinentes, tanquam vel ore tenus a Christo, vel a Spiritu S. dictatas, et. jé continua successione in ecclesia catholica conservatas, pari pietatis affectu ac reverentia suscipit et veneratur.
Si les deux autorités, celle de l'Ecriture et celle de à tradition, __ sonf mises théoriquement sur la même ligne, en fait, la première Mlresté subordonnée toujours à la seconde. Sess. IV, Decret. de edit. et usu sanct. Litterarum : Synodus ad coercenda petulantia ingenia,
decernit, ut nemo suæ prudentiæ innizus, in rebus fidei et morum, SUR scripluram ad suos sensus contorquens, contra eum SensuM, quem tenuit ettenets. mater ecclesia, cujus est judicare de vero sensu et inter k | pretatione Scripturarumsanctar um,autetiamcontraunanimem consensum
Lip, Er.
nouveaux. La tradition ne s’épuise ni ne se fixe jamais.
Cest une inspiration toujours créatrice. Incarnation permanente du Verbe de Dieu, l'Eglise dit ce Verbe souve-
rain toutes les fois qu’elle parle par la bouche de ceux qui ont le droit de parler pour elle. Jadis elle eut pour organes
les évêques et les conciles. Aujourd’hui elle se concentre 5 dans la papauté. Mais c’est toujours la tradition qui fait
lPautorité du pape comme des conciles. C’est en elle que réside proprement l’infaillibilité.
“é * he la garde des vérités anciennes ; elle a mission égale- 3 ment d'expliquer, de compléter et d'enrichir ce dépôtprimitif dans la mesure progressive que réclament les temps
Comment s’est formée une théorie si extraordinaire? À
quelle date précise la voit-on apparaître? Quelles causes l’ont produite et fait triompher ? Quelles formes et quelles étapes a-t-elle traversées, depuis Irénée et Tertullien, qui . en jettent les premiers fondements, jusqu’au point de perfection et de concentration qu’elle à atteint de nos jours ? Autant de chapitres, que l’histoire éclaire entièrement aujourd’hui, sans y a aucune place au miracle ou au mystère.
Patrum, ipsam Scripturam $S. interpretari audeat. Comp. Léon XIII, Encycl. Providentissimus Deus, 1897.
Que lEglise par sa tradition est maîtresse du texte de l'Ecriture
comme de son interprétation, c'est ce que prouve la décision du
même concile touchant la traduction de Saint-Jérôme ou la Vulgate.
— Même sess., même decret : S. Synodus statuit et declarat, ut hæc ipsa vetus et vulgata editio, quæ longo tot sæculorum usu in ipsa eccle-
sia probata est, in publicis lectionibus, disputationibus, prædicationibus |
et expositionibus pro authentica habeatur, et ut nemo eam rejicere, quovis prætextu, audeat vel præsumat.