Hu'nter, A êlatiscal account of Bengale t. II, p
en est à peu près partout, dans Textrême sud, dans les pays marhattes et même à Bénarès. Sur le terrain religieux, l'intérêt est aux œuvres modernes du vêdântisme sectaire. L'ancienne théologie ne répondant plus à une foi et ayant. cessé d'être une profession lucrative, est en train de disparaître. On ne fait plus guère de copies des vieux livres à mesure que les anciennes se détruisent et, bien qu'il y ait encore dans l'Inde bien des milliers de brahmanes qui savent par cœur les principaux textes védiques, on peiit dire que la science européenne est venue juste à temps pour recueillir cette antique succession au moment où elle allait tomber en déshérence. L'espèce de renaissance du védisme qui s'est manifestée dans ces derniers temps par des publications de textes et même par des tentatives d'un retourpratique à l'ancienne orthodoxie, patronnées par divQrsMarmasabhâs (associations pour le maintien de la Loi), n*est elle-même, que le contre-coup de l'œuvre inaugurée, il y aura bientôt un siècle, par William Jones, et elle constitue un mouvement où, malgré certaines apparences, le goût de l'archéologie, l'esprit national et la politique même ont plus à voir en somme que la religion.
En passant aux religions plus jeunes qui se sont développées à la suite du brahmanisme, la première qui s'offre à nous est le bouddhisme : non pas qu'il soit démontré que c'est la plus ancienne, mais parce que, avant, toute autre, elle est arrivée à une existence distincte et qu'elle est en quelle sorte le rejeton direct de la vieille souche, tandis que ses rivales s'y sont greffées plutôt comme des plantes parasites. — Le bouddhisme présente en effet un double caractère. D'une part c'est bien un fait hindou, un produit pour ainsi dire naturel de l'âge et du milieu qui l'ont vu naître. Si on essaie de reconstituer sa doctrine et son histoire primitives, on arrive à quelque chose de si semblable à ce qui nous est offert dans les plus anciennes Upanishàds et dans les légendes J)râhmaniques, qu'il n'est pas toujours facile de déterminer quels traits lui appartiennent en propre. D'autre part il s'affirme dès l'origine comme une religion indépendante, où souffle un esprit nouveau et à qui la puissante personnalité de son fondateur a imprimé une marque indélébile. En ce sens, le bouddhisme est l'œuvre du Buddha, comme le christianisme est l'œuvre de Jésus et l'islam celle de Mahomet. Dès la mort du Maître, on se sent en présence d'un corps de doctrines et d'une institution ayant leur vie propre et dont l'histoire ne touche plus que par des rapports indirects et tout externes à celle des religions contemporaines. Cette histoire, nous n'entreprendrons pas de la faire ici. Autant que possible, nous la laisserons intacte à celui de nos collaborateurs que des études spéciales mettent mieux à même que nous de retracer en un tableau d'ensemble l'immense développement des dogmes, des institutions et des destinées du bouddhisme. C'est à peine si nous effleurerons les questions que soulèvent les sources de l'histoire du bouddhisme, ses diverses traditions si divergentes entre elles, sa double littérature d'abord conservée en sanscrit, dans le Nord (livres du Népal), en pâli dans le Sud (Tipitaka et Chroniques de Ceylan), et plus tard reproduite plus ou moins fidèlement dans la plupart des langues de la haute et extrême Asie. Il ne sera pas davantage question, si ce n'est en passant, de la biographie de son .fondateur, de ses divers systèmes de métaphysique, de sa
morale, de son organisgition ecclésiastique, (Je sa discipline et de son culte, de sa mythologie et de son hagiologie, de^ ses écoles, de ses hérésies, de ses conciles, de son influence probable ou possible sur d'autres croyances telles que le manichéisme et diverses sectes chrétiennes. En un mot, nous ne toucherons à ses doctrines et à son histoire qu'autant qu'il sera nécessaire pour expliquer sa fortune et pour marquer la place qui lui revient dans le développement religieux de l'Inde*.
On n'a que .des données légendaires profondément pénétrées d'éléments mythiques sur la vie de l'homme remarquable qui, vers la fin du sixième siècle avant notre ère, posa les bases d'un système religieux qui constitue aujourd'hui encore, sous une forme plus ou moins altérée, la foi de plus d'un tiers des habitants du globe 2. Il appartenait à la famille des Gautamas qui était, dit-on, la
1. Ouvrages généraux sur le bouddhisme : — Précédée par les travaux d'Abel Rémusat et de J. J. Schraidt sur les religions et les littératures de la haute et extrême Asie, de Gsomade Kôrôs sur le bouddhisme tibétain {Journ. of the As, Soi', of Bengale I; Asiat. Résearches XX); préparée et rendue possible par les recherches et découvertes de B. H. Hodgson relatives à celui du Népal (réimprimées en partie dans Essays on the lanquage^, literature and religion of Népal and Tibet, 1874) et par les travaux de G. Turnour sur les chroniques singhalaises (Journ, of the As. Soc. of Uenqah VU. et The Mahâpanso, with translation and an introductory essay on pâli buddhislical literature, vol. I (tout ce qui a paru), Geylan, 1837), — l'étude directe du bouddhisme indien commence avec E. Burnouf : introduction à Chistoire du BoiLddhisme indien, 1844, réimprimé en 1876; et Le Lotus de la Bonne Loi, traduit du sanscrit, accompagné de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme, 1852. f^ R. Spence Hardy, Easlern monachism, an account of the origin laws, discipline and sacred writings. .. of the order of mendicants founded by Gotama Budha. compiled-from singhalese MSS., 1853, réimprimé 1860. — Du même, A Alanwd of Badhism inits modem developmenl^ translated from singhalese MSS,, 1853, réimprimé 1860. — CF. Kôppen, Die Religion des Buddha, 2 vol. 1857-1859.^ W. Wassiljew, Dev Buddkismus^ seine Dog' men, Geschichte und lAteratury l**"" theil (seul paru), traduit du russe, 1860. Une traduction française par La Gomme, 1865. Très important pour le bouddhisme indien, bien que tiré uniquement des sources tibétaines et chinoises. — A. Schiefner, Târanâtha^s Geschichte der Buddhismus in Indien, aus dem tibetischen ûbersetzt, 1869; Fauteur écrivait au commencement du dixseptième siècle. — A ces ouvrages il faut ajouter R. G. Ghilders, A Dictionary of the Pâli language, 1875, dont quelques articles sont de véritables monographies, et qui fournit sur une infinité de points des renseignements
Ïirécieux empruntés à des ouvrages souvent peu accessibles. — Parmi les ivres de vulgarisation, il convient de citer en première ligne, J. Barthélémy Saint-Hilaire, Le Bouddha et sa religion, 2* éd. 1862, et surtout un petit Tolume récent (non daté, mais qui doit être de 1877) de T. W. Rhys Davids, Buddhism, being a sketch of the lifeand teachings ofGautama, the Buddlia, publié par la Society for proraoving Christian knowledge. — Nous ne pouvons signaler ici que d'une façon toute générale les nombreux travaux'de J. d'Alwis, S. Beal, L. Feer. Ph. E. Foucaux, D. J. Gogerly, Max Mïiller, A. Schiefner, E. Schlagintweit, A. Weber, H. H. Wilson." — Gh. Lassen 6nôn, last not least, a aussi fait beaucoup pour ces études dans son grand ouvrage, Indische Alterthumskunde, 1847-1874.
2, Les données statistiques les plus récentes fournissent pour les populations bouddhistes un chiffre total de 470 millions. T.W. Rhys Davids, Bud^' dhism, p. 5,
branche royale des Çâkya:^, un clan râjpoute établi en ce temps sur les bords d'un petit affluent du Gogra, la Rohini, à quelques deux cents kilomètres au nord de Bénarès. A vingt-neuf ans, il quitta ses parents, sa jeune femme et le fils unique qui venait de lui naître, et se fit sanuyâsin. Après sept ans de méditations et de luttes avec lui-même, . il se déclara en possession de la vérité parfaite et prit le titre de Buddha, l'Eveillé, FlUuminé. Pendant quarante-quatre autres années, il prêcha sa doctrine sur les deux rives du Gange, dans la province de Bénarès et dans le Bihâr, et entra dans le Nirvana, à l'âge avancé de quatre-vingts ans*. La date de sa mort, qui est rapportée différemment par les diverses traditions bouddhiques et par toutes d'une manière inexacte, n'a été déterminée avec une certitude à peu près complète, que dans ces derniers temps, grâce à trois nouvelles inscriptions de l'empereur Açoka. Il résulte de ces textes que, dans la trente-septième année du règne de ce prince, on comptait 256 ans depuis le départ du Maître, et cela dans le Magadha même, le pays d'origine du bouddhisme. Rapportée à notre chronologie, cette donnée fournit pour le Nirvana une des années qui tombent entre 482 et 472 avant Jésus-Christ*. C'est la première date que nous rencon-
1. Biographie duBuddha: Ph. E. Eoucaux, Egya-Tcher-Rol-Pa^ ou développement des jeux; histoire du Bouddha Sakya-Mouni, publié et traduit du tibétain, 1847-1860, 2 vol. in-4®. C'est la version tibétaine du suivant: — The Lalilavistara^ or Memoirs of the eariy life of Çakya'Sinha, éd. by Râjendralâla Mitra, Calcutta, 1853-1877 (Biblioth. Indica). Ce texte, le seul des livres sanscrits du Népal édité jusqu'ici, conduit la vie du Buddha jusqu'au début de son apostolat.^ S. Beal, The romdntic leç^endof Sâkya- Buddha, from the chinese, 1875 ; traduit d'une version chinoise de rAbhinishkramanasûtra, ou récit de la vocation et de la retraite du Buddha. — A. Schiefner. Eine tibetisrhe Lehensbeschreibung 'Çakyamuni's, 1849; Toriginal a été écrit en 1734. Tous ces ouvrages appartiennent au bouddhisme septentrional : les suivants sont puisés aux sources du sud: — B. G. Childers, The Mdhdpari, nibbâna Sutta, pâli text and commentary, ap. Journ. Roy. As. Soc. t. YII et VIII, new séries. Contient le récit des derniers jours et de la mort du Buddha; la traduction, interrompue par la mort de l'auteur, n'a pas paru.— V. FausbôU, The Jâlaka together with Us commentary. vol. I, 1877; l'introduction du coznmentaire contient une biographie détaillée du Buddha, moins les dernières années. — P. Bigandet, vicaire apostolique d'Ava et Pegou : Vie ou légende de Gavdatna, . . traduit par Y. Gauvain, 1878. Les deux éditions anglaises de cet ouvrage traduit du birman, ont paru à Rangoon^ 1858 et 1866. — H. Alabaster, The wheel of the Law, 1872, d'après les sources siamoises. -^ Enfin on ne saurait toucher à la vie du Buddha sans mentionner le beau livre de E. Senart, Essai sur la légende du Buddha^ son caractère et ses origines^ 1875 (paru d'abord d^is le Journal Asiatique, 1873-1875). On
{>eut être d'avis que l'auteur fait parfois la place un peu trop grande à 'explication mythique ; mais, après ce livre, il ne saurait plus être question d'écrire la biographie du Buddha, comme elle est donnée, par exemple, 3ans l'ouvrage cité plus haut de M. Barthélémy Saint-Hilaire.
2. La question de la date du Nirvana a été traitée principalement par Gb. Lassen, Ind. Alterthumsk. II, p. 53, 2e éd.— MaxMuller, Ancient sanskrit Literature^ p. 263. — N. L. Westergaard, VeberBuddWs Todesjahr^ traduction allemande, 1862. — H.Kern, Ooer de Jaartelling der zuidelijke Buddhisten^ 1873. Elle a été tranchée par la découverte, due au général A. Cùnningham, des nouvelles inscriptions: G. Bùhler, Threeneto edicts of Açoka^ ap.
trons dans l'histoire de l'Inde et, si on excepte celles qui en dépen- « dent, les dix siècles qui vont suivre n'en fournissent pas, pris ensemble, une demi-doùzaine de nouvelles."
Les doctrines du Buddha nous sont mieux connues que les détails de sa vie; mais il s'en faut de beaucoup qu'elles le soient d'une façon précise. Dans les documents ou il y a en somme encore le plus de chance de retrouver Técho de sa parole, dans les 5u/^a5 pâlis, ces souvenirs, à en juger par ce qui a été publié jusqu'ici ^ sont déjà si profondément altérés par les élucubrations d'une époque de formalisme et de scolastique (la langue de ces documents, le pâli, est plus jeune que les dialectes dans lesquels ont été rédigées, vers la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ, les inscriptions d'Açoka), qu'en ce qui concerne la forme du moins, l'enseignement du Maître peut être considéré comme perdu. Il y, a des étincelles dans celte littérature de moines, mais jamais de flamme , et ce n'est certainement pas avec ces étranges sermons que le « Lion des Çâkyas » a conquis les âmes. Le fond a sans doute bien mieux résisté que la forme. Mais,, si on songe aux questions semblables que soulèvent les origines du* christianisme, où la tradition a été cependant fixée incomparablement plus
• vite, on comprendra que, s'il est aisé de distinguer entre un boud-
• dhisme primitif et les doctrines grpssièrement altérées qui se sont fait jour plus tard, il convient d'user de quelques précautions en parlant du bouddhisme du Buddha lui-môme. Ces réserves faites, nous allons indiquer aussi brièvement que possible, les doctrines fondamentales de la religion établie par Gautama.
Les deux traits qui frappent d'abord daiis le bouddhisme primitif et qui remontent certainement à l'enseignement du Maître, sont l'absence de tout élément théologique et ijne aversion marquée pour la spéculation pure. Le Buddha ne nie pas l'existence de certains êtres appelés Indra, Agni, Varuna; mais il estime qu'il ne leur doit rien et il ne s'occupe pas d'eux. Il ne songe pas davantage à s'attaquer à la tradition révélée : il pasfee à côté d'elle. Le Vêda que son Eglise rejettera formellement un jour, se résumait encore à cette époque en pratiques, et Çâkyamuni, en embrassant la vie d'anachorète', a naturellement rompu avec les pratiques. Sa position par rapport à la religion positive n'est donc pas bien différente de celle de beaucoup de ses con-
Ind. Antiq. VI, 149 et VII, 141 ; et A. Gunningham, Corpus Inscriptionum indicarunt, t. I, p. 20-23, pi. XIV.
i. L. Feer, Etudes bouddhiques, ap. Journal Asiatique, 1866-1878. — R. G. Childers, Thp Kuddakapâtha^ pâli text with translation, ap. Journ. Roy. As. Soc, t. IV, new séries. — Du même, Tiie Mahâparinibbânasutta, ibid s t. VII et VIII. — P. Grimblot*, Sept suUas pâlis tirés du Digha-nikâa , 1876. — Goomara Svamy, Sutta Ntpdta, or the dialogues of Gotama Buddha, translated, 1874. — E. Burnouf a traduit plusieurs suttas pâlis dans le Lotus de la Bonne Loi. Des travaux presque introuvables de Gogerly sur cette partie des écritures bouddhiques, quelques-uns ont passé dans le livre posthume de P. Grimblot. — Pour le Dhammapada et le Jâtaka, voir plus bas. — Un assez grand nombre de Sûtras ont été en outre publiés ou traduits d'après les livres du Nord par E. Burnouf (dans ï Introduction à V Histoire du B, [.), S. Beal, A, Schiefner, etc.
temporains. Il paraît penser comme eux que c'est affaire aux brahmanes d'agir par les rites sur les puissances célestes et d'en obtenir des biens auxquels, pour son compte, il n'attache aucun prix. Son oeuvre à lui est* toute laïque et, comme il ne reconnaît pas un Dieu dont l'homme dépende, sa doctrine est absolument athée. Quant à sa métaphysique, elle est surtout négative. Il ne s'occupe pas de l'origine des choses : il les prend comme elles sont ou qu'elles lui paraissent être, et le problème auquel il revient sans cesse dans ses entretiens, n'est pas celui de l'être en soi, mais celui de l'existence. Plus encore que le Vêdânta des Upanishads, sa doctrine se renferme dans la question ^du salut.
Le programme de cette doctrine est exposé dans les « Quatre nobles vérités » : 1** l'existence de la douleur ; exister c'est souffrir ; 2° la cause de la douleur ; cette cause est dans le désir qui grandit par la satisfaction même; 3** la cessation cfe la douleur; cette cessation est possible, elle est obtenue par la suppression du désir; 4'' la voie qui conduit à cette suppression ; cette voie qui comprend quatre étapes ou états successifs de perfection, c'est la connaissance et l'observation de la « bonne loi, » la pratique de la discipline du bouddhisme et dé son admirable morale. Le terme en est le Nirvana, l'extinction, la cessation de l'existence.
Les conditions de l'existence sont résumées dans la thét)rie des Nidânas ou des douze causes successives, dont chacune est censée être la conséquence de celle qui précède. Ce sont: l*» l'ignorance; 2® les prédispositions mentales qui déterminent nos actes, ou plus simplement l'action, le karman; 3° la conscience; 4° l'individualité ; 5° la sensibilité ; 6° le contact des sens avec les objets ; 7° la sensation ; 8° le désir ou la soif; 9° l'attachement à l'existence; 10** l'existence; 11^ la naissance; 12^ la vieillesse et la mort ou la souffrance*. Ces termes, dont l'interprétation a du reste varié, répondent simplement à des faits, à des états, à des conditions de l'existence finie. Ils ne représentent pas, dans le bouddhisme primitif du moins, des substances, des entités. Le premier, par exemple, n'est pas, comme il l'est devenu plus tard, à la fois la non cognition et l'incognoscible, mais^ désigne simplement l'état d'ignorance, le fait de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Ils ne sont pas non plus toujours présentés dans le même ordre, et il est probable que cet ordre n'a pas toujours impliqué un enchaînement rigoureux et continu de cause à effet. Ainsi, il est visible que la série s'étend à plusieurs existences et que les mêmes faits y reviennent envisagés à un point de vue différent : J'activité^ par exemple, ne doit pas être conçue comme précédant absolument l'existence^ et il est non moins évident que la dixième et douzième conditions sont au fond la même, et que 3, 7, 8, 9, ne font qu'analyser " ce qui est déjà compris dans la deuxième.
Quant àr l'être qui subit l'existence, il est un composé, une résul-
1. Pour les douze nidânas cf. E. Burnouf, Introduction à ^Histoire du Bouddhisme indien^ p. 491, et la notice de R. G. Childers dans la nouvelld édition des Miscellaneous Essays de Golebrooke, t. I, p. 453.
tante des skandhas ou des * « agrégats ». Ces agrégats qui, chez rhomme, sont au nombre de cinq (il y en a moins pour les autres êtres), avec cent quatre-vingt treize subdivisions, ipuisent tous les éléments, propriétés et attributs matériels, intellectuels et moraux de Tindividu. En dehors d'eux, il n'y a rien, ni principe fixe, ni âme, ni substance simple et permanente d'aucune sorte. Ils se forment pour constituer chaque être, se modifient sans cesse avec lui et se défont à sa mort : l'individu étant de part en part un composé de composés, périt tout entier. Seule, l'influence de son karman, de ses actes, lui survit, et par elle s'opère aussitôt la formation d'un nouveau ] groupe de skandhas, un nouvel individu surgit à l'existence dans quelqu'autre monde et continue en quelque sorte le premier. Cette substitution a beau être si rapide que pratiquement on n'en tient pas compte, que leBuddha, par exemple, et les saints parvenus à l'amniscience sont représentés se souvenant et parlant de leurs existences antérieures comme s'ils étaient restés toujours eux-mêmes en passant de l'une à l'autre. Il n'en est pas moins vrai que le bouddhiste à proprement parler ne renaît pas, mais qu'un autre, si je puis dire, renaît à sa place, et que c'est pour éviter à cet autre, qui ne sera que l'héritier de son karman, les douleurs de l'existence, qu'il aspire au Nirvana. Telle est du moins la doctrine des livres pâlis, non seulement du petit nombre de «eux qu'on a publiés jusqu'ici, mais de toute la littérature orthodoxe du bouddhisme méridional, de l'avis des savants les plus autorisés qui ont pu l'étudier dans le pays même*. Cette doctrine était-elle déjà aussi nettement formulée dans l'enseignement du Maître? Il est permis d'en douter. D'une part, les livres sanscrits du Nord paraissent admettre quelque chose de permanent, un moi passant d une existence à une autre^ ; d'autre part, on ne s'expliquerait guère, ce semble, que le bouddhisme, non content de faire accepter le néant comme le souverain bien, eût dès l'origine rendu sa tâche plus difficile encore en faisant en définitive de la poursuite de ce bien un pur acte de charité. Mais, d'aucune façon, ce moi vaguement entrevu et faiblement affirmé ne saurait être assimilé, par exemple, à l'âme simple et impérissable dé la philosophie Sânkhya : il n'est pas indépendant des skhandas, comme celle-ci fest de leurs analogues, les principes iâsus du développement de la Prakriti. Il s'éteint, au contraire, quand les skandhas viennent à faire définitivement défaut. En efi*et, quelque difficulté qu'il y ait à dégager sur ce point la pensée exacte du fondateur de dessous le travail scolastique de plusieurs siècles, s'il est une conclùsion*qui s'impose comme ayant été celle du bouddhisme à tous les âges, qui découle de tout ce qu'il affirme et de tout ce qu'il ignore, c'est que la « Voie » conduit à l'ej^tinction totale, et que la perfection consiste à ne plus être 3. En supprimant la première des