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LA MORALE

Or ce qui confère aux faits que l'on vient de rapporter une importance capitale c'est que, toujours, on saisit le lien qui rattache les préceptes de cette morale, exactement conforme à la morale de tous les temps et de tous les pays, à l'idée de Dieu. Chez les Wurrunjeris les vieillards disent que Ihiniil se réjouit beaucoup lorsqu'il voit que l'on poui-voit largement à la nourriture des anciens et des enfants *'^ Dans les mystères des Euahlayis, la bonté envers les vieillards et les faibles est enseignée comme un commandement de Baiamc". Chez les Kurnaïs, les candidats à l'initiation apprennent les préceptes de Munganngaua dont nous avons parlé tout-à-l'heure®*. C'est aussi dans les mystères que les jeunes Kamilarois sont instruits des règles qui concernent la nourriture, le soulagement des vieillards et des infirmes et des devoirs qu'ils ont à remplir envers les familles nombreuses^®. Enfin, chez les nègres Yao, on dit d'un honune égoïste qu'il n'a pas été initié aux mystère^". D'ailleurs, il faudrait ici ajouter tout ce que nous avons appris du caractère que revêt l'Etre suprême aux yeux des Primitifs. Dieu n'est pas seulement Créateur : il surveille et rétribue les actes des hommes, et c'est pourquoi « dans l'immense majorité des cas, les lois ethniques sont référées formellement à l'Etre suprême ^\ »

Ainsi la morale sauvage n'est pas un produit de l'animisme ni de l'âme collective de la tribu : son principe n'est pas sur la terre mais au ciel où réside l'Etre qui a promulgué les lois et se réserve de châtier les transgresseurs.

Si donc l'archéologie préhistorique ne nous apprend rien de la morale des peuplades de l'Age du Renne, nous n'avons pas le droit d'arguer de son silence pour refuser à ces chasseurs lointains d'avoir connu et pratiqué les lois qui régissent à la fois leurs congénères d'aujourd'hui et les nations civilisées. Et puisque nous sommes autorisés à leur attribuer l'idée de Dieu, il faut être logique jusqu'au bout : aux temps pléistocènes, la vie morale, même si son intégrité avait été battue en brèche par des idées et des coutumes moins nobles, se rattachait à la source

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