‹ Les religions de l'IndeChapitre 61 sur 109 · XIII · texte numérisé non relu

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iOO LES RELIGIONS DE L'INDE

divinité populaire. Il faut en conclure, ce semble, qu'il y a une rotation entre la suprématie de Vishnu et son identification avec Krishna, ■ et on est amené à se demander si Krishna a été assimilé à Vishnu parce que celui-ci était arrivé à occuper le premier rang, ou si la primauté du dieu brahmanique n'a pas été plutôt la conséquence de sa fusion avec le dieu populaire. De ces deux solutions, c'est la dernière qui nous paraît la plus probable*. Nous ayons déjà vu que le Vêda ne fait nullement pressentir la suprématie de Vishnu. Elle ne paraît pas non plus être bien ancienne dans le Mahâbhârata, qui, en général, n'est vishnouite qu'autant qu'il est krishnaïte. Le culte le plus répandu en somme y est celui de Çiva, et même, dans les épisodes les moins remaniés de ce poème essentiellement éclectique, la , figure souveraine n'est encore ni Çiva ni Vishnu, mais le vieux roi des cieux Indra. Il semble donc qu'il ne reste guère de place pour le développement d'une religion purement vishnouite, d'autant moins, que le culte de Krishna paraît remonter assez haut. « Krishna le fils de Devakî» est nommé une fois du moins dans un écrit védique qui fait de lui purement et simplement le disciple d'un sage^, et cette représentation absolument évhémirique paraît déjà moins originale que celle que montre l'épopée. Dès le deuxième siècle avant notre ère, l'histoire de Krishna était le sujet de représentations dramatiques analogues aux solennités bachiques et à nos anciens mystères 3. Enfin il est extrêmement probable qu'il faut voir ce personnage dans l'Héraclès dont Mégasthènes, au début du troisième siècle av. J.-C, trouvait le culte dominant dans la plaine gangétique. Si ces conjectures sont fondées, les deux grandes divinités sectaires se seraient formées à peu prés de la même manière. La religion de Vishnu serait Ix plus jeune, mais, comme celle de son rival", elle serait le résultat de l'adoption par.les brahmanes et de la fusion avec une de- leurs vieilles divinités, de dieux populaires, dans le cas spécial de Krishna, d'un héros qui était probablement à l'origine la kuladêvatâ, le dieu ethnique de quelque puissante confédération de clans râjpoutes *.

1. Nous nous écartons ici sensiblement de l'opinion commune qui tend à admettre une progression assez lente et chronologiquement déterminable dans la déification de Krishna et, ajouterons-nous de suite, de Râma. On s'appuie pour cela d'ordinaire sur les parties du Mahâbhârata et du Râmâjana où Krishna et Râma sont encore représentés comme de simples héros, où ils ne sont pas encore identifiés avec le dieu suprême. A notre avis, le mot encore est là bien souvent de trop. Non seulement par leurs parties supplémentaires, mais par tout l'ensemble de leur rédaction actuelle, les deux poèmes appartiennent à l'époque du plein développement de la théorie des Avatâras, et leurs héros sont à la fois vraiment hommes et vraiment dieux. Pour Topinion contraire, cf. surtout A. Weber, Krishnajanmâshtamî, p. 316; Die Râma-tâpamya-Upanishad^ p. 275; Ueber das Râmâyana, au début. -T II y a du reste pour Krishna des traces .de plusieurs tentatives diverses de l'introduire dans le panthéon brahmanique, notamment celles qui le font venir d'un cheveu de Vishnu ou qui l'identifient, lui et Arjuna, avec Nara et Nârâyana.

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