‹ Les religions de l'IndeChapitre 24 sur 109 · VII, 104, S ss · texte numérisé non relu

VII, 104, S ss

nature différente qui se sont glissés dans le recueil*, ne font ressortir que davantage ce caractère des grandes religions védiques. Ils témoignent, en effet, qu'à côté d'elles, il y en avait de moins pures que la tradition hautaine de quelques familles sacerdotales a su longtemps reléguer dans l'ombre. Bannies par les Kanvas, les Bharadvâjas, les Vasishthas, les Kuçikas et d'autres de leur culte familial et de celui qu'ils célébraient pour les rois et les chefs de clan, elles ont vécu à l'état de superstitions et ont été finalement recueillies dans l'Atharva -Vêda. On a voulu voir, il est vrai, dans ces croyances autant de corruptions d'un âge postérieur. Nous ne nions pas que le recueil de l'Atharva-Vêda ne contienne en effet un grand nombre de morceaux récents ; mais il en est beaucoup aussi dont la langue ne diffère pas de celle du Rig-Vêda, et, à notre avis, c'est mal juger de la nature humaine que de né pas vouloir admettre que des conceptions dissemblables peuvent être contemporaines. C'est mal juger surtout de l'état d'esprit d'un peuple à croyances naturalistes, que d'imaginer une époque où il n'aurait connu ni philtres, ni incantations, ni sortilèges, ni pratiques obscènes, où il n'aurait pas été hanté par la crainte des génies malfaisants, et où il n'aurait pas cherché par des hommages directs, soit à les apaiser, soit à les détourner contre un ennemi. Or, une religion qui, comme celle du Rig-Vêda, a ces pratiques à côté d'elle et qui ne les emploie pas, est une religion morale. Il faut donc reconnaître que les Hymnes témoignent d'une moralité élevée et compréhensive et que, en s'efforçant d'être « sans reproche devant Aditi et les Adity as ^ », les chantres védiques s'imposent d'autres devoirs encore que de multiplier les offrandes et d'observer ponctuellement les rites. Mais il faut avouer aussi que cette observation est pour eux un point capitaU et que leur religion est avant tout ritualiste. L'homme pieux par excellence est celui qui fait couler beaucoup de somà et dont les mains sont toujours pleines de beurre ; le réprouvé est celui qui se montre avare envers les dieux : le culte est le premier devoir^.

Ce culte se réduit à deux sortes d'actes, l'offrande et la prière. Il n'est ^encore question ni de récitation dévote de textes sacrés*, ni de vœux proprement dits, ni de pratiques ascétiques, bien que le mot iapas^ proprement chaleur, soit déjà employé en quelques endroits avec la signification spéciale de mortification ^ (dans l'Atharva-Vêda, ce sens est devenu courant), et qu'on connaisse, le Mani, le visionnaire extatique qui laisse pousser ses cheveux et va tout nu ou à peine enveloppé de quelques haillons de couleur rougeâtre (plus tard la couleur favorite des ascètes et aussi celle des moines bouddhistes). On le tient.

Page 1