Allamira, p
tribus magdaléniennes ou aziliennes^\ Quoi qu'il en soit, il paraît bien que l'évolution artistique, à l'époque quaternaire eut son principal centre de rayonnement dans les contrées de l'Europe occidentale (France et Espagne).
Cette constatation entraîne-t-elle des conséquences radicales au point de vue ethnographique ? Peut-on affirmer, en bloc, que l'humanité, au lieu d'être venue d'Orient en Occident, s'est propagée, tout au contraire, d'Occident en Orient ? Il y aurait là une atteinte sérieuse aux idées communément reçues louchant la dispersion des peuples. Nous admettons en effet que la double expansion de la race humaine, soit aux origines adamiques, soit après le déluge, s'est accomplie d'Orient en Occident. Plus précisément encore, nous admettons que l'Orient est le foyer d'où essaimèrent, après Adam comme après Noé, tous les groupements humains qui ont ensuite peuplé la terre. IJarchéologie préhistorique s'inscrit-elle en faux contre ces traditions ?
Nous ne le croyons pas. Autre chose en effet, est de se prononcer sur les origines de l'art. Autre chose est de résoudre le problème, scientifiquement inextricable, de l'origine des races. A envisager les éléments de solution qui sont sous nos yeux, nous voulons dire l'aire de répartition des stations paléolithiques, on ne peut prouver absolument que le mouvement se soit accompli dans un sens ou dans l'autre. Nous osons cepen-
36. Dans un récent article sur les peintures rupeslres de la Péninsule ibérique, La vallée peinte de Batuecas (Salainanca), M. Breuit. maintient son point de vue. Il admet « un foyer méridional où se serait formé l'art schématique à partir, sans doute, d'un point de départ plus naturaliste, dès l'époque pré-néolithique et même paléolithique finale. La civilisation capn'ienne aurait évolué in situ vers TAzilio tardenoisien, qui aurait, sous l'influence des premiers arrivants néolithiques, émigré partiellement vers le nord, essaimant dans les Pyrénées, l'Europe occidentale et même centrale : mais tandis que ces fugitifs y laissaient leurs galets peints, ceux qui étaient demeurés dans le sud et le centre de la péninsule subirent fortement les influences des nouveaux venus et enrichirent leur art dun certain nombre d'éléments empruntés à leurs idées... » Anthrop., t. XXIX, pp. 22- 23). Cette hypothèse, qui place les derniers représentants de l'art paléolithique sous l'influence des néolilhiques venus du sud, ne contredit en rien l'observai ion générale de M. l'abbé Breuil sur le sens de la propagation de l'art quaternaire : les influences dont il parle, appartiennent déjà à un autre âge du Préhistorique, et il reste que l'art paléolithique s'est répandu principalement d'Occident en Orient.
MIGRATION- \ I AGI. QLATKRNAIUI.
liant ajouler que certains indices tendraient plutôt à suggérer (jue le courant migrateur a suivi une direction inverse du courant artistique. Et nous disons « suggérer », car on ne peut prétendre à i)r()duire des arguments sans réplique. L'importance capitale de la question nous engage à relever ces « indices » auxquels on vient de faire allusion.
Tout d'abord, les fouilles de Grimaldi ont mis en relief un
Fig. 248. — Gravurk ruprstre du Sud-Oranais. Combat de Btibaltis. Cf. ibid.^ p. 170.
ensemble de faits vraiment remarquables. Jusqu'en 1901, on croyait que l'industrie du type moustérien était toujours associée aux vestiges de la faune froide du pléistocène moyen (Mammouth, rhinocéros iichorchinus, etc.). Or, à la grotte du Prince, les dépôts inférieurs, franchement moustériens, sont caractérisés par une faune chaude, qui, on le sait, est toujours a.ssociée à l'industrie du type chellécn (Eléphant antique. Rhinocérosde Merck, Hippopotame, etc.).
Celte anomalie ne peut s'expliquer que par deux hypothèses. Ou bien, à Grimaldi, la faune chaude est contemporaine de la faune froide des autres contrées de l'Europe occidentale. Ou bien l'industrie moustérienne est apparue, dans les grottes do Menton, dès le pléistocène inférieur. M. Boule rejette la première hypothèse : « On s'*esl, dit-il, souvent demandé si... les
faunes chaudes du Midi n'avaient pas été contemporaines des faunes froides du Nord. I/étude stratigraphique et paléontologique de la Grotte du Prince nous montre que cette succession doit être admise pour la côte d'Azur comme pour les Pyrénées, les bords de la Seine ou de la Tamise ^^ » Si donc la première hypothèse est écartée, la seconde s'impose. A Grimaldi, l'industrie moustériemie n'est pas apparue au pléistocène moyen, mais au pléistocène inférieur. Et comme on ne connaît pas d'autres cas semblables •'*', on peut supposer que les troglodytes de Menton furent les premiers qui introduisirent en Europe les silex moustériens.
Autre fait. Les stations de la Dordogne ont été peuplées par la race dite de Cro-Magnon. Or ces stations du Périgord ne dateint que de l'âge du Renne, c'est-à-dire du pléistocène supé- T'ieur. Même en vieillissant, le plus possible, la race qui les habita, on n'anive qu'à la faire remonter « à une époque assez leculée » de cet âge. A Grimaldi, au contraire, la race de Cro-Magnon est contemporaine du pléistocène moyen (époque du Mammouth). Ainsi le grand squelette de la grotte des Enfants reposait sous un dépôt épais de cinq mètres et qui contenait des ossements de renne, non pas à sa base, mais à son sommet. D'où il suit que les troglodytes de Grimaldi, appartenant à la race de Cro-Magnon, sont bien antérieurs aux hommes de la même race dont les squelettes ont été retrouvés à Laugerie-Basse, à Gourdan, à Chancelade, etc^^.
Enfin, comme à Grimaldi, l'industrie qui accompagnait les sépidtures est aurignacienne, on doit reconnaître que ce n'est pas senlemenl le moustérien qui, sur la côte d'Azur, a devancé
37. Et voici la raison : « La première idée qui s'offrira à l'esprit des Préhistoriens, pour qui l'argument archéologique a plus de valeur que tout autre, sera de supposer que la faune chaude à Eléphant antique et Hippopotgme a vécu sur la côte d'Azur, pendant que la faune froide -régnait dans le reste de la P'rance. On pourrait peut-être admettre cette explication ai Fan n'avait trouvé que des débris d^espèces chaudex dans les gisements des Baoussé-Roussé. Mais nous avons vu que la faune froide y est représentée dans des couches superposées, comme partout ailleurs, à celles de la faune chaude )\ Grottes de Grimaldi, II, II, pp. 101-102. (C'est nous qui soulignons).
38. Sauf deux stations assez proches, d'ailleurs, de Grimaldi (ibid., II, II, p. 239).