‹ Les religions de l'IndeChapitre 68 sur 109 · Lassen, Ind. Alterthumsk*^ t. IV, p · texte numérisé non relu

Lassen, Ind. Alterthumsk*^ t. IV, p

2. H. H. Wilsoû, Sekct Works^ t. III, p. 99. De même dans la Nrisinha-. Upanishad, les trois personnes de la triade sont subordonnées à Nrisinha. Au fond, toutes les sectes en sont là : leur quatrième terme (le turîja) est encore une personne, et elles n'ont pas plutôt posé l'Absolu qu'elles le limitent par les formes les plus concrètes.

3. C'est le rôle qu'il a, par exemple, dans le Nârada-Pancarâlra I, 9; 31; 38-42 ; 46 ; etc.

' d'une fois par de violents conflits*, est rarement partagée par la masse de la population. En règle générale, un Hindou révère une divinité favorite, le plus souvent une des formes de Vishnu, de Çiva ou de Dêvî, au mantra (formule mystique d'invocation qui doit être tenue secrète) de laquelle il a été initié par un guru, divinité à qui il s'adresse en ses grands besoins, qu'il invoquera au moment de la mort et en laquelle il espère pour son salut. Mais à cette dévotion principale, il est toujours prêt à en joindre un nombre indéfini d'autres de n'importe quelle provenance. Il se peut que cette dévor tion de son choix soit venue elle-même se superposer chez lui à quelque superstition locale ou au culte héréditaire d'une kidadevatâ^ d'une divinité familiale appartenant peut-être à un tout autre cycle religieux, et, pour peu qu'il ait quelque teinture de philosophie, il trouvera en outre le moyen d'associer à tout cela une bonne dose de mysticisme' unitaire abstrait. C'est ainsi que parmi les Câlukyas, qui ont régné dans le Dékhan du cinquième au douzième siècle et qui avaient pour kuladevatâ Vishnu, quelques-uns du moins -ont professé le çivaïsme2 et que la plupart des autres montrent dans leurs inscriptions un grand zèle pour le culte de Skanda et de ses Mères, qui appartiennent au panthéon çivaïte. Cet éclectisme en quelque sorte individuel, très peu dogmatique, mais nullement banal comme celui qui s'étale dans la littérature, était d'ailleurs singulièrement favorisé par le mysticisme spéculatif, dont de vagues notions avaient filtré lentement à travers toutes les couches de la société. Un adepte du Vêdânta.ou du Yoga n'était pas obligé de subordonner Vishnu à Çiva ou Çiva à Vishnu ; dans l'un et dans l'autre, il pouvait à volonté voir l'Etre unique. « Un dieu, Çiva ou Vishnu ! » s'écrie dans une de ses stances Bhartrihari^, qui était çivaïte. Un autre çivaïte, Abhinavagupta, a commenté la Bhagavad-Gîtâ*, qui est en quelque sorte l'évangile de Krishna. Çankara, qui paraît avoir incliné plutôt au vishnouisme, est réclamé à la fois par les çaivas et par les vaishnavas, et, de nos jours encore, les brahmanes smârtas ( « observateurs de la Smriti, orthodoxes » ) du Dékhan, qui passent pour être ses héritiers directs, participent aux dévotions sectaires sans se déclarer formellement pour aucune. Dans l'Hindoustan, il en est de même de la plupart des * membres des classes supérieures et lettrées. Aussi y a-t-il eu des sectes qui, au lieu de choisir entre les deux grandes divinités, les ont associées dans un culte commun. A côté du dieu triple et un, on a eu ainsi le dieu double et un, Harihara (Hari-Hara, c'est-à-dire Vishnu-Çiva ; les çivaïtes purs interprètent ce nom par « Çiva [le maître] de Vishnu»), qui, de simple formule mystique qu'il était d'abord, a fini par devenir une figure parfaitement concrète, ayant sa

l.Gf. Toutrage infligé en 1873 par trois dévots çivaïtes au Vishnu de Pandharpour, Ind. Antiq., II, 2'>2\ IV, 22.

Page 1