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ou de Çiva, pour être sauvé, fût-on le plus criminel des hommes. Dans le Nârada-Pancardtra, un des Irvres qui professent la doctrine de la bhakti avec le plus d'exaltation, un brahmane de peu de foi, après avoir mangé sans s'en douter d'un i*este de nourriture consacrée et en avoir donné à sa ^emme, est mangé lui-même par un tigre ; la femme se brûle sur le bûcher de son mari, et, purifiés par cette communion inconsciente, les trois participants, le brahmane, la brâhmanî et le tigre vont droit au goloka: « au* monde des vaches», le ciel suprême de Krishna*.
A ces doctrines exaltées se rattache étroitement un autre trait caractéristique de l'hindouisme et la nouveauté peut-être la plus marquante des sectes historiques : là déification du gurv fondateur, laquelle a presque . touj ours pour conséquence l'obligation d'un dévouement absolu à la personne des gurus actuels, les héritiers de ses pouvoirs, soit par le sang^ soit par la consécration. Dans le vieux brahmanisme on rend hommage aux saints des anciens temps, aux fondateurs inspirés de l'école à laquelle on appartient, et les préceptes deviennent surtout impératifs à l'égard du guru immédiat, du précepteur spirituel. Celui-ci est plus qu'un père : l'élève lui doit une obéissance parfaite {çuçrûshâ) pendant la durée de son noviciat, et un pieux respect jusqu'à la fin de ses jours^. Mais il ne lui doit pas au delà, et, l'apprentissage une fois terminé, il n'attend plus rien de lui 3. Dans les religions néo-brâhmaniques, ces rapports paraissent être restés longtemps à peu près les mêmes : du moins les anciennes sectes sont-elles toutes anonymes. A partir du douzième siècle au contraire, le fondateur s'élève au rang du Buddha ou du Jina : il devient ce que le Prophète ou les imans sont pour les musulmans, un révélateur, un sauveur surnaturel. Il se confond avec le dieu même, dont il est une incarnation : comme lui, il a droit à la bhakti, et, si la secte comporte une hiérarchie traditionnelle, ses successeurs participent plus ou moins à la même prérogative. Râmânuja, Râmânanda, Anandatîrtha, Basava, bien d'autres qui ont fonde des subdivisions secondaires ou qui ont brillé comme saints ou comme poètes, furent considérés de bonne heure comme des avatâras de la divinité, soit de Vishnu, soit de Çiva. Caitanya, Vallabhâcârya, Nânak et la plupart des réformateurs plus récents furent acceptés comme tels de leur vivant. Les vôdântins les plus orthodoxes finirent eux-mêmes par admettre quelque chose de semblable pour Çankara, et, de nos jours encore, le chef des smârtas de Çringeri dans le Maïsour, qui passe pour avoir succédé à sa gaddi, à son siège, prend le titre àejagadguru, de « guru du monde», auquel est