‹ Les religions de l'IndeChapitre 98 sur 109 · Cf. Muir, Sanskrit Texls, t. IV, p · texte numérisé non relu

Cf. Muir, Sanskrit Texls, t. IV, p

la yoni , qui représente Dôvî. Ces figures n'ont du reste rien d'indécent dans la forme. Pour l'apparence, ce sont de purs symboles, nullement des images, comme on en a vu ailleurs, dans l'antiquité greco-italique par exemple. Le linga est un cône, la yoni un prisme triangulaire, et, de toutes les representations.de la divinité qu'a imaginées l'Inde, ce sont peut-être les moins choquantes pour le regard. Ce sont en tout cas les moins matérielles, et, si le vulgaire s'en fait des fétiches, il n'en est pas moins vrai que le choix de ces symboles abstraits à l'exclusion de toute autre image, a été de la part de certains fondateurs de sectes tels que Basavà, une sorte de protestation contre l'idolâtrie.

Ce que sont pour Çiva et pour Dêvî le linga et la yoni, une ammonite pétrifiée, le çâlagrâma (ainsi nommée d'un endroit sur les bords de la Gandakî où on la trouve), et une plante de l'espèce des basilics, la tulast^ le. sont pour Vishnu et pour Lakshmî. Ici encore nous avons des symboles quant à la forme ; mais en réalité, ces objets sont de véritables fétiches. Le çâlagrâma, par exemple, n'est pas simplement le signe de Vishnu ; le dieu y réside, il y est présent*, comme Çiva l'est dans le linga. Ils diffèrent toutefois de ce dernier en ce qu'ils tiennent moins de place dans le culte des temples, et qu'ils sont restés plutôt du domaine de la dévotion privée. Çiva, Ganêça, Agni, le Soleil, la Lune, d'autres divinités encore ont de même leurs pierres, leurs herbes, leurs arbres sacrés. Les produits du règne végétal en particulier, n'ont jamais cessé d'être l'objet d'un culte dont la trace, pour quelques-uns du moins, peut se suivre à travers toute l'antiquité indiennejusqu'auxplusanciensmythesetauxplus anciens usages^. La plupart des espèces, notamment, qui servaient au sacrificevédique, ont gardé quelque chose dedivin : seule, par une chance bizarre, la plus sainte de toutes, le soma, s'est si bien effacée du souvenir, qu'il n'est plus possible de l'identifier exactement. A côté de ses images des dieux, l'Inde a ainsi des dieux objets en nombre infini. Il n'est pas rare de voir le soldat rendre hommage à ses armes, l'artisan adresser une prière à ses outils, et tel est le caractère trouble et confus de toutes ces religions que, malgré la distance qu'il y a des plus hautes aUx plus infimes, il est à peu près impossible de marquer la limite où finissent les unes et où commencent les autres.

Enfin, comme jadis l'Egypte, l'Inde a ses animaux sacrés. Déjàr^ dans l'ancienne religion, les vaches, sont l'objet d'un culte^. Il eat expressément recommandé de. les traiter avec douceur, et les Smritis pres-

1. Cf.* Gankara, commentaire de la Ghândogya-Up. , p. 530, éd. de la Bibl.Ind/

2. Pour les mythes de l'arbre, cf. A. Kuhn, Die Herabkunft des Feuert^ passim ; Senart, La légende du Buddha^ Journal Asiatique, 7* série, t. III, p. 280, 302, 325, 352. t. VI, 100, etc. ; J. Darmesteter, Haurvatdt et Amerefit, p. 52, 64, 76.,— Le culte. des arbres existait aussi chez lesjainas; A. Weber, Çatrunjàya Mdhdlmya^ p. 18, 19. On trouvera beaucoup de faits curieux, mais aussi bien desspéculations hasardées dans le splendide ouvrage de M. J. Fergusson, Tree and serpent worship^ 2« éd», 1873,

Page 1