DÉCHELETTE, ibid'., p
8. Grotte du Pfu>e. Cf. Piette, Uarl pendant VAge du Renne, pt. LXXVII, 6, 6a. ' ^
9. Armand Vihé, Grotte préhistorique de Lacave (Lot), dans Anîhrùpo/of/ic, t;. XVI, p. 426; fig. 14.
L EVOLLTIO.N IXDUSTKlKLLi:
chas. El l'on se (Icmtuido par (|ucl p?'odi*^e de patience et d'iiabilelé les troglodytes parvenaient, avec leurs peiroirs en silex, à oblenir des trous plus driiés que ceux que l'on observe sur les aiguilles de l'âge du t'er '".
Si l'on voulait a|)précier l'industiie magdalénienne d'après son outillage lithique, on serait bien déeu. Flèches et lances solutréennes ont disparu. A leur place on trouve une extrême abondance de lames, rarement longues, le plus souvent 1res petites, sans aucune retouche ou aver un minimum de relouches. Plusieurs sont denliculées et ressend)lent à des scies minuscules. D'aulres s'achèvent en pointes très aiguës {fuj. i;?8-32, p. 45).
Fig. 49. — Art sur objets manuels. Gravure simple. Renne gravé sur une pierre. Grotte des Espclungues, à Lourdes (Hautes-Pyrénées). (D'après PiETTE, op. cit.. pi. XCIX).
L'ensemble trahit une régression sensi'ble sur les âges antérieui*s. La régression est apparente. Si les magdaléniens ont négligé le silex, c'est parce que la plus grande partie de leurs instnmienls ont été confectionnés en os, en ivoire ou en bois de leime. L'essor imprimé à ce genre de travail esl \ raimeni piodigienx. Aignilh's et cousoirs pour la confection des vêtements ; pendeloques, épingles, brochettes pour la parure ; sagaies, pointes de flèches, propulseurs pour la chasse ou pour la guerre ; harpons et hameçons |)our la pèche ; spatules poui" le malaxage des couleurs : la matière osseuse prédomine pai'tout f//V/. 36-44, p. 50, 53). Et comme l'os est une matière délicate, comme il doit être, non seulement
10. T/nhserv{i(i<iri (-1 (l< M. .1. Dccm i iri i:. 0/1. fW.. n. IG"2.
70 LA CIVILISATION PALIIOI.ITIIIOLJ:
façonné en outils, mais sculpté et orné de fines gravures, il a fallu que l'outillage en silex se pliât à ses nouveaux emplois. De là vient son exiguité. C'est un outillage d'artisans qui visent à la précision ; c'est un outillage d'artistes qui recherchent l'exacte fidélité des images. Séparé de son contexte historique, le silex magdalénien est en recul. Replacé dans ce contexte il est l'auxiliaire d'un splendide progrès. Ce progrès, d'ailleurs, ne s'est pas accompli d'un seul jet. Au magdalénien inférieur, les grands silex sont encore nombreux et le harpon, type caractéristique de toute la période, n'est représenté que par des essais rudimentaires. Au magdalénien moyen (gourdanien), les petits silex sont phis fréquents, mais peu variés, et le harpon n'a qu'un seul rang de barbelures. Enfin, au magdalénien supérieur (lorthétien), l'outillage microlilhique est très différencié et les harpons offrent souvent deux rangs de barbelures.
Un dernier niveau, l'azilien, se superpose, soit directement, soit par l'intermédiaire de couches stériles au magdalénien. A cette époque le climat s'est adouci. Les forêts poussent. Déjà le Renne remonte vers le Nord. Le Cerf Elaphe se substitue à lui. Ses bois, ses os fournissent la matière première de l'outillage azilien. Les harpons prennent des formes plus aplaties, plus grossières. L'industrie du silex reste pour le fond, magdalénienne. Il semble qu'on assiste au crépuscule de la civilisation paléolithique, comme si les hommes, épuisés par un trop long effort, avaient dès lors connu la décadence des races usées et mûres pour l'invasion.
Tel a été le développement de l'industrie à l'âge de la pieiTe taillée. Les préhistoriens qui ont dressé cette classification, rigoureusement conforme à la réalité des nombreux faits observés, ne sont pas suspects d'arbitraire. On peut, toutefois, soulever à son sujet deux problèmes. A-t-elle une valeur universelle? Est-elle complète? Complète, elle l'est sans doute par le côté tourné vers nous. Mais sait-on si avec le chelléen on tient vraiment le premier anneau de la chaîne? Nous aurons, plus tard, à revenir sur c>es questions. Pour l'instant, il nous suffit de savoir que notre classement s'applique à l'Europe centrale et occidentale : majeure partie de l'Espagne, France, y compris l'Alsace (la Lorraine ne paraît pas avoir reçu la visite des paléolithiques) ", Suisse, partie de l'Angleterre, Belgique, Alle-
11. Georges Goury, Le paléolithiaue en Lorraine, Anlhropolagte, t. XXV, p. 25 et suiv. Labsence de paléolithique en Lorraine s'explique-
i/kVOLIJTION INDUSTRIKLLK 71
magne, Autriche-Hongrie. En Italie, le solutréen et le magdalénien sont restés inconnus jusqu'à ce jour.
D'autre part, il est extrêmement probable que l'homme n'a pas créé, d'une seule venue, le type de l'industrie chelléenne. Ce (( coup-de-poing » qui nous paraît si élémentaire, est sans doute le fruit d'une longue recherche. Dans les alluvions de Saint-Acheul, M. Comraont a exhumé, sur certains points, « une industrie très grossière, très archaïque, que l'on peut qualifier de préchelléenne *- ». Hâtons-nous d'ajouter que cette trouvaille ne modifie en rien les lignes générales de la chronologie pléistocène. Les instruments préchelléens de M. Commont n'appartiennent pas à un autre terrain que celui des instruments chelléens proprement dits, et par conséquent le point de départ du progrès réalisé par le « coup-de-poing » de Chelles ne doit pas être cherché bien au delà '\
Il est vrai que cetle conclusicm ne satisfait pas tous les préhistoriens. 11 en est que poursuit le problème de l'homme tertiaire, et qui vont chercher, jusque dans les terrains du pliocène, voire du miocène, de l'oligocène et de l'éocène, des pierres utilisées par un homme hypothétique, datant de ce temps-là. Ces pierres fameuses, ce sont les éolilhes "*. Jamais l'imagination
lail par la slructure du massif vosgien : à l'époque des glaciers, l'écoiilement des esiu.x se produisit dans la direction de l'ouest, rendant le pays inhabitable. Seule, une tribu magdalénienne s'aventura de ce côté, et laissa les vestiges retrouvés dans la station de Saint-M'hiel.