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CHAPITRE NEUVIÈME

Au delà de l'Archéologie.

SOMMAIRE

Peut-on parler de monothéisme à propos des Paléolithiques ? — Cette question dépasse les données de l'Archéologie, mais elle les suppose.

I. — A l'envisager au point de vie ethnographiqie, le monothéisme paléou- TingiE EST PROBABLE. — D'après l'évolutionnisme , les croyances monothéistes n'aparaisseiit pas au début mais au terme de l'évolution religieuse. — L'animisme de Tylor. — Le sociologisme ou monisme de Durkheim. — Autres théories apparentées à celle de Durkheim.

Réaction contre les systèmes évolutionnistes. — Les données positives de l'ethnographie. — L'idée de Dieu se rencontre aux niveaux les phis bas de la civilisation primitive. — Extension universelle de cette idée. — L'idée de Dieu chez les peuplades les plus primitives: Australiens, Andamanais, Bantous, Virginiens, Zuiiis, Paicnee, Patagons. — L'idée de Dieu est d'autant plus pure que le cycle culturel est plus ancien: Altjira, Bunjil, Baiame ; les cycles Bantous. — L'idée de Dieu, chez les Primitifs, est une idée déjà rioille >l, en quelque sorte, démonétisée par l'usure des siècles.

L'idée de Dieu ne saurait s'expliquer par les causes que l'érolulionuisme assigne à son apparition. — Elle n'est pas une importation européenne. — Elle n'est pas une transposition de l'idée de chef. — Dieu n'est pas un ancêtre ni un héros mythique. — Il n'est pas non plus sorti du Mana. — Le monothéisme quaternaire est une induction fondée sur la logique de la méthode ethnographique.

II. — A l'envisager au point de vue archéologique, l'existence du monothéisme PALÉOLITHIQUE EST PLUTÔT CONFIRMÉE. — Comment se pose, au poiiit de vue archéologique, le problème du monothéisme paléolithique. — Causes qui ont provoqué, au cours des siècles, la dégénérescence de l'idée monothéiste. — L'Animisme. — Le culte des ancêtres. — La magie. — Les mythologies astrales. — .Mythes lunaires. — Mythes solaires. — Les vicissitudes de la politique.

A l'époque quaternaire, le jeu des influences politiques ne peut être évalué. — Par contre, il ne semble pas que l'influence des mythologies astrales se toit exercée; — ni, probablement, celle du culte des ancêtres: — ni celle du totémisme formel. — Les deux seules causes dont l'influence soit indéniable sont l'animisme et la magie. — Mais ni la magie, ni l'animisme ne déracinent complètement l'idée de Dieu. — Chez les Primitifs de la Préhistoire, le monothéisme a pu être plus pur qu'il tic l'est chez les Primitifs actuels.

III. — Conséquence : la morale, aux temps quaternaires. — La vie morale, solidaire des croyances monothéistes. — La morale des Primitifs actuels n'est pas différente de la morale des peuples civilisés. — Morale familiale. — Justice et bienveillance: Euahlayis, Kurnaïs, Wurrunjeris, etc. — L'idée de Dieu, fondement de la morale des Primitifs actuels. — Application aux Primitifs de la Préhistoire.

Nous avons, tour à tour, interrogé les sépultures et les images de l'Age quaternaire, et de celte double enquête nous avons rapporté plusieurs indications intéressantes. L'homme

paléolithique lentourait ses morts de soins spéciaux qui attestent sa loi en la survivance. Il professait en outre, à l'égard des animaux considérés par lui comme des esprits très puissants, un culte dont les représentations gravées ou picturales, conservent l'expression, aujourd'hui encore, visible et tangible. Le sentiment religieux ne lui était donc pas inconnu. Bien plus, la Religion imprégnait profondément la vie de ces troglodytes auxquels des théories sommaires avaient jadis refusé de participer à l'élan universel qui emporte toutes les races humaines vers les régions de l'invisible, du divin et du sacré.

Après avoir utilisé, de notre mieux, les documents archéologiques, il semble que nous devions nous arrêter. La méthode.

Fig. 192. — Homme, seppent (?) et chevaux. La Madeleine (Dordogne

Cf. AlfiDiiira, p. 125.

appliquée au cours de ces études, nous interdit d'aller plus loin. Car du moment que la base archéologique se dérobe, n'est-il point sage de clore la recherche, et d'avouer simplement notre ignorance sur le reste? Et pourtant ce <( reste )>, enseveli dans les brouillards de l'inconnu, nous attire et nous tente. La certitude acquise sur les idées religieuses des chasseurs de l'Age du Renne est assurément fort précieuse. Mais que de problèmes elle laisse sans solution ! Problèmes majeurs, et qui dépassent en importance ceux que nous avons pu, tant bien qno mal, aborder par le biais de l'ethnographie comparée.

Serait-il vrai qu'à une époque, plus rapprochée des origines que ne fut jamais aucune autre civiHsation, l'homme se fût contenté d'entretenir de vagues espoirs sur l'au-delà de la tombe, et de vouer son adoration à des créatures réellement inférieures à lui? Serait-il possible qu'il ne se fût pas élevé plus haut, c'est-à-dire, tranchons le mot, jusqu'à la conception d'un Dieu suprême. Maître absolu de la nature et des hommes ?"

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^H Celle hypothèse, par elle-même, est déjà bien audacieuse.

^^Elle heurte de front les idées admises par nombre d'historiens de la I^eligion.

Et de plus, elle est invérifiable par des moyens directs. Il est excessivement rare que l'Etre suprême soit représenté par les groupemerds primitiis qui en ont conservé la notion plus ou moins pure. Tout au plus pourrait-on invoquer, en ce sens, deux ou trois exemples. Ainsi, telle tribu australienne trace sur le sol l'image d'un homme qui est censé figurer Daramulun \ De même les Wiradthuri dessinent une main fçiganlesque

I qu'ils disent être celle de Baiame^. Enfin le dieu Kaaiig appa-

Iraîtrait sur une fresque de Bushmen, en train de châtier les indigènes coupables \ Mais qui pourrait démêler, à l'époque quaternaire, si une main ou un perst)nnage quelconque reproduisent les traits anthropomorphisés de Dieu? Ce n'est donc pas par le moyen des images que nous pouvons nous flatter de découvrir les traces d'un monothéisme paléolithique. Et si ce moyen nous est refusé, à quoi nous résoudre, puisque, nous l'avons dit, et nous le répétons, toute interprétation des phénomènes religieux qui n'est pas appuyée par l'ar- ^^ chéologie pi'éhistorique est caduque?

^k Nous n'avons nullement la prétention de supprimer un obs- ^m lacl'e qui est de soi insurmontable. Nous voudrions du moins ^Ê montrer qu'il n'est pas impossible de le tourner, et que l'hy- ^B pothèse d'un monothéisme quaternaire, conséquente avec la ^m logique de la méthode ethnographique, n'est pas non plus in- " compatible avec les conclusions de l'archéologie préhistorique,

É telles qu'el'es se dégagent de nos études précédentes. Et c'est uniquement parce que l'archéologie interviendra ici sous une forme déjà élaborée par le raisonnement scientifique, que nous donnons à cette partie de notre travail, ce titre un peu déroulant de prime-abord : au-delà de l'Archéologie.

I/induction se démembre en trois parties : P A l'envisager au point de vue ethnograpliiqno. ]r monothéisme paléolithique est probable :

1. \ W. HowiTT. The native tribes of Sontb-Iùi.'il Austrntia, p. 524.

2. R. H. Mathews, The Rock paintiiuj... of the Aui^lralinn aborigines. .lourn. Anthrop. Instit. 1895, 1898.

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