LA PART DE LA RELIGION
geste, les Indiens l'invilent à manger". Chez les Huichols, raconte Liimhollz, l'animal (tué à la chasse) lut placé de façon que ses jambes fussent tournées vers Test ; toute sorte de nourriture et des coupes de tesvino furent servies devant lui. Chacun à son tour s'avança vers le cerf, le flatta de la main droite, depuis le museau jusqu'à la queue, en le remerciant d'avoir bien voulu se laisser prendre". Enfin il existe des fêtes périodiques pour rendre propices les esprits animaux, et obtenir, pour l'année nouvelle, une abondance de gibier. Telles sont la fêle des invitations chez les Eskimos du détroit de Behring " et certaines cérémonies des Zunis^®.
On peut s'étonner à bon droit de la tournure plus ou moins bizarre de ces rites. Mais on ne saurait leur refuser un caractère formellement religieux. Si les Primitifs étaient voués exclusivement aux pratiques de la magie, ils n'accompliraient pas ces rites. Us ne se livreraient pas à des jeûnes prolongés, à des macérations parfois terribles. Ils ne prieraient pas, ils ne supplieraient pas le gibier de se laisser prendre. Ils n'auraient pas la précaution de s'enquérir si les saumons sont bien disposés à leur endroit. Le prédicateur Hurou ne sermonnerait pas les poissons ; et l'on ne se préoccuperait point davantage d'apaiser les mânes des animaux irrités et capables de contrarier les expéditions futures des chasseurs. Ces rites sacrificiels, déprécatoires et expiatoires n'ont rien à voir avec la magie. Ils sont l'expression directe et spontanée du sentiment religieux.
Sans doute, nous comprenons mal comment la mentalité sauvage peut allier deux ordres de choses qui semblent bien s'exclure. Ou la magie est efficace ou elle ne l'est pas. Si elle l'est, pourquoi recourir encore aux pratiques de la religion ? Et si elle ne l'est pas, pourquoi subsiste-t-elle? A poser ce dilemme, l'âme sauvage n'a jamais songé. Plus que nous, le Primitif est soumis à cette logique, à laquelle M. Th. Ribot consacrait naguère une élude intéressante, et qui s'appelle la logique des sentiments. Or la logique des sentiments obéit, à son tour, à