Id. ibid., dans le texte
46. Il est intéressant de voir un savant qui a étudié le paléolithique surtout en dehors de l'Europe, M. J. de Morgan, aboutir à la même conclusion : « Toute migration procède d'un centre, d'un foyer original ou transitoire, d'un point d'oià trouvant les chemins libres pour les moyens à leur disposition, les êtres ou les idées ont pu se transporter en pays étrangers. Ce centre de l'industrie paléolithique, où devons-nous le placer ? Ce n'est certes pas dans les pays européens ;
En rapprochant les deux ordres de faits que nous venons d'enregistrer, on pourra (orniuler, en gros, de la manière suivante, les résultais de l'enquèle ; si l'on se place au point de vue de l'arl glyptique et pictural, il semble que l'étincelle civilisatrice, jaillie en France ou dans le nord de l'Espagne, se soit propagée vers le nord, T'est et le sud. Mais si Ion se place au point de vue, beaucoup plus vaste, de la dispersion du genre humain, le sens de l'évolution est interverti, il est tourné vers l'est.
La première de ces deux inductions ne doit pas nous faire perdre de vue la seconde. On a pu, non sans raison, prolester contre les illusions du mirage oriental. On tomberait dans l'excès contraire à se laisser prendre aux .'déductions du mirage occidental. En réalité, ces deux mirages s'évanouissent, si l'on restitue à l'art et à l'ethnographie leurs domaines respectifs. L'art quaternaire est né en Occident. L'homme s'est éveillé à la vie en Orient.
Outre l'intérêt général qu'il présente, cet essai de mise au point n'est pas étranger à notre but. Car si, — et l'on est en droit de le supposer — l'invention de la sculpture, de la gravure et de la peinture a dû fortement influencer le développement des cultes d'animaux, avec leurs rites religieux ou magiques, il serait fort possible que les hommes — ils furent nombreux — à qui cette découverte fut refusée, aient possédé une religion différente de celle de nos paléolithiques européens, religion sans doute plus pure, moins entachée de pratiques superstitieuses.
Notre tâche est terminée. Elle nous laissera peut-être un
puisque c'est là même que nous trouvons les traces d'immigration, sans rencontrer les vestiges des premiers essais dans l'industrie de la pierre. Ce n'est pas en Amérique, région qui semble être l'un des points extrêmes de l'expansion, si toutefois les instruments chelléens de cette région peuvent être attribués au pléistocène. Ce n'est pas en Iran, contrée glacée ; ce n'est pas non plus en Sibérie, pays alors privé de communications avec le reste du monde ; ce serait plutôt en Orient, peut-être dans le^; pays qui forment aujourd'hui la Syrie, l'Arabie et l'Egypte, peut-être même plus loin vers l'est, dans ce continent, aujourd'hui disparu, qui semble avoir relié jadis Sokolora aux Indes ». (T. DR Morgan, /les premières Civilisations, Etudes sur la Préhistoire et rHistoire, Paris, 1909, p. 115).
regret. Le regret d'avoir entassé tant de matériaux pour aboutir à des conclusions plus que modestes. Ce que nous savons de la religion de l'âge quaternaire est, en vérité, bien peu de chose. Il est facile de le résumer en quelques lignes.
L'homme paléolithique était religieux. Il l'était comme le furent les hommes de tous les temps. Il n'est pas, à ce titre, un être à part, un être inférieur, méritant à peine le nom d'homme. Il a senti vibrfer en lui l'émotion que nous ressentons nous-mêmes, en face de l'au-delà, en face des puissances supérieures et cachées qui régissent l'univers.
A l'exemple des Primitifs actuels, ce sentiment religieux dut orienter l'inlelligenco de l'Homme quaternaire vers la recherche de la cause ultime qui expliquait ce monde où il vivait, où il se débattait pour défendre sa vie et développer ses facultés natives. Celte cause, cet Etre Suprême, de quel nom l'appela-t-il ? Nous ne le saurons jamais. Mais on serait en contradiction avec les données les plus certaines de l'ethnographie si on refusait à nos lointains ancêtres d'avoir connu et adoré ce Maître, créateur et justicier, devant lequel s'inclinent encore les peuples les plus déshérités de la terre, ce Dieu qui, la foi nous l'enseigne, se révéla lui-même au premier couple humain.
Cette croyance monothéiste, sans disparaître, dégénéra en un culte naturaliste que nous avons essayé de décrire, avec ses pratiques étranges, issues d'une mentalité de chasseurs condamnés à tirer de l'animal toutes les choses nécessaires à leur subsistance.
Ce culte se développa au cours des âges, avec la complicité d'un art tourné, de très bonne heure, vers la magie.
Enfin, l'homnïe quaternaire ne crut pas que tout fût fini avec la mort. Il entrevit les lendemains de la tombe, et il eut à cœur d'assurer aux êtres disparus le bonheur d'un au-delà qu'il concevait sans doute sous une forme assez matérielle.
Monothéisme, culte des esprits animaux, magie, rites mortuaires s'entremêlent d'ailleurs d'une façon assez hétéroclite. Ce serait peine perdue que de vouloir ramener à l'unité d'ui ^système cohérent tant d'éléments disparates. La mentalité primitive ne connaît guère ce besoin de synthèse harmonieuse.| Plus émotive que la nôtre, parce qu'elle est plus ignorante, ell< se perd davantage aussi dans le labyrinthe des sentiments in-compatibles.
L'humanité quaternaire a simplement vécu le premier épi-
sotie de la lutle engagée, sur le iciTaiii religieux, entre les insliiicts inférieurs de l'homme et les droits du Dieu de vérité. Lutte dont l'issue ne serait pas douteuse, s'il n'avait plu à Dieu lui-même de conserver dans le monde, par le peuple élu et par ri^glise de Jésus-Christ, la religion authentique qui donne au monde le salut.