CHAPITRE PUEMIER
L'Habitat et les Races.
SOMMAIRE
I. — L'Epoquk glaciaire. Causes incertaines, ejjets certains. — Le» glaciers actuels. — Paysages murainiqucs. — Extension des anciens glaciers en Amérique et en Europe. — Pluralité des périodes glaciaires. Comment elle ne prouve. — Concordance des divers systèmes proposés par les géologues. — Périodes interglaciaires.
Insertion de la Préhistoire humaine dans la série des glaciations. Divisions de Vâge paléolithique. — Le paléolithique supérieur est postglaciaire. — Le paléolithique moyen est contemporain de la période wiïnniennc. — Le paléolithique inférieur apparaît dans la dernière période intergïaciaire. — En Europe, l'homme n'est pas antérieur à la période rissienne.
Insuffisance du critérium géologique pour dater toutes les stations humaines de l'âge quaternaire. — La Paléontologie, auxiliaire de la Géologie. — Succession des faunes pléistocènes : faune chaude, faune froide, faune des steppes. — Relations des faunes avec les terrains géologiques. — Relations des vestiges humains avec les vestiges des faunes.
II. — Les races quaternaires. Le point de vue évolutionniste. — Comment on détermine l'âge relatif d'un squelette ou d'un débris de squelette. — Classification des ossements humains aux trois étages du paléolithique. — Rareté des documents contemporains des périodes les plus reculées. Les anciennes données de l'hypothèse évolutionniste. La race de Néanderthal. — La race de Cro-Magnon. — Le pithécanthrope de Java. — Théorie de Schwalbe.
Les nouvelles données de l'Anthropologie. La race de Néanderthal est-elle homogène f — Découverte d'une race négroïde à Grimaldi. — L'homme de Piltdown et le crâne de Galley-Hill. — Rajeunissement du pithécanthrope de Java. — Le pithécanthrope de Java est-il un homme ou un gibbon? — L*évolution de l'espèce humaine n'est pas prouvée. Infériorité de l'homme de Néanderthal. — Elle ne crée pas une différence spécifique. L'homo primigenius est, lui aussi, un homo sapiens.
in. -^ Chronologie absolue de l'ace quaternaire. Difficultés de l'établir. — Chiffres démesurés et chiffres plus modérés. — Ces derniers ont plus de chance d'être vrais. — Arguments tirés de la vitesse des glaciers ; — du temps requis pour la formation des strates géologiques. — Les gorges du Niagara. — Les fouilles de M. Flinders Pétrie en Egypte. — Age probable de l'homme pléistocène.
Reconstituer le cadre où l'homme paléolithique ^ a vécu est le
1. Au cours de cet ouvrage nous emploierons, comme synonymes, les termes : quaternaire, pléistocène, paléolithique. Tous trois dési-
L HABITAT ET LES RACES
préliminaire obligé d'une étude sur la religion quaternaire. Nul, il est vrai, ne songe plus aujourd'hui à nier l'existence d'une civilisation contemporaine de la dernière période géologique. Mais il n'est pas sans intérêt de présenter dans une courte synthèse les preuves qui ont permis à la science d'évoquer une humanité dont nous séparent plus d'une centaine de siècles. Redire ces preuves, que seuls le relief des terrains et les vestiges des faunes nous apportent, sera le meilleur moyen d'animer la scène grandiose où s'inscrit la vie de ces lointains ancêtres. Et comme le milieu physique — surtout chez les peuplades primitives — réagit sur la religion, ne fût-ce qu'en imprimant à la société certaines orientations que le courant religieux reflète à son tour, c'est déjà s'initier un peu à la mentalité de l'homme fossile que de jeter, un regard sur le monde qui l'entourait. Et puis, qu'était-il lui-même, ce mystérieux habitant des stations à l'air libre, des grottes ou des abris sous roche ? Etait-il un être semblable à nous, capable d'éprouver, comme nous, le sentiment et le besoin religieux? Et enfin, si prodigieusement perdue qu'elle soit dans le recul des âges, son antiquité échappe-t-elle à toute évaluation numérique, comme la distance des étoiles, perdues dans l'immensité spatiale, se dérobe aux calculs des astronomes ?
A ces premiers problèmes, le présent chapitre s'efforcera de répondre.
gnent la même réalité. Mais ils l'envisagent sous un aspect différent. Le terme quaternaire se réfère à la géologie. 11 désigne la place qu'occupent les terrains les plus récemment formés dans la sti*atification générale de l'écoroe terrestre. Cette stratification comprend, on lésait, quatre étages : primaire, secondaire, tertiaire, quaternaire'. — Le terme pléistocéne est en rapport direct avec la paléontologie. A partir de l'âge tertiaire, la proportion des formes actuelles des coquillages fossiles s'accroît de plus en plus. D'où la nomenclature classique : éocène (de eôs, aufore, et de kainos, récemt : c'est l'aurore des formes actuelles) ; oligocène (de oligos, peu ; les formes actuelles sont encore en petit nombre) ; miocène (de meion^ moins : il y a un nombre moindre de formes actuelles qu'à l'époque suivante) ; pliocène (de pleion, plus); pléistocéne (do pleistos, très nombreux : la faune actuelle est sur le point d'être pleinement réalisée). — Enfin, le terme paléolilhique s'applique à l'industrie humaine, dalée par les terrains quaternaires et par la faune pléistocéne, c'est-à-dire à la plus vieille civilisation de la pierre (palaios, ancien ; lilhos, pierre), à laquelle succédera uneindustrie lithique plus récente, le néolithique (neos, jeune).
L Kl'Oyil. t.LACIAlHi:
La fin de l'Age tertiaire- fut marquée par la venue ou le retour ^ des phénomènes dont l'ensemble constitue l'époque glaciaire.
La cause de ces phénomènes est mal connue. Il se pourrait
Fig. I. —UNE SÉRIE GLACIAIRE, D'APRÈS M. PENCK.
M, moraines terminales ; a, alluvions et terrasses.
que, dans l'hémisphère nord, à l'évaporation intense des eaux marines ait succédé un refroidissement de la température qu'ex-
2. Le pliocène. Mais à son tour le pliocène se subdivise en trois étages (Cf. A, de Lapparent, Abréyé de Géologie Paris, 7* éd. pp. 369-370) : le Plaisancien, VAslien et le Sicilien. C'est au Sicilien (envahissement momentané de la Méditerranée par une faune arctique ; formation du Foresl-bed en Angleterre et des graviers de Saint-Prest, près Chartres) que se serait produite la première invasion des glaciers sur le Continent.
3. Le retour : en effet, l'existence de phénomènes glaciaires aux périodes antérieures au pliocène est admisse a?ijourd'hui par nombre de géologues. Le glaciaire cambrien serait représenté en Norvège (?), au Yang-tse et dans l'Australie du Sud. (Cf. E. Hauc. Traité de Géologie, Paris, 190&-1911, p. 616). Il y aurait eu une glaciation permocarbonifère, dont l'Inde, l'Australie et l'Afrique du Sud garderaient les vestiges (Cf. ibid., p. 825"). D'autre part, en 1915, W. Atwood signalait des formations glaciaires éocènes dans le sud-est du Colorado (Cf. Anthropologie, l. XXVIII, p. 599).
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pliquerait assez bien la rupture des barrières continentales arctiques. De vastes précipitations atmosphériques s'en seraient suivies, qui se traduisaient par la chute abondante des pluies et des neiges *. Mais si la cause reste obscure, les effets ne sont pas niables. A ce moment de l'histoire de notre globe, les sommets montagneux de l'Europe et de l'Amérique septentrionale se sont recouverts d'épaisses calottes de glace qui ont débordé sur les pentes et envahi les plaines.
L'étude des glaciers actuels ^ a servi de guide aux géologues pour établir ce fait capital. On sait aujourd'hui comment naissent et grandissent les glaciers ; comment la neige, déposée sur les cimes, se transforme en névés et les névés, à leur tour, se muent en couches de glace transparente ; on sait comment, grâce à leur plasticité relative et à leur pesanteur, ces masses énormes se mettent en marche, entraînent, dans leur course lente, sur leurs bords, sur leurs axes, et poussent devant elles ces sortes de bourrrelets composés principalement de détritus rocheux,
4. Il n'entre pas dans le cadre de ce travail, de présenter, même en résumé, toutes les théories qui ont été produites pour expliquer Vapparilion et la périodicilé des phénomènes glaciaires. Car, pour être viable, une hypothèse doit satisfaire à ces deux données essentielles dui problème. L'hypothèse asironomiqiie (précession des équinoxes, Croll) n'est plus admise. L'hypothèse volcanique (F. et P. Sapazin) paraît insuffisante. 11 en est de même de celle qui invoque la diminution du volume d'acide carbonique contenu dans l'atmosphère (Cham- BFRi.AiN, Frech). L'hypothèsc du libre rayonnement de la chaleur terrestre, vers la fin de l'Age tertiaire (Lasne), ne rend pas compte de la périodicité des époques glaciaires. Habmer fait appel h l'action prolongée des vents, qui a modifié le régime des climaîts. Very, de Lapparent, Krischtafowitch ont recours aux transformations survenues dans la structure des continents, avec les conséquences météoroogiques quelles ont entraînées. M. Boule, qui a suivi de près le mouvement des idées sur cette question, écrivait déjà en 1894 (Cf. Anthropologie, t. V, pp. 312-313) : « 11 est certain que tous les changements orogéniques qui ont marqué les dernières époques géologiques ont dû être accompagnés de troubles météorologiques qu'il est d'ailleurs difficile de préciser, mais qui pernîettent d''entrevoir une explication adéquate de l'ensemble du phénomène glaciaire, y compris l'alternative des phases d'extension et de retrait des glaciers t> ' et en 1902 (Cf. Anthropologie, t. XIII, pp. 782-783) : « Les travaux ©n cours permettent d'espérer que la solution viendra du côté de la météorologie et de la paléogéographie ».
5. Pour l'étude des glaciers actuels, consulter E. Haug, op. laud., ch. XXVI, (pp. 437 et suiv.).
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L HABITAT ET LES RACES
et qui ont reçu le nom de moraines ^ ; on sait enfin comment les eaux de décongélation forment, aux abords du glacier, des terrasses d'alluvions plus ou moins ravinées par les torrents (lig. 1, page 3). Du reste, tout le glacier est comparable au torrent ^ dont il rappelle la structure, avec celte différence qu'ici, les eaux solidifiées se déplacent par un mouvement presque iniperceptible.
Or, supposons que, tout à coup, la glace disparaisse. Le sol gardera néanmoins la trace de sa présence antérieure. Tout d'abord, on verra se détacher le rempart des moraines frontales, tandis que, perpendiculairement à cette barrière, de semblables dépôts dessineront la ligne des moraines latérales ou axiales. En deçà de la barrière frontale, les terrasses alluvionnaires inclineront encore vers la vallée leurs surfaces caillouteuses. Au delà c'est-à-dire à l'emplacement même occupé jadis par la glace, il sera loisible d'observer que l'ancien lit, lorsqu'il n'est pas recouvert par des lacs ou encombré par les moraines immobilisées, est strié, poli par le frottement des lourdes masses qui ont glissé sur ce fond inégal. Et ces vestiges constitueront ce qu'on appelle, en géologie, un paysage morainique ^, paysage dont la physionomie est trop nette pour ne pas trahir la cause unique qui l'a créé de toutes pièces.
Or, ce paysage morainique — squelette décharné des glaciers morts — se retrouve, parfois intact, en plein relief sur l'architecture des premiers âges géologiques. Seulement, pour relier entre elles les différentes pièces du décor, il faut soumettre le
6. Voici la classification des moraine?, telle qu'elle a été établie par la Commission internationale des glaciers, en 1899 :
Moraines superficielles (convoyées f Moraines latérales sur la surface du glacier) \ Moraines médianes
3Ioraines internes (à la suture de deux masses de pjlaces en contact)
Moraines inférieures (entre le glacier et son fond)
Moraines mouvantes (participant à la ■ marche du glacier)
Moraines déposées
(dans la région où
s'opèie la fusion du
glacier)
{Moraines longitudinales (= moraines médianes et internes) Moraines / riveraines = m. latérales marginales \ frontales (en avant du glac.) ( Moraines profondes (= mor. inférieures) „ . 7 /. T I Drumlins (monticules elliptiques dont le Moraines de fo>,d - ^^^^^^ ^^^ ^^^ parallèle à la direction
l de la glace)
Cf. Haug, op. cit., pp. 453-456 II va de soi que les moraines quaternaires appartiennent à la catégorie des moraines a déposées ».
7, Cf. DE Lapparent, Abrégé de Géologie.^ p. 47.