‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 24 sur 194 · Cartailhac, Groltea de Grimuhh, t. II, fasc. ii, p · texte numérisé non relu

Cartailhac, Groltea de Grimuhh, t. II, fasc. ii, p

permettait une division du travail, une meilleure préparation des peaux et du bois. Ce qui est positif, c'est qu'il répondait à des habitudes très différentes, parfaitement déterminées, fixées. Dans les mœurs nouvelles les gros instruments d'autrefois n'avaient plus de rôle '\ »

L'Age du Renne commence avec l'aurignacien. Cette industrie (lig^ 19-24, p. 41), avons-nous dit, a été l'objet d'ardentes discussions. L'origine du débat remonte à G. de Mortillet. D'après celui-cij l'utilisation industrielle de l'os s'était introduite au magdalénien. Or, l'aurignacien était justement caractérisé par deux objets en os : une pointe à base fendue ou non fendue (usage inconnu), et une sorte de poinçon affilé qui représente les plus anciennes épingles à cheveux de la planète (fig. 33-35, p. 47). Donc, l'aurignacien devait se confondre avec le magdalénien. Les fouilles exécutées dans une dizaine de stations ont établi, depuis, à l'évidence, que l'aurignacien non seulement ne s'identifie pas avec le magdalénien, mais qu'il est antérieur au solutréen ^. Bien plus, ce n'est ni au magdalénien ni même à

4. « C'est à la fin de la période acheuléenne qu'apparaît la taille moustérienne, caractérisée par la préparation des nucléi destinés au débitage des éclats dits Levallois qui somt à la base de l'outillag-e moustérien ». Commont in Anthropologie, t. XXVI, p. 569.

5. A ces indications sommaires, nous croyons utile d'ajouter quelques compléments. La question aurignacienne compte en effet parmi les plus capitales de la Préhistoire paléolittiique : on aura lieu, maintes fois, de s'en rendre compte au cours de cet ouvrage, .authenticité des sépultures de Grimaldi, débuts de l'évolution artistique, formes primitives des cultes thériolâtriques, tous ces points seraient demeurés obscurs et sans doute insolubles, si le niveau d'Aurignac n'eût pas été réintégré à la place qui lui échoit dans la stratigraphie quaternaire. C'est principalement à M. l'abbé Breuil et à M. Cartailhac que revient l'honneur d'avoir élucidé ce problème, dont nous allons exposer brièvement les grandes lignes, quitte à revenir sur certains détails, lorsque nous traiterons je l'authenticité des sépultures. Nous reportons à la fin de la présente note les références bibliographiques.

Jusqu'en 1861, il n'existait pas encore de classification paléolithique. Ce furent précisément les fouilles exécutées, en 1860, dans la petite grotte d'Aurignac (Haute-Garonne), par Ed. Lartet, qui suggérèrent à celui-ci d'en introduire une. Cette classification reposait exclusivement sur le principe de la succession des faunes. Avec ce critérium, Lartet distinguait quatre âges de l'époque des cavernes : Age de l'Ours des Cavernes ; âge de VEléphanl ou du Rhinocéros ; âge du Renne ; âge de VAurochs. L'aurignacien, représenté non seulement à Aurignac mais à la grotte de la Chaisk (Charente), à la grotte des Fées, (Chatel-

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l'aurignacit'ii (iiiil l'aul reporter les plus anciennes traces d'utilisalioii de l'os. Dès le moiistrncii, reriaiiis drhris d'animaux

perron, Allier) et û Gary-' (VEnfer ^l>ord<»giie), élail t(mle!iiix>raiu de l'âge de Tours. C'était, assigner à ce niveau une ancienneté con.sidérable; m quoi M. Lartet avait deviné juste. Malheureusement son opinion ne lut pas acceptée. Plusieurs causes contribuèrent à son abandon. Il y eut d'abord la découverte de l'industrie de Solutré. Cette industrie différait à la fois de celle d'.\urignac el de celle «ie lu Madeleine, [.'absence de fouilles niéthodiqies empêcha de déliair, du jn-einier coup, les lapports chronologique;? de ces trois types industriels. 11 y eut ensuite et surtout l'intervention de M. G. de Mortii.let, dont les vue.s systématiques allaient inlluencer si profondément l'orientation des recherches préhistoriques. Or, M. G. de Mortillet, après avoir suivi quelque temps M. Lartet, se ravisa. A ses yeu.v, le critérium faunique était dans Tespèce, dépourvu de valeur. Persuadé, en outre, qu'à l'époque quaternaire, le progrès de la civilisation avait été continu, il ne put admettre que l'industrie solutréenne, si pauvre — il le pensait — d'instruments en os, eut été précédée par une phast* que caractérisait la pointe fendue d'Aurignac. Par suite, il proposait la classification suivante (1868-1869) : les pointes en silex de Solutré se reliaient aux pièces plus archaïques ûw Moustier ; Aurignac marquait rintroduclion de l'industrie de l'os et se rattachait, comme période de transition, au magdalénien, où le travail sur os avait atteint son ap-ogée. Plus tard (187'2), l'aurignacien disparaissait totalement de cette classification tendancieuse, et voici pourquoi. La seule difTérence que M. de Mortili.et diacernail entre l'industrie d'Aurignac et colle de la Madeleine, était la facture des pointes en os . « A l'époque d'Auriginac, disait-il, ces pointes sont fendues à la base et la hanipe ou manche entre dans la pointe, tandis qu'à la belle époque de la Madeleine, c'est l'inverse qui a lieu : les pointes ont leur base taillée en biseau ou en coin pour pénéi:rer dans les hampes ». Or, conclut-il, « c'est un caractère insufïi- .sant pour détermiiner une époque ». Dès lors il devieut superflu d'a.ssjgner à ce type archéologique une place distincte : il se confond avec le type magdalénien. Conclusion singulièrement hâtive et sinipliste, ct»r l'industrie aurignacienne, au seul point de vue typologique, accuse, avec celle de la Madeleine, des différences tout autres que celle dont M. G. DE MoRTiLi.ET fait exclusivement état. Quoi qu'il en soit, — à part de rares exceptions, parmi lesquelles il convient de mentionner M. Hamy, — l'ensemble des préhistoriens suivit la direction de l'auteur <lu Préhistorique. Puis la réaction se produisit. Elle fut motivée par un examen plus approfondi, plus !-,cientifique des données archéoloiriques et stratigraphiques. Sans doute, on pouvait accorder à M. G. de MoRTii-iKT que le critérium paléontologiquei ne sufTisait pas tout seul à dérimer la question aurignacienne. M. liRKLii. est le premier à en roivenir. « Le dernier mot, écrit-il, ne saurait être dit par la paléontologie, mais par la stratigraphie, pour fixer l'âge relatif des assises archéologiques qui nous préoccupent ». Or la stratigraphie ne permet plus aujourd'hui d'entretenir aucun doute à ce sujet. Elle ne le permet

Les Religions île la Préhistoire. 5

LA IIVIMSATION PALEOLITHIQUE

(humérus de Bison, phalange de cheval), offrent des entailles, des stries qui indiquent une adaptation de ces ossements à un but déterminé. Enfin, en dehors de 1 outillage en os, les in-

Fig. 48. — Art sur objets manuels. Applique d'ivoire, avec bouquetins sculptés en demi-relief. J/aj ^f^^-// (Ariège). (D'après Piette, <?/. «/.,. pi. XLIX).

struments aurignaciens en pierre se révèlent fort bien caractérisés. Ce sont des burins, avec lesquels les péléolilhiques

plus parce qu^elle a nettement établi que, dans nombre de stations, les niveaux aurignaciens se superposent directement aux niveaux moustériens, ou so;nt sous-jacents à des niveaux solutréens, ou enfin, constatation décisive, s'intercalent entre des niveaux moustériens et des niveaux solutréens. La nomenclature de ces stations a été présentée par M. l'abbé Breuil, d'abord au Congrès de Périgueux (1905), puis et d'une manière plus complète encore, au Congrès de Monaco (1906). Ce sont, en Belgique, les gisements du Trou-Magrite (Pônt-à-Lesse, fouilles

l'évolution industrielle 67

incisaient les dessins gravés sur les objets ou sur les parois des grottes. Le type normal est un silex dont l'extrémité est

de M. E. Dupont, «Je Goyel (fouilles de M. E. Dupont) et de Spij (fouilles de MM. Fraiponi, Lohest, de Puydt). Ces stations permettent de distinguer trois niveaux superposés dans l'ordre suivant : monUiiglien (= auriffnacicn), magnUcn (= solutréen), goyéiien ' = magoalénien). En FVanc^, cinq stations autorisent des conclusions identiques : Soliilrf. (louilles de M. Ahcklin et de l'alibé Ducrost) ; lirasaempomj (fouilles de M. Dubaien et de MM. Piette et de Laporterie) ; Pair- non Pair (fouilles de M. Daleau) ; Aicy-su,-€ure (fouilles do M l'abbé Parvt); La h''errassie (fouilles de MM. Peyrony et Capitan). A cette liste, déjà considérable, il serait facile d'ajouter aujourd'hui plusieurs noms nouveaux. Citons, par exemple, les grottes de Grimoldi et notamn-ent la grotte des Enfants : du foyer K au foyer A, toutes 'es assises sont aurignacieniies, et surmontent un foyer L, mouslérien ; — la grotte de Caslillo (Espagne cantabrique), où les couches aurignaciennes sont intercalées entre des couches moustériennes et des couches solutréennes ; — Cuelo de la Mina (Asturies), où l'aurignacien a été découvert, sousja,c€nl au solutréen ; — la station d'O/net (Bavière) où le solutréen typique s'étage sur une strate caractérisée par la pointe à base fendue d'Aurignac. Quant à la prétendue pauvreté de rindustrie de l'os au solutréen, elle est démentie encore par les résultats des fouilles. Ainsi Cueto de la Mina a donné des canines de cerf percées, des esquilles appointées et une belle zagaie cylindrique. M. l'abbé Breuil va même jusqu'à .supposer « que les assises qui, dans les Pyrénées omt fourni des sculptures sur bois de Renne appartiendraient dans leurs niveaux supérieurs, comprenant les assises à contours découpés (v. infra), à l'extrême base du solutréen (qui manque dans les Pyrénées) ». L'argument fondamental de M. G. de Mortïllet n'a donc aucune valeur. Il e.st désormais prouvé que l'aurignacien constitue une phase autonome de la civilisation quaternaire, prenant place comme l'avaif entrevu I.artet, au début de l'Age du Renne.

BIBLIOGRAPHIE. — Lartet (Edouard). Mémoires sur la station humaine d\Auri(jnac. 1863 ; du même, Annales des Sciences naturelles, 4me série, t. XV. — Gabriel de Mortïllet, Promenades à l'Exposition universelle. Sépulture d'Aurignac, in Matériaux... 18fi7 ; du même. Promenade au Musée de Saint-Germain, 1868. — Cartailhac, Les grottes de Grimaldi, t. H, faso. n, chap. m et iv. — Abbé Breuil, Conqrrs préhistorique de Périgueux. conimunic>ation sur VEpoque pré^uUitréenne ; du même: Les Cottes, grot.te du vieil âg«; du Renne à Saint Pierrt- de Maillé (Vienne), dans Rev. de VEcole Antlirop. de Paria, févi-icr, 1906) ; du même, La Question aurignacienne. élude critique de stratigraphie comparée : dans ftevue préhistorique, 19()7 : du même. Congrès interna tional d'Anthropologie et d'Archéologie préhistorique, Monaco, 1906, t. I : communication sur les gisements présolufrécns du type d'Aurignac. — - Sur la Stratigraphie de Caslillo, cf. Anthropologie, t. X.XItL p. 10, fîg. 11 : sur Ofnet, ibid. t. XX, pp. 207 e'. suiv. : sur Cueto de la

taillée en deux facettes coupées à angle aigu pour augmenter la force de résistance de l'outil. Mais le burin, à cette époque, comporte de nombreuses variétés. Ce sont encore des grattoirs, qui, parfois, dessinent la carène d'un navire. Ce sont aussi des lames courtes ou allongées. En général, tous les instrumenls aurignaciens, quelle que soit leur spécialisation, en burins, en grattoirs, etc., sont retouchés, d'une retouche fort belle, sur leurs bords latéraux.

Cette remarque est d'importance, si l'on veut saisir le lien qui rattache le solutréen à l'aurignacien. Au solutréen, en effet, l'outillage typique semble bien différent (lig. 25-27, p. 43). Il se 'compose de magnifiques lames taillées en feuilles de laurier ou en feuilles de saule, pointes de flèches ou pointes de lance. Parfois l'extrémité inférieure se prolonge par une sorte de pédoncule ou de soie qui facilitait l'emmanchement. Au solutréen supérieur, cette rallonge s'accentue et forme avec le corps de l'outil un véritable cran. La taille solutréenne est d'une finesse extraordinaire : (( de petits éclats enlevés par pression, au moyen d'un travail délicat, dessinent ordinairement sur les deux faces des sillons parallèles et souvent assez réguliers. Les belles pointes sont plates, de galbe très correctement profilé et parfois assez minces pour être transparentes'' ». A aucune époque, sauf, beaucoup plus tard, au néolithique, fart de façonner le silex n'a atteint un tel degré de perfection. La cachette de Volgu ^ (Saône-et- Loire) a donné les plus beaux exemplaires de ce type d'industrie : l'un d'entre eux mesurait 0™35 de longueur. Un pareil outillage peut-il dériver de l'aurignacien ? On le croit assez volontiers. A l'aurignacien les retouches affectaient les bords de l'instrument : au solutréen elles s'étendent à toute la surface. Enfin, notons que cette phase industrielle a pratiqué le travail de l'os. Citons, en particulier, les aiguilles recueillies à Brassempouy (Landes)* et à Lacave (Lot) ". Ces aiguilles sont munies de leur

Mina, ibid. t. XXVI] I pp. 446 et suiv. ; sur le solutréen dntis les Pyrénées, cf. Brf.uii, Congrès de Périgueux, Essai s'ur la stratigraphie des dépôts (le VAge du Renne, c. r , par Cartailhac, dans Anthropologie, t. XVI, p. 512.

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