‹ Les religions de l'IndeChapitre 92 sur 109 · H. H. Wilson, Select Works, I · texte numérisé non relu

H. H. Wilson, Select Works, I

2. Lajisen, Ind, AUherthumsL IV, 589. Le célèbre poète marhatte Tukârâma était un zélé- dévot de ce dieu, dont le principal sanctuaire est à Pandharpour, cf. Jnd, Antiq,^ II, 272. .*

laPéninsulei, s'y rencontrent avec des personnifications d'une origine Men différente, telles que la Gangâ (le Gange), le sôleil, la lune, les planètes. Chaque contrée, surtout dans le Sud dravidien, a en outre ■ses dieux régionaux, identifiés d'ordinaire avec les types généraux de l'hindouisme, mais rarementau point de se confondre absolument avec ^ux.. — Enfin, le personnel devient littéralement innombrable, quand on y ajoute, comme il le faut bien, une foule de puissances anonymes et subordonnées dans la littérature, mais qui tiennent une grande place dans les préoccupations du peuple, les Bhûtas ou démons, les Vêtâlas ou vampires, les Nâgas, sorte de génies moitié hommes, moitié serpents, et la multitude infinie des divinités locales. Point de montagne, de rivière, de rocher, de caverne, d'arbre remarquable qui n'ait son genius loci : point de village surtout qui n'ait sa grâmadêvatd, laquelle, même dans le cas où elle est une des figures du grand panthéon, n'en reste pas moins pour la conscience populaire, distincte de la même divinité adorée ailleurs.

Presque tous ces cultes sont plus ou moins indépendants les uns des 'autres. Il y a bien des dieux «ynèdres; mais ces associations sont loin d'être fixes ; en tout cas il n'y a plus dans les religions modernes d'actes rituels comparables aux grandes cérémonies védiques, où toutes les puissances du ciel et dt la terre participaient en commun à une série déterminée d'hommages. Ce qui subsiste de la sorte est, ou une survivance, ou une imitation du vieux brahmanisme. Ils sont indépendants encore dans un autre sens. La spéculation qui s'est affirmée parfois si librement dans les doctrines, a eu bien moins de prise sur les pratiques. De ce côté elle s'est heurtée, et pas seulement chez les masses, à un fond d'habitudes et de croyances contre lesquelles l'enthousiasme sectaire lui-même a presque toujours fini à la longue par s'émousser. L'idée même si universellement admise, que toutes choses en définitive dépendent d'un Içvara, d'un souverain Seigneur, se traduit très imparfaitement dans le culte. Les dieux y sont petits ou grands selon la nature et l'étendue de leurs fonctions: dans la limite de cesfonctions, ils ne sont pas de simples lieutenants. Aussi, parmi tant de manières de s'assurer .la faveur du ciel, tout hindou a-t-il des préférences; mais, à moins d'être très cultivé ou d'appartenir à une secte rigide, ils n'est indifférent à aucune de celles qui sont à sa portée. En dépit de toutes ses aspirations, il faut donc dire que, prise en masse, l'Inde est restée pratiquement polythéiste 2, et on comprend qu'il ait fallu quelque temps aux musulmans et, après eux, aux Européens, po.ur s'apercevoir qu'au-dessus de toute la bigarrure

1. Dans le seul district de South Arkot, qui entoure Pondichéry, il n'y a pas moins de 500 temples ou chapelles consacrés aux Pândavas. ]nd, Antiq., VII, 127.

2. Gaudapâda, qui est probablement de la fin du septième siècle, mentionne encore un polythéisme dogmatique dans ses çlokas sur la Mândûkya-Upanishad (II, 21^ p. 424, de i'éd. de la Bibl. Ind.). II entendait sans doute désigner les anciens Mîmânsistes, qui n'admettaient pas d'Içvara.

de ces religions, il y avait chez ces gentils une théologie avouable et des spéculations dignes de compter dans l'histoire de l'esprit humain. Aujourd'hui, et bien qu'il y ait. encore çà et là des populations arriérées (nous ne parlons ici que de populations hindoues ou ayant adopté plus ou moins les mœurs hindoues) dont toute la religion consiste à se conformer à la coutume et à servir le fétiche du village, ce polythéisme n'a plus guère d'autre centre que Ci va ou Vishnu. Maïs la prépondérance de ces deux divinités n'a pas toujours été • aussi universellement. reconnue, et, dans le passé, d'autres cultes ont parfois disputé aux leurs le premier ratig. Notre connaissance de ces dernières religions est très limitée. Elles n'ont pas laissé de littérature, et hors le choix de leur dieu principal, nous ne savons rien de leur théologie. Nous ignorons même si elles ont eu jamais un corps de doctrines qui leur fût propre, si elles ont abouti à de véritables sectes, ou s'il ne faut pas plutôt y voir simplement, soit des cultes populaires, soit des dévotions plus ou moins répandues, mais ayant toujours gardé quelque chose de personnel. Il en est certainement ainsi de la plupart de celles que passe en revue l'auteur pseudonyme du Çankaravijaya, quand toutefois elles ont existé ailleurs que dans sa fantaisie. Il n'y a aucune apparence par exemple que des communautés se soient jamais formées aux noms d'Agni, d'Indra, de Yama, de* Varuna, de Kuvera (Plutus), de Manmatha (Cupidon), du Gandharva Viçvâvasu*, etc. De Vâc ou Sarasvatî^, l'épouse de Brahmâ et la déesse de l'éloquence, nous savons qu'elle était la patronne du Kashmîr; mais le Kashmîr n'en était pas moins çivaïte. Les religions de Garuda, l'oiseau solaire, de Çêsha, le roi des serpents, desBhûtas ou des démons^, n'ont pu être que des croyances populaires, comme il s'en observe encore chez bien des peuplades. Celle deHiranyagarbha ou Brahmâ*, relevait au contraire de la tradition savante. Il est probable que, sans avoir jamais été bien répandue, elle l'était pliis autrefois que maintenant, où elle n'est plus professée que par des brahmanes particulièrement scrupuleux en fait d'orthodoxie. De "même, il y a encore par ci par là des gânapatyas, qui ont une dévotion toute spéciale pour Ganapati ou Ganôço, « le chef des troupes (des suivants de Çiva), » le dieu à la tête d'éléphant, qui écarte les obstacles et inspire les prudentes résolutions, que tout Hindou du reste invoque avant de rien entreprendre et qui, en sa qualité de patron des lettres et des arts, 'est mentionné en tête de presque tous les livres. Le Çankaravijaya distingue jusqu'à six subdivisions des gânapatyas, qui auraient adoré chacune une forme particulière du dieu^.. Mais, de toutes ces religions, la plus puissante, la seule qui ait pu réellement rivaliser avec celles de Vishnu et de

1. Çankaravijaya, ch, xii, xxxm, xxxiv, xxxv, xxxii, xxxi, l. éd. de la BibL Ind.

. 2. Ibid., ch. XXI.

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