AVANT-PROPOS
Ce volume fait suite à celui que l’auteur a publié, en 1897, sous ce titre : Esquisse d’une philosophie de la Religion d’après la psychologie et l'histoire.
Deux théologies sont encore en présence : la théologie d'autorité et la théologie de l'expérience. Ces deux théologies sont caractérisées par deux méthodes radicalement contraires dans la tractation scientifique des idées religieuses, des dogmes chrétiens. Cest à la solution de cette question de méthode que le présent ouvrage est consacré. À l’heure actuelle il ÿ a une méthode qui meurt et doit achever de disparaître ; il y a une méthode qui se développe toujours plus vigoureuse et qui doit triompher.
Le problème ici discuté n’est pas seulement d'ordre philosophique. Il a une répereussion puissante dans l’ordre social. Les relations, en effet, de la société religieuse et de la société civile, des Eglises et de l'Etat, sont nécessairement tout autres, selon que la religion est conçue comme une inspiration intérieure, jaillissant des consciences humaines labourées et ensemencées par l’Esprit divin, ou comme une institution surnaturelle chargée
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d'assurer d’en haut et du dehors, l’éducation, la tutelle et le gouvernement des esprits. Dans le premier cas, la religion devient intérieure à la société, civile elle-même, comme elle l’est à la conscience; elle agit du fond à le surface, comme une sève: cachée qui régénère et fait revivre l’arbre entier de la vie, sans en violenter ni supprimer le développement légitime. Dans le second, au contraire, elle s'impose du dehors comme une loi divine à laquelle les lois humaines doivent céder, comme une vérité extra-humaine que l'intelligence doit recevoir docilement, comme une tutelle enfin que l’homme doit subir. De là, naissent fatalement ces irrémédiables conflits, moins violents chez les nations protestantes, parce que l’autorité du dogme protestant est toujours relative, plus profonds et plus aigus chez les peuples catholiques, em raison même de leurs habitudes morales et de leurs concordats qui modèrent, il est vrai, l'explosion de ces conflits, mais en laissent subsister la fatale racine.
En France, surtout, la question religieuse est au fond de toutes les agitations politiques. L’alternance singulière des mouvements de révolte et des mouvements de réaction entre lesquels elle oscille, est la conséquence et le symptôme d’un problème religieux fondamental toujours mal posé et mal résolu dans sa vie politique.
Aussi bien n’est-ce pas au point de vue politique qu’on le trouvera traité dans ces pages. De tels problèmes veulent être longuement étudiés et médités en eux-mêmes et pour eux-mêmes, sans parti pris, sans haine ni faveur, avec le seul souci de la vérité. Ce livre n’est rien moins qu'un livre de polémique. En discutant, soit le dogme catholique, soit le dogme protestant de l'autorité, nous n'avons pas eu l’intention de les réfuter, mais avant tout, celle d'en expliquer historiquement la formation et la
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destinée. Il y à dans tous les systèmes une logique immanente qui les pousse à leur point de perfection, et ensuite les mène non moins irrésistiblement, par les contradictions internes ou les insuffisances qu'elle fait éclater, à la dissolution et à la ruine. L'histoire d’un dogme en est la véritable critique. En voyant la manière laborieuse dont il s’est formé, elle en explique les origines; par les” éléments qui y sont entrés, elle en définit la nature. Enfin par le changement qui, d’une époque à une autre, s’accomplit dans les idées générales, par le déplacement rendu sensible du sol historique sur lequel reposaient les , constructions du passé, elle en découvre les bases et, par là même, en fait sentir le caractère contingent et transitoire. Cest dans ce sens qu'est vrai le mot de Schiller : Die Weltgeschichte ist das Weligericht. |
Le dessein que nous avons eu d'apporter une sérieuse contribution historique à la discussion des grandes ques-. tions religieuses, expliquera la manière dont a été composé cet ouvrage et l'aspect sous lequel il se présente : en haut des pages, un texte courant et rapide que tout le monde peut lire; en bas, une série de citations faites le plus souvent dans la langue originale des documents.
Ecrivant contre les systèmes et la méthode d'autorité, nous n'avons pas voulu que le lecteur en fût réduit à nous croire sur parole. Nous avons voulu appuyer chacune de nos affirmations importantes par les textes authentiques où nous l’avions puisée. Cette partie de notre œuvre est celle qui nous a coûté le plus de peine.
Nous loffrons surtout aux étudiants, à ceux qui ne lisent pas pour se distraire, mais pour s’instruire el ne veulent avoir en ces matières que des convictions raisonnées, vérifiées et précises. Ils y trouveront des indications bibliographiques qui pourront les aider dans leurs