Boule, Anthropologie, t. XIX, p
66. Voici, en effet, comment M. Obermaier s'exprime au sujet des squelettes de Spy : « La plupart des savants attribuent aux fragments humains de Néanderthal, pour des raisons anatomiques, l'antiquité des squelettes de Spy et parlent d'un âge moustérien de ces derniers restes. Pour ma part je considère comme très problématique que ceux-ci appartiennent au moustérien. L'intérieur de la grotte de Spy, qui a été si mal fouillée par Rucquoy, contenait une couche moustérienne, sur laquelle se trouvait superposé un niveau moyen, qui rappelle d'une façon frappante le « Solutréen » de Menton, et qu'on doit placer au commencement de cette époque (comme « Présolutréen »). La terrasse au-devant de la grotte ne contenait aucune couche moustérienne, mais, à la base, les squelettes humains, au-dessus desquels
LES RACES yLATLUNAllJES
<iae les squelettes de Spy prolongent la race de Néanderthal jus- (j n'a 11 pré-solulrécn, c"esl-à-dire en plein paléolithique supérieur, ({iiand déjà la race de Cro-Magnon fiorissait sur la Côte d'Azur <'l sur les bords de la Vézère.
Il y a plus. Pour que l'hypothèse lui vraie, il faudrait, avonsnous dit, qu'il n'exislAf, entre le pithécanthrope cl l'homme de -Xéaiiderthal, aucun intermédiaire capable de troubler la série évolutive. Or, ce gêneur existe : c'est l'homme de Piltdown.
Fig. 25-27. — INHUSTRIE SOLUTRÉENNE. 5 et 17, pointes en feuilles de laurier et de saule. — i8. Pointe à cran typique (cf. Piette, op. cit.,, p. 46;. Les deux pièces 5 et 17 sont représentées à une échelle très réduite.
I/homme rie Piltdown parut d'abord présenter une curieuse anomalie. 11 avait un crâne humain et une mâchoire de Chim-
*;e trouvait la dite couche présolulréenne que recouvraient encore les vestiges d'un Paléolithique pîus récent. L'étude dés niveaux démontre «(uc la vallée actuelle d'Orneau était déjà à peu près complètement f(<rmée, lorsque la couche intérieure de la terrasse qui renfermait les squelettes se déposait. Coux-ci étaient accompagnés d'une pointe moust^ri<^nne et d'une lame en grès lustré ; plusieurs autres lames et trois pointes moustériennes gisaient encore non loin d'eux, comme MM. FraipowT et DE PiJYDT ont bien voulu me l'assurer à Liège. Comme on trouve encore une quantité de pointes à main au niveau moyen (ancien Solutréen) de la terrasse, il n'est pas impossible que nous soyons à Spy en présence de sépultures du commencement du Solutréen et non du moustérien. Les sépultures de Menton et de Predmost en seraient des parallèles frappants i>.
Kn somme, les néunderthaloldes de Spy dateraient de l'aurignacien, (= présolutréen).
44 l'habitat et les races
panzé. A étudier de plus près ce cas bizarre, on se rendit compte que les deux pièces n'avaient jamais pu être emboîtées. Il va de soi qu'elles ne l'étaient pas non plus lors de la découverte. L'avantage de cette heureuse trouvaille fut double. Il fut prouvé que durant le pléistocèné inférieur il y avait eu, en Angleterre, un Chimpanzé. Mais quelque chose de beaucoup plus grave fut établi en même temps : le front du crâne humain, au lieu d'être aplati, était « en façade '^'^ » et n'avait rien de néanderthaloïde. Ce qui suggéra à M. Boule cette réflexion : « J'ai eu raison de dire que le vocable homo primigenius, appliqué au type de Néanderthal, était ridicule ^'^. »
Reste sans doute le Pithécanthrope. Mais il n'est pas possible ^^ d'admettre que ce mystérieux personnage soit l'ancêtre de l'homme de Piltdown. Peut-il même être l'ancêtre de l'homme de Néanderthal? D'après les lois de l'évolution, un temps considérable a dû s'écouler avant que le type de Néanderthal ait pu se différencier de son précurseur de Java. Or, ce temps est déjà diminué de toute la distance qui sépare le paléolithique moyen des commencements du paléolithique inférieur, puisque le type néanderthaloïde est représenté, dans les couches les plus profondes du paléolithique inférieur, par la mâchoire d'Heidelberg et par le crâne de Tilbury ^'*.
L'inconvénient serait atténué si. du moins, le Pithécanthrope avait vécu à l'âge tertiaire, au Pliocène, par exemple. Or de nouvelles recherches effectuées à l'endroit de la découverte ont modifié l'opinion émise par Dubois sur l'âge du gisement. Le Pithécanthrope, à son tour, serait quaternaire", de. sorte que
67. Cf. A Boiiyssonnie, dans Revue du Clergé français, P"' avril 1913, p. 54 et suiv.
68. Cf. Anthropologie, t. XXIII pp. 742-744. — On pourrait invoquer, dans le même sens, le crâne de Galley-Hill, si l'authenticité de ce document n'était, pas suspecte. Cf. Anthropologie, t. VIII, pp. 60-61 ; t. XII, p. 445 ; t. XXI. p. 693 ; t. XXV, p. 122. A ce propos, M. )BotîLE écrit: a La notion de l'âge est, à mon avis, capitale... Mieux faut faire do nouvelles fouilles sy.stématiques... que de chercher à donner une nouvelle importance à tout un bric à-brac de vieux os recueillis sans garanties suffisantes ». D'après M. Schmidt, le crâne de Galley-Hill, « à raison de son état de conservation doit, en toute hypothèse, être retiré du nombre des restes humains datant du Paléolithique ancien ».