‹ Les religions de l'IndeChapitre 88 sur 109 · I.H. H. Wilson, Select Works, t. I, p · texte numérisé non relu

I.H. H. Wilson, Select Works, t. I, p

foi et de mœurs appartient au guru : cependant Fobéissance à ses commandements ne doit pas être aveugle et les droits de la conscience du fidèle sont expressément réservés.

De ces traits, il n'en est guère qui ne se retrouvent plus ou moins ailleurs, dans le passé des religions sectaires; mais l'ensemble en est nouveau, et rappelle singulièrement le quiétisme musulman. Cette ressemblance a été saisie dans l'Inde même : les mahométans réclament Kabîr comme un des leurs, et, parmi les Hindous, une tradition très répandue en fait un musulman converti. Il est certain que Kabîr s'est. beaucoup préoccupé de l'Islam. Son but a été visiblement de fonder -une religion unitaire qui aurait réuni dans la même foi les Hindous et les sectateurs du Prophète, . et, pour cela, il attaque Tintolérance du Coran et le fanatisme des mollahs, avec non moins de vigueur que les préjugés de ses compatriotes. On ne saurait douter non plus que le spectacle de l'Islam avec son monothéisme triomphant, son culte sévèrement spiritualiste, sa large fraternité et sa morale d'une supériorité pratique incontestable, n'ait fait sur lui une impression très vive. Mais en même temps cette impression paraît n'avoir été que toute générale. Kabîr connaît mal la théologie musulmane : son Dieu n'est ni celui du Coran, ni même celui du soufisme, mais celui du Vêdânta : le mantra d'initiation avec lequel il reçoit ses disciples est au nom de Râma et, malgré la profession très nette qu'il fait du monothéisme, il semble avoir admis lui-même et, en tout cas, ses fidèles ont admis après lui, la plupart des personnifications dé l'hindouisme. Les membres de cette secte, les kabtr-panthîs « ceux qui suivent la voie de Kabîr », forment aujourd'hui douze branches principales, restées en communion entre elles malgré quelques difl'érences dans les doctrines et dans les pratiques. Leur centre est à Bénarès ; mais on les rencontre dans toute la présidence du Bengal, dans le Gujarât, dans rinde centrale, et jusque dans le Dékhan. Leur nombre, difficile à évaluer à cause du soin qu'ils mettent à se conformer aux usages du milieu dans lequel ils vivent, paraît être assez considérable. A la fin du siècle dernier, leur ordre religieux à lui seul fournit, dit-on, trente-cinq mille participants à une mêla tenue à Bénarès ; et ils sont encore plus influents que nombreux. Kabîr lui-même est révéré comme un saint par la ^lapart des vishnouites : son autorité est directement reconnue par beaucoup de sectes réformatrices, et son action est sensible chez toutes.

C'est ainsi que les dâdû-panthts, fondés à la fin du seizième siècle par un blanchisseur du nom de Dâdû, et qui sont nombreux parn^i les râjpoute^s d'Ajmîr et de Jaypour; les 6a6a-/d/ù ou sectateurs de Bàbâ- Lâl, un râjpoute de Mâlva,qui compta parmi ses auditeurs le libéral et infortuné frère d'Aurangzeb, Dâra Shakôh (milieu du dix-septième siècle) ; les sddhus « les purs », très répandus aux environs de Delhi, et dont le fondateur, Bîrbhân, vivait dans la deuxième moitié du dixseptième siècle; les satnâmis «les adorateurs du vrai nom *», qui datent

1. Il s'est produit récemment une sorte de réveil dans cette secte sous

d.u milieu du siècle suivant et se- rattachent à Jîvan Dâs, un homme de caste militaire, natif d'Oude, sont en quelque sorte des branches issues de la secte de Kabîr. Les prân-nâiHîs^ ou sectateurs de Prân- Nâtha, un kshatrîya du Bândelkhând (fin du dix-septième siècle), qui admettent indistinctement des Hindous et des musulmans, laissant aux uns et aux autres leurs croyances et leurs usages particuliers, et n'exigeant d'autre profession de foi que celle de croire en un seul Dieu ; les çiva^nârâyanis, fondés dans la première moitié du dix-huitième siècle par un râjpoute de Ghâzipour, Çiva Nârânaya, qui ne reconnaissent pas de gurus et professent également le déisme ; bien d'autres encore se rattachent au même mouvementé Moins directe, mais sensible encore, est l'influence des mêmes doctrines dans l'œuvre de Svâmin Nârâyana, qui, dans le premier quart de ce siècle, s'éleva dans le Gujarât, contre l'idolâtrie et les superstitions de ses compatriotes, en particulier contre les croyances impures des gosains vallabhâcâryas. Il prêcha une morale austère, l'amour du . prochain sans distinction de caste et l'unité de Dieu, ajoutant que ce Dieu, qui s'était incarné jadis en Krishna, et dont Vallabhâcârya avait usurpé le nom, avait daigné reparaître ici-bas en sa personne. L'évêque Heber, qui se rencontra avec lui dans le printemps de 1825, nous a laissé de cette entrevue unie curieuse relation qui mériterait d'être reproduite ici in extenso^. Rien n'est plus propre que ce récit à donner une idée de l'indescriptible mélange de vues élevées et de superstitions grossières qui se rencontre à tous les degrés de l'hindouisme, et à faire toucher, pour ainsi dire du doigt, toutes les restrictions qu'il faut faire quand on vient à; parler du ' monothéisme des Hindous. Svâmin Nârâyana, qui se présenta à cette entrevue à la tête de deux cents cavaliers «armés jusqu'aux dents, commandait alors ep maître absolu à plus de cinquante mille fidèles. Aujourd'hui, la secte en compte environ deux cent ipille et, conformément à la loi qui régit toutes ces communautés, elle commence à se scinder en deux groupes.

Mais la plus remarquable des nombreuses sectes se rattachant plus ou moins directement à Kabîr est celle des Sikhs^ des « Disciples, » qui, seule de toutes les branches de l'hindouisme, aboutit à une religion nationale, ou plutôt qui engendra une nation 2.

rinfluence d^un certain Ghâsi Dâs, mort en 1850, et qui avait groupé autour de lui près d^un demi-million de fidèles. Max Mûller, Chips from a German Workshop, t. IV, p. 329.

1. Narrative of a Journey through the Upper provinces of India, ch. xxv. • 2. Pour Phistoire générale des Sikhs, consulter : J. Malcolm, Sketch of the SikhSn ap. Asiatic Researches, t. XI ; H. T. Prinsep, Origine et progrès de la puisstance des Sikhs dans le Penjab^ traduction française par X. Raymond. 1836; W. L. Mac Gregor, Hisiory cf the Sikhs, 2 vol., 1846; J. D. Gunningham, A History of the Sikh^^ 1849 ; Pour leur histoire religieuse : . H. H Wilson, Account of the civil and religions institutions of the Sikhs^ ap. Journ. of the Roy. As. Soc. t. IX (1848), reproduit Select Works. U, p, 121, etc. ; £. Trumpp, Nânak^ der Stifter der SikhreUgion^ dans les Mémoires de PAcadémie de Munich, 1876, et surtout les Introdur.tory Essays, placés par le même en tête de sa traduction de TAdi Granth, 1877.

Leur fondateur, Nânak, naquit en 1469 dans le Penjàb, à peu* de distance de Lahore, dans la caste commerçante des Khatrîs. Une partie de son existence fut errante, et c'est probablement au cours de ces voyages qu'il entra en relation avec les disciples de Kabîr. De même que ce dernier, il se fit l'apôtre d'une religion unitaire fondée sur le monothéisme et sur la pureté morale. « Il n'y a ni Hindous, ni Musulmans » fut, dit-on, le thème d'une de ses premières prédications, et, comme Kabîr,' il est resté en odeur de sainteté auprès des soufis, des fakirs et, en général, des mahométans médiocrement orthodoxes. Mais, comme lui^et plus que lui, il fut foncièrement hindou. Il rejeta les Vôdas, lesÇâstras,les Purânas aussi bien que le Coran ; mais il retint la plupart des sanskâras ou cérémonies privées^ qui ne furent supprimées que longtemps après lui, et il ne rompit pas même d'une façon absolue avec la caste, qu'il toléra comme institution civile et dont la secte, malgré des tentatives ultérieures d'abolition complète, a . toujours conservé quelques vestiges. Elle n'a jamais cessé par exemple de témoigner beaucoup de respect aux brahmanes, et, de presque tous les gurus, il est dit qu'ils en entretinrent auprès de leur personne en qualité de prêtres domestiques. De même pour les dogmes, depuis que le Gmnili, la Bible des Sikhs, est publie*, il ne saurait plus guère être question d'une influence profonde de l'Islam sur la pensée des fondateurs de cette religion. D'un bout à l'autre,- et pour la forme, et pour le fond des idées, ce livre respire le piiinthéisme mystique du Vêdânta, renforcé des doctriçes de la bhakti, de la grâce et du dévouement absolu au gurû. Il se distingue bien de la littérature sectaire prise en masse par l'importance qu'il attache aux prescriptions morales, par la simplicité et le caractère spiritualiste d'un culte dépouillé de toute idolâtrie, par sa sobriété mythologique surtout, bien qu'on y trouve en assez gcand nombre les personnifications de l'hindouisme et que même on y surprenne parfois comme jm retour aux divinités hindoues. Mais il serait difficile de faire en tout cela la part précise de ♦ l'influence musulmane. Pratiquement, il est vrai, les Sikhs ont fini par adorer un Dieu personnel, et leur religion peut se définir comme un déisme plus ou moins assaisonné de superstitions. Mais c'était là une modification qu'elle devait subir forcément, le panthéisme, qui peut bien être la foi d'un petit cercle de mystiques, ne se concevant pas comme croyance positive d'une nombreuse communauté. Par * contre il est incontestable que le contact avec les musulmans, qui n'a été nulle part plus intime que dans ces pays frontières,- a puissamment agi sur l'esprit et sur les mœurs des Sikhs. C'est aiix sectateurs du Prophète qu'ils ont emprunté notamment leur fanatisme militaire et le dogme de la guerre sainte, notion nullement hindoue^ mais qui, sous la même influence, s'est développée également chez d'autre» populations de l'Inde, par exemple chez les Marhattes et chez

1. The Adi Granth or the Holy scriptures of ih$ Sikhs ^ translated from the original gurmukhî, "withintroductory Essays, by Dr. E, Trumpp, 1877. Publié par prdre du gouvernement anglais.

' certaines tribus râjpoutes. L'Adi-Granth « le Livre fondamental » fut * compilé par le cinquième successeur de Nânak, Guru Arjun.(i581- 1606). Il y recueillit les poésies laissées par le fondateur et par les trois gurus qui étaient venus après lui, et y ajouta ses propres compositions, ainsi qu'un grand nombre de sentences et de pièces de Râmânanda, de Kabîr, du poète marhatte Nâmdêy et d'autres saints personnages. Quelques additions y furent faites encore par le dixième et dernier guru, Govind (1675-1708), qui composa en outre un deuxième Granth, intitulé « le Granth du dixième règne. » Ces deux

; livres, volumineux l'un et l'autre, sont rédigés en une forme vieillie dti Penjâbî appelée Gurmukhî «qui vient de la bouche du Guru. » Avec des biographies des gurus i et des saints et un certain nombre d'instructions rituelles et disciplinaires, ils forment la littérature sacrée de la secte.

Pendant près d'un siècle les Sikhs paraissent être restés une communauté purement religieuse d'inoffensifs puritains. Comme Nânak, sans en faire l'objet d'une défense formelle, avait déconseillé à ses disciples de renoncer à la vie active, la secte, à peu d'exceptions près, n'était composée que de pères de famille industrieux, laboureurs ou marchands. Gomme en outre l'infanticide, une des pratiquas sombres de l'hindouisme et fort en usage parmi les tribus de l'Ouest, Jâts et Râjpoutes, y était sévèrement interdit, et qu'elle se recrutait indifféremment parmi toutes les classes de la population tant musulmane qu'hindoue, elle ne tarda pas à devenir nombreuse sous l'autorité de ses gurus. Celle-ci était absolue. Le guru est le médiateur et le sauveur ; il est infaillible ; le fidèle lui doit une obéissance aveugle, et ses rivaux, lés fauteurs d'hérésie, finirent par être voués au feu, eux et leur famille.Bien que Nânak, en bien des endroits, parle modestement de lui-même, on ne saurait douter qu'il ne se soit cru une mission divine, ce qui, traduit en langage hindou,, revenait à dire qu'il était une incarnation de Hari (un nom de Krishna-Vishnu, la désignation la plus usitée dans le Granth de l'Etre suprême). Pour lui et pour ses disciples, il était identique avec Dieu, et tous ses successeurs furent, comme lui, des manifestations de la divinité. Jusqu'au cinquième guru, l'autorité suprême se transmit par voir de consécration du titulaire mourant au plus digne d'entre ies disciples (Nânak en avait donné lui-même l'exemple en désignant Angad de préférence à ses deux fils, dont les descendants, les iVanafepotras, forment encore aujourd'hui deux clans particulièrement honorés parmi les Sikhs) : Guru Arjun, le compilateur du Granth, la rendit héréditaire. Le premier, il s'entoura d'uji appareil royal et profita de sa puissance pour jouer un rôle politique. Il pria pour Khusrô^, le fils rebelle de l'empereur Jahân^r, et périt la même

1. Ces biographies ont été traduites en partie- par E. Trumpp dans ses Introductory Essays, entête de sa traduction de TAdi Granth.

2. Dabistân or School of Manners, t. II, p. 272, trad. Shea et Troyer. L'auteur de cette curieuse Histoire des Religions, un musulman d'idées singulièrement larges, a fourni de précieux renseignements sur les Sikhs^

* année à Lahore dans les prisons du padishah (1606). A partir de ce moment la communauté des Sikhs se transforma rapidement en une théocratie militaire, à laquelle la rude population des Jâts fournit de fanatiques soldats. Sous le règne du bigot Aurangzeb, la lutte avec le pouvoir impérial recommença pour ne plus finir. Le neuvième guru, TôgBahâdur, fut décapité à Delhi (1675). Son fils Govind Singh, dont le pontificat ne fut qu'une longue suite de combats, acheva la transformation de la secte ou, comme elle s'appela désormais d'un nom emprunté à l'arabe, du Khâlsâ « la propriété, la part (de Dieu). » 11 l'entoura d'un ensemble d'ordonnances qui en fit un peuple à part, voué au triomphe ou à l'extermination. Toute inégalité sociale fut abolie au sein du Khâlsâ, dont chaque membre reçut le surnom nobiliaire de Singh (en sanscrit sinha, lion). Le costume fut réglé d'une façon uniforme. A l'exception du respect témoigné aux vaches, tout ce qui rappelait les usages, pratiques et cérémonies de l'hindouisme fut rigoureusement proscrit, bien que, personnellement, Govind partageât quelques-unes des pires superstitions hindoues, au point qu'il immola un de ses disciples à Durgâ. Aucun rapport ne fut plus toléré avec l'infidèle, avec celui que cinq initiés n'avaient pas reçu men^bre du Khâlsâ en. buvant avec lui le sorbet du Pahui. Un Sikh ne devait même pas rendre le salut à un Hindou. Quant au musulman, il était tenu de le tuer sanè merci en quelque heu qu'il le rencontrât. Aussitôt qu'initié, il était soldat. La guerre sainte devenait son occupation permanente ; il devait toujours être armé, ou du moinis, comme signe de sa vocation, porter sur lui de l'acier, qui devint une sorte d'amulette. Dieu lui-même reçut le nom de Sarba Lohanttii le tout defer », et par là quelques pratiques fétichistes s'introduisirent dans cette religion iconoclaste. Le soldat sikh adresse sa prière à son sabre ; de même le volume du Granth est devenu l'objet d'une sorte de culte.

Dans cette lutte inégale contre le formidable empire d'Aurangzeb, Guru Govind Singh devait finir par. succomber. Traqués comme des bêtes fauves, après trente années de combats, ce qui restait de ses fidèles se dispersa dans les montagnes : lui-même accepta un commandement dans les armées impériales et tomba enfin sous les coups d'un assassin afghan près de Nandêr, dans les Etats du Nizam (1708*). Tous les Sikhs n'avaient pas adopté ses réformes, et IL paraît avoir vu parfaitement qu'au point . où en était arrivé la secte, la personnalité du guru serait désormais une cause de schisme plutôt que d'union» Aussi, sur son lit de mort, pressé de désigner son successeur, déclara-t-il que la dignité était abolie et que le Granth serait à l'avenir le guru des Sikhs.

Après lui la direction du ELhâlsâ dans le Penjâb passa à un ascète du nom de Banda. A trois reprises, sous le commandement de ce chef féroce, les Sikhs sortirent dé leurs repaires

qu'il connaissait fort bien (t. II, p. 246-288). Il avait entretenu des relations personnelles avec le huitième Guru, Hari Govind. 1. M, Elpbinstone, Hittory oflndia, t. II, p. 564.

de Sirhind , et chacune de ces . irruptions fut accompagnée de massacres comme Tlnde elle-même en a peu vu de semblables. A la suite de la dernière, ils furent à peu près anéantis par les "généraux de Fempereur Farokshîr. Banda fut pris et envoyé à Delhi. Après avoir assisté pendant sept jours consécutifs au supplice de 740 de ses compagnons, dont aucun ne faiblit, après avoir vu égorger sous ses yeux son fils, dont le bourreau lui jeta le cœur à la figure, il expira le dernier, déchiré avec des tenailles ardentes, louant Dieu de Favoir choisi pour être l'exécuteur de ses vengeances sur la race des méchants (1716*). Aux horreurs de cette guerre sans merci, les Sikhs avaient mêlé les dissensions intestines. De même que Guru'Govind, Banda avait introduit des nouveautés, non dans le dogme, mais dans les. usages. Il avait touché au costumeet, à'I'intërdiction du tabac, il avait ajouté celle des liqueurs spiritueuses et de la viande (les Sikhs ne s'abstenaient que de la chair de vache). C'était un retour aux maximes de la dévotion hindoue. Il avait rencontré une résistance acharnée dans ce milieu fanatique où les moindres choses prenaient des proportions énormes, et le sang avait coulé abondamment dans le Khâlsâ. Gomme il n'avait été qu'un chef et non une autorité divine à la façon des gurus, ces innovations furent aisément abrogées après sa mort. A partir de ce moment, la direction de la secte passa à une milice de z'élotes, Ifes Akâlîs « les fidèles de l'Eternel, » institués, dit-on, par Guru Govind, qui se firent les défenseurs farouches de l'orthodoxie. Quand la décomposition de l'empire mogol permit aux Sikhs de reprendre pied dans .la plaine, les.akâlis se constituèrent les gardiens du sanctuaire d!Amritsar, où se ccgiservait l'exemplaire original du Granth de Guru Arjun. Dans les grandes occasions, ils y convoquaient le Gurmatâ, « l'avis du guru », l'assemblée générale des chefs sikhs, en laquelle résidait pour le temporel et pour le spirituel l'aïuforité suprême de la nation et qui, sans assurer une unité parfaitement stable à ce singulier mélange d'oligarchie théocratique et de fédération militaire, y maintint cependant une cohésion suffisante et empêcha la production de nouveaux schismes dans le sein du Khâlsâ.

Ici finit l'histoire religieuse des Sikhs; la .suite en est toute politique. Quarante ans après leur dernier désastre, ils avaient ramené à leur fédération la plupart des sjrdars Jâts. Enl764, après la retraite définitive des «Afghans, ils s'emparèrent de Lahore et devinrent les maîtres incontestés du Penjâb ; ils pouvaient alors mettre sur pied 70,000 chevaux. Ranjit Singh (1797-1839) réussit à; leur imposer la forme monarchique. Mais leur fanatisme turbulent, que le « Lion du Penjâb » avait su tenir en bride, se réveilla sous ses faibles successeurs. ^ deux reprises, ils vinrent se briser sur les baïonnettes britanniques. Enfin, au printemps de 1848, le Penjâb fut annexé aux possessions de la Compagnie : l'armée du Khâlsâ avait cessé d'exister. Aujourd'hui les Sikhs,

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