Cf. Burnell^Vamçabrâhmana, Introd. p. xiii
' Il serait interessant.de se rendre compte de ce que devient pendant la môme période le culte du brahmanisme, et de le suivre dans sa disparition graduelle. Mais sur ce point les renseignements exacts font défaut. Une chose paraît certaine, c'est qu'il ne se confondit jamais avec le culte sectaire. Non seulement les écrits orthodoxes, tels que Manu , défendent aux brahmanes de desservir les temples et les idoles, et d'officier aux cérémonies populaires, mais des livres aussi décidément sectaires que les poèmes épiques et môme que certains Purânas (Mârkandeya-P. , Vishnù-P., Bhâgavatà-P.), ne mentionnent guère que les anciennes cérémonies. Ce n'est que dans les Tantras, dans les Purânas qui s'en rapprochent, dans quelques Upanishads, dans des manuels et dans des compilations techniques, c'est-à-dire dans des écrits d'une affectation très spéciale, qu'on trouve des indications précises sur le rituel sectaire. 11 semble qu'aux yeux des brahmanes même le plus profondément engagés dans les religions nouvelles, le culte de ces religions soit resté une dévotion, un tribut d'hommage», une pûjâ, radicalement différente du yajna, du sacrifice traditionnel. Les doctrines se mêlèrent, les rites restèrent distincts. Des anciennes pratiques, ce furent naturellement celles du rituel domestique qui à la fois persistèrent le mieux et varièrent le plus. Nous rappellerons seulement la plus importante de ces innovations, l'odieuse coutume de Vanumarana qui fit une loi à la veuve de se brûlier avec le corps de son époux*. Quant au grand culte brahmanique, qui était garanti par une tradition plus savante, il était moins metiacé par le changement que par la désuétude. Ce culte était extrêmement compliqué et onéreux, pt déjà, dans les brâhmanas il avait fallu en venir à des accommodements 2. Sans toucher à l'ancienne théorie, on s'arrangea de façon à rendre la pratique plus aisée. C'est une règle générale que plus un traité rituel est moderne, plus il est circonstancié et exigeant, mais plus aussi il multiplie les dispenses et les moyens de se mettre en règle à peu de frais. Toute une classe d'écrits, les Yidhànas^ dont les origines sont d'ailleurs fort anciennes, n'ont pas d'autre objet que d'enseigner une sorte de culte au rabais, procurant les mêmes fruits que les grands sacrifices 3. Les immolations qui étaient peu conci-, liables avec le précepte de Vahinsâ, du respect de tout ce qui a vie, conséquence de la doctrine de la métempsychose et aussi des idées plus douces répandues par le bouddhisme, furent abolies peu à peu, et la libération de la victime, ou la substitution en son lieu et place d'une figure faite de pâte de farine, qui étaient de tolérance, finirent
1. L'endroit où une nati s'est ainsi dévouée, est marqué quelquefois par une cippe portant gravées à la partie supérieure deux empreintes do pieds, une grande et une petite, l'une à la suite de l'autre et dirigées dans le même sens.
2. Cf. par exemple Taittir. Samh. I, 6, 9, où les fruits des grands somayâgas sont attribués aux isthis de Tespèce la plus simple.
3. Deux Vidhânas ont été publiés jusqu'ici : celui du Sama-Vêda par M. Burnell. The Sâmnvidhânabrâhmana , 1873, et celui du Rig-Vêda par M. R. Mejer : Rigvidhânam, Berolini, 1878.
par être de précepte. Le dânay la libéralité envers les brahmanes sous forme, soit de dona;tions en terres, soit de présents de toute sorte (une de ces offrandes consistait à donner son propre poids d'or ou d'argent *) devint peu à peu la plus méritoire des œu\gres pies, d'une efficacité bien supérieure à celle du sacrifice. En même temps le brahmanisme admit un grand nombre de pratiques telles que pèlerinages, ablutions dans le Gange, etc., dont les anciens livres ne savent rien et qui dans Manu encore né sont pas tenues en grande estime 2. Sur tous ces changements, la littérature nous renseigne suffisamment. Ce qu'elle ne dit pas, c'est la place que ce culte tenait encore dans la réalité. Par les monnaies et par les inscriptions nous savons que les grands sacrifices tels que l'açvamêdha, le vâjapôya, le paundarîka, etc., n'ont pas cessé d'être célébrés durant le haut moyen âge'. Puis, à partir du huitième siècle, ces témoignages deviennent excessivement rares, et il n'est plus question que d'une façon générale de secours fournis aux brahmanes pour l'accomplissement des rites. La conquête musulmane qui s'étendit d'une façon permanente sur une grande partie du territoire, dut activer la décadence, en tarissant en de vastes provinces la source des libéralités princières, et il est probable que c'est à cette époque qu'il faut placer la disparition de textes rituels importants qui e-xistaient encore au moyen âge, et qui se sont perdus depuis. Les somayâgas qu'on sait avoir été célébrés dans notre siècle, peuvent se compter sur les doigts. Les brahmanes agnihotrins, qui entretiennent les trois feux sacrés, ne sont plus qu'un petit nombre, et l'ancien noviciat, le brahmacarya, par lequel s'acquiert la connaissance des textes et des rites, ne fait plus guère de recrues^. Le profit est ailleurs, à l'étude de la logique, du droit, de la grammaire S et encore ces connaissances, la jeunesse va-t-elle les chercher dans des collèges organisés à la façon anglaise, plutôt que dans les tols ou matlias brahmaniques. En 1829, Wilson comptait encore vingt-cinq de ces institutions avec six cents élèves à Nadiyâ, le principal siège de la science indigène au Bengal. Moins de quarante ans après, ce nombre était réduit à la moitié, et celui des élèves au quart®. Et comme il en est au Bengal, il
1. Cette sorte de don s'appelait tulâ < balance. » Dans une inscription du douzième siècle, il est dit d'un roi de Ganoje qu'il célébra cent fois le rite tulâ. Râjendralâla Mitra : Notes on ttco copperplate grants of Govindacandra of Kannuj, ap. Jburn. As. Soc. of Bengal, t. LXIl.