L'expression a été introduite par E. Desor, en
L ÉPOQUE GLACIAIRE
modèle à des agrandissements considérables. Les alignements de moraines se développent sur des centaines de kilomètres. Çà et là un bloc erratique ', sans attache avec les terrains environnants, témoigne de l'amplitude formidable des anciens glaciers*". En Amérique, la limite extrême des moraines frontales coupe le Mississipi un peu au-dessus du confluent de ce fleuve avec le Missouri ^^ Et cela signifie que les glaces quaternaires ont submergé le Canada presque en entier, toute la région des grands Lacs et un morceau des Etats-Unis.
Fig. 3. — Corbicula fluminaris.
En Europe {\ig. 2, page 5), la limite méridionale du glacier Scandinave passe au nord de Londres, à deux cents kilomètres au-dessous de Berlin et de Varsovie, côtoie le Dnieper, puis le
9. Les blocs erratiques sont des rochers, parfois énormes, qui onl été transportés par les glaciers. A ce titre ils rentrent dans la catégorie des détritus niorainiques ; mais ils diffèrent des moraines proprement dites, à cause de leur isolement et de leurs dimensions considérables. La Pierre-à-Bol. originaire du Valais et échouée près de Neuchàtel, mesure 1& mètres do long sur 5 de large et 13 de hauteur.
10. Moraines frontales et tlocs erratiques ne constituent pas les seuls traits caractéristiques du paysage morainique. Ainsi, par exemple, les moraines baltiques, contemporaines de la troisième glaciation (cf. infra). et qui s'étendent, sur une longueur de t)50 kilm., du Jutland à la Prusse orientale, forment des remparts parallèles, séparés par des plaines, des lacs, des mares sans écoulement. Ces lacs innombrables sont le résidu do la fonte des glaces. Le sol des plaines représente les moraines de fond. En avant des ceintures morainiques, on distingue les formations fluvio-glaciaires (gra\iers et sables), raccordées aux formations proprement glaciaires par des cônes de transition à pente très douce. Comme types de striages résultant du frottement des glaces, on peut citer les roches cannelées de l'île de Kelley sur le lac Krié, et les rochers striés de l'îlôt de Rndersdorf, près Berlin.
11. La limite extrême du glacier américain est donnée très exactement par Beuchat, (Manuel (Varchéofogie américaine. Paris, Picard, 1912. p. 90).
L HABITAT ET LES RACES
Don, remonte vers la chaîne de l'OuraP^. Et cela signifie que l'Irlande, la majeure partie de l'Angleterre, toute la mer du Nord, toute la Baltique, la Hollande, la Prusse et les deux tiers de la Russie ont été ensevelis sous le manteau des glaces.
Le glacier alpin recouvre la Suisse, le Tyrol, enjambe le lac actuel de Genève et s'avance jusqu'aux confins de Lyon ". La région pyrénéenne ^^ l'Auvergne ^^, les Balkans ^^, ont été le théâtre de phénomènes analogues, dont l'amplitude fut proportionnée à l'importance des massifs. En regard de ces prodigieuses manifestations des forces de la nature, nos glaciers actuels ne sont que des pygmées. Et pourtant ce sont eux qui, patiemment étudiés par les géologues, ont permis de découvrir la trace géante de leurs aînés.
L'observation attentive des paysages morainiques de l'époque pléistocène a révélé un autre fait, pour nous capital : la pluralité des périodes glaciaires. L'invasion des glaces n'a pas été d'un seul jet. Elle s'est accomplie en plusieurs temps. Elle compte plusieurs phases d'avancée, suivies de phases de recul. Là encore, l'induction scientifique repose sur des données rationnelles.
Une extension glaciaire, avons-nous dit, s'accompagne d'un ensemble de phénomènes issus d'une cause identique. Si donc il était arrivé qu'un même centre montagneux eût émis, à différentes reprises, des masses d'eau congelée, on devrait retrouver le système des phénomènes concomitants plusieurs fois répété. Autour de ce centre commun, plusieurs alignements de moraines frontales dessineraient leurs courbes concentriques, ou bien encore, ces alignements seraient superposés. Et dans les deux cas, les dépôts morainiques seraient séparés par des terrains d'un caractère tout différent. Les terrains d'alluvions, placés en avant des glaciers, parleraient dans le même sens. La fonte des eaux du premier glacier dépose une première terrasse.