‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 187 sur 194 · Ibid., II, I, p · texte numérisé non relu

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au moins par la Sicile. L'Italie serait-elle donc le berceau de rinimanitr qualcrnaire? Cela semble bien inadmissible.

El ctM-les, nous serions dans une impasse, si la géologie uv venait nous apprendre que le bassin méditerranéen tout entier, au pliocène et aux premières périodes du pléistocène, fut le théâtre de mouvements maritimes, négatifs ou positifs, qui tour à tour ont abaissé ou élevé le niveau actuel de la mer. El cela veut dire qu'à certains moments, les eaux ont pu se retirer à ce point que la Sicile et l'Afrique étaient reliées par une vaste langue de terre ferme, qui jetait comme un pont entre l'Europe et le continent noir"*. Sur ce pont provisoire, les espèces animales ont pu passer. Elles y ont même positivement passé, car autrement il serait impossible d'expliquer les analo- . gies qui existent entre les faunes africaines et les faunes européennes. Mais si les animaux ont passé, les hommes, eux aussi, ont pu s'engager à leur suite. GommenI se fait-il. en cffel, qu'antérieurement à la race de Cro-Magnon, on trouve, à Grimaldi, les représentants d'une race de négroïdes?

Reste à savoir à quel moment de l'âge quaternaire le contact fui établi pour la dernière fois, et combien de temps il a pu durer. Ici l'archéologie semble venir à notre aide. El pour bien comprendre la portée des renseignements qu'elle nous donne, il faut englober dans une vue d'ensemble les principaux phénomènes dont elle nous révèle l'existence.

N'est-il pas remarquable qu'en Italie, jusqu'à ce jour, les phases les plus récentes de l'industrie paléolithique fassent totalement défaut? Point de solutréen. Point de magdalénien. La stratification s'arrête obstinément avec l'aurignacien"', tout comme aux Baoussé-Roussé. D'autre part, dans toute l'Afrique septentrionale, on s'aperçoit que la concordance des industries avec celles de l'Europe ne se poursuit pas au delà du moustérien. A partir de l'aurignacien, la différenciation s'accentue. On a l'impression que les contacts passibles de l'Europe avec l'Afrique sont devenus beaucoup moins fréquents, beaucoup

42. Boule, Grottes de Grimaldi, I, i, pp. 146-162. Un abaissement de 200 mètres rattache l'Italie à l'île d'Elbe, à la Corse, à la Sardaipne. Quelques dizaines de mètres de plus, et le pont .s'établit de la Sicile h l'Afrique, (ïbid., p. 152).

43. L'aurignacien a été constaté, il y a quelques années, dans la grotte .4//' Onda (province de Luques), par MM. Mochi et Schiff- GiORGiNi. (Cf. Anthrf>pologie, t. XXVIII, pp. 571-573. c. r. par Boule).

moins étroits. Les civilisations, de part et d'autre, deviennent autonomes.

En un niol, tout semble se passer comme si un courant migra tein-, venu de l'Afrique, et remontant vers le nord par l'Italie, s'était peu à peu raréfié pour s'interrompre à l'aurore de l'aurignacien, c'est-à-dire, suivant les indications de Grimaldi, au pléistocène moyen. Successivement, les tribus chelléennes, acheuléennes, moustériennes, dont les débris parsèment le sol des pays désertiques, puis les premières tribus aurignaciennes.

Fig. 250-251. ■ — A droite: PEINTURES EXÉCUTÉES PAR LES BUSHMEN,

éléphant et antilope. — A gauche : Gravures SUR rochers, exécutées PAR LES Australiens : Emous, poisson (avec personnage humain), Kangourou. Cf. Altamiray p. 202, d'après R. H. Mathews.

ont traversé la plaine tendue entre la Sicile et l'Algérie, enti^ l'Europe et l'Afrique septentrionale, y compris le Sahara et le Soudan, qui, en ce temps-là, étaient beaucoup plus habitables (ju'aujourd'hui. En cours de route, elles ont semé les stations italiennes. Enfin, elles ont pénétré en France, par la côte sur laquelle débouchent les grottes de Menton. Puis en France, comme en Algérie, à partir de l'aurignacien, les industries se sont plus nettement différenciées.

Mais ces populations qui séjournèrent en Afi'ioue avant d'envahir l'Europe, d'oîr étaient-elles venues ? L'Afrique peut-elle revendiquer d'être le berceau de l'humanité ? Ici nos inductions deviennent encore plus fragiles. Elles ne sont pas dépourvues de toute base. Le paléolithique, avons-nous dit, existe en Syrie

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cl Cil Egypte. (Jr, là aussi, le phénomène que nous avons con- >lalc en Afrique occidentale reparaît. Tandis que les types d'industries appartenant aux phases supérieures du quaternaire ne se prôk'nt pas à des comparaisons très exactes, les inslrurnents appailcnani aux phases inférieures conservent partout la même et frappante uniformité. Elles la conservent surtout jusqu'au moustérien. S'il était un jour étahli ((iic lr< stations les plus anciennes semblent s'enfoncer wï's le sud de la vallée du Nil el rej(»indrc par le pays des Somalis, les confins du :;olfe d'Aden, on pourrait se demander si ce n'est pas dans ( t'tte direction, c'est-à-dire, vers l'Arabie, qu'il faudrait clu'r> (lier le point de départ du courant migrateur.

A l'appui de cette hypothèse, on citerait une découverte vraiment étonnante qui a eu lieu encore à Grimaldi. Dans l'un des foyers inférieurs de la grotte du Prince, les fouilles ont mis au jour plusieurs fragments d'un coquillage connu sou- le nom de Cassifi rufa. Or le Cassis rufa n'est ni un coquillage méditerranéen, ni même un coquillage du golfe de Suez ou de la mer Rouge. Son principal habitat est l'île de Socotora, au sud de la péninsule arabique, dans le prolongement du golfe d'Aden **^. D'oii il résulte que ce coquillage, n'ayant pu voyager tout seul, à dû être apporté, — après combien de pérégrinations séculaires ! — aux Raoïissc-lhmsse. Mais n'est-ce pas là une conjecture bien hardie? Ecoutons ce qu'en dit M. Houle, (lui est à la fois un vrai savant el un homme de grand jugement : ■ On

14. D'après M. Uollfus (cf. Grottes de Crinmldi, I, ii, p. 123, u" 2). « Il n'y a rien d'analogue dans la Médiferran«^e, ni à l'état vivant, ni à l'état fossile, et il n'existe dans l'.Atlantique-Nord ou au Sénéeral aurune espèce avec laquelle on pourrait la confondre. Les échantillons ont conservé les traces d'une coloration rougeâtre bien évidente et ne sont pas fossilisés : l'un d'eux présente une ébréchure qui a déterminé un trou et qui est peut-être intentionnelle. I/espèce n"a jamais été trouvée (lans le golfe de Suez ni dans les plages soulevées de l'isthme. M. Jousseaume l'a trouvée dans le golfe de Tadjoura à Aden, mais if ne l'a jamais rencontrée, ni vue citée daiis la mer Rouge ni <les plages soulevées subfossiles de cette région. L*habitat abondant du (yissis rufa est Socotora, puis les .Seychelles, Madagascar, Maurice : il se trouve en Nouvelle-Calédonie et peut-être jusqu'à Tahiti. Comme il est cantonné à une certaine profondeur et que sa coquille est lourde, il est rarement rejeté à la cftte sur les rivages. Les échantillons découverts à Menton ont donc été apportés de très loin, à une époque très ancienne, par l'Homme préhistorique n.

conviendra que, pour une époque aussi reculée, l'explication ethnographique de la présence de cette coquille dans les foyers inférieurs de la grotte du Prince, explication dont je ne doute nullement, étant donné l'autorité de son auteur (M. Jousseaume), est aussi extraordinaire que l'explication géologique. Elle concorde d'ailleurs avec ce que nous savons de la vaste répartition des pierres taillées des types chelléens et des migrations des faunes du quaternaire ancien dont l'homme a fait partie *^. » Mais si l'explication ethnographique est recevable, elle con-

Fig. 252. — Chameaux gravés sur rocher dans l'Arabie centrale. Cf. Altamira, p. 172, d'après HUBER.

firme une fois de plus l'hypothèse d'après laquelle le courant d'émigration se serait propagé de l'est à l'ouest, et non inversement ; et que l'homme quaternaire, parti de quelque centre situé, on ne sait où, dans le sud-est du continent asiatique, se serait répandu en Afrique, d'où il aurait gagné par l'Itahe nos régions occidentales '*'^.

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