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LÉGITIMITÉ DE LA MÉTHODE ETHNOGRAIMIIQLE

Fig. 62. — Les phases de i.'art pariétal. Ciravures se rattachant à la première phase. Petit cheval grimpant, gravé sur les parois du Tue D'Au- DOUBKRT (Ariège). Cliché obligeamment communiqué par M. le comte 15ÉGOUKN.

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nous de les exagérer. Eu dépit des précisions que les préhistoriens s'efforcent d'y introduire, l'image est incomplète. Elle est flottante. Elle se perd dans la brume des siècles et des millénaires. Surtout elle ne nous livre, des choses, que l'aspect extérieur, tangible. Les débris échappés au naufrage sont là, sous nos yeux. Ils ont été, autant qu'ils pouvaient l'être, classés, ordonnés en séries, dans le temps et dans l'espace. Ce résultat peut, à la rigueur, contenter les professionnels de l'archéologie. II ne satisfait pas, loin de là, l'historien des religions ou le psychologue, avides de saisir l'àme que ces reliques du passé ont autrefois incarnée En réalité, nous venons de parcourir une immense nécropole, et les morts qui dorment là ne parlent plus.

Comment les arracher à leur silence et les ccmtraindre, en quelque sorte, à révéler leurs pensées intimes ? Nous avons sans doute jeté, sur l'abîme creusé entre eux et nous, une première et solide passerelle Nous savons que l'humanité quaternaire vérifie un type social intelligible encore à notre mentalité moderne. L'homme des cavernes fut chasseur : cette simple donnée éclaire déjà d'un jour moins obscur le prodigieux recul des âges pléistocènes. Mais à la distance où il lui faut parvenir, ce rayon de lumière a perdu beaucoup de son pouvoir. Parlons net. Le terme de <( chasseur » est trop vague pour définir a priori non plus seulement la vie matérielle mais la vie profonde, la vie religieuse d'un groupement humain.

Que, d'ailleurs, le souci de pourvoir, par la chasse, à la subsistance commune ait réagi, dans une certaine mesure, sur l'orientation religieuse des peuplades paléolithiques, nous n'avons aucune raison sérieuse d'en douter. En dehors du christianisme, qui procède d'une révélation surnaturelle, le divin a été trop souvent conçu ou déformé à la ressemblance des désirs, des craintes, de toutes les passions humaines. Cette présomption, fût-elle valable pour les troglodytes de l'Age du renne, pose seulement le problème. Elle ne le résout pas. Elle laisse au savant la tâche de montrer comment cette réaction s'est produite et jusqu'où elle fut poussée. Et ce sont là des points sur lesquels ni l'étude directe des documents archéologiques ni — et moins encore — les déductions abstraites n'apportent aucune réponse décisive. L'étude directe des documents suggère des probabilités mconsistantes. Quant aux déductions abstraites, faute de bases positives, elles lisquent de passer à côté des faits.

Exisle-t-il un moyen de tourner la difficulté? Ce moven, les

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préhistoriens estiment l'avoir trouvé : c'est la méthode ethnographique. Elle est, dit-on, notre unique chance de déchiffrer les hiéroglyphes inscrits sur les objets ou sur les parois des cavernes. Elle seule est capable de nous initier quelque peu aux mœurs, aux croyances et aux rites du chasseur paléolithique. Il nous est donc inévitable d'avoir à vérifier les titres qu'elle fait valoir. Car si, d'aventure, on devait lui refuser créance, il serait inutile d'aller plus loin.

La méthode ethnographique est-elle légitime? A quelle."5 conditions est-elle viable ? Et enfin — car dès maintenant, nous serons à même de résoudre cette question majeure, — nous permet-elle de remonter, par la Préhistoire qu'elle éclaire, aux origines de la Rehgion ?

Si l'on venait nous certifier que l'homme quaternaire survit encore dans certaines régions de la planète, nous serions bien étonnés. Et pourtant c'est là, en gros, l'affirmation initiale qui fonde la légitimité de la méthode ethnographique.

Serait-il donc vrai, qu'à l'heure actuelle, il y eût des êtres humains, descendants authentiques des anciens chasseurs du Renne? A poser le problème sous cette forme, ou risquerait de se fourvoyer. Les races quaternaires ayant précédé les races historiques, il est assez probable qu'il existe, sur la terre, des hommes qui peuvent entretenir, avec les plus vieilles races de la Préhistoire, des affinités anthropologiques. Mais cela serait-il prouvé, nous ne serions guère plus avancés. M. Verneau croit avoir trouvé, en Italie et dans la vallée du Rhône, des cas indi- \iduels qui accusent la réapparition du type négroïde de Grimaldi ^ : est-il besoin d'observer que les mœurs de ces « négroïdes » n'ont rien de commun avec celles de leurs lointains ancêtres ? Et serait-il établi que les Australiens ont perpétué jusqu'à nos jours le type de Néanderthal ^, il ne s'en suivrait pas

1. Voii- i\ co sujet, la curieuse dissertalioti du *\^ Roné Vi um-.au, flans Les Grottrx de CrimuMi, t. TI. fn^r. i, p. l'^O n\ siiiv. Momrn,

2. Sous ccllo forme, la Ihèso serait d'ailleurs beaucoup trop généralisée. D'après le (V R. Vernkau (Les races humaines, Paris, Baillières, p. 189), les Australiens « iiéanderthaloïdcs » formaient une seule (les fribns de l'Australi-^ méridionid- qui, aujouid'hiii, serait roniplè-

loa

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davantage qu'ils aient reçu et conservé intégralement les coutumes en vigueur à l'époque moustérienne. Les races peuvent demeurer et les civilisations changer du tout au tout. A l'appui de celle vérité, on citerait vingt exemples pour un.

Ce n'est donc point de cette base, plutôt fragile, que la méthode ethnographique se réclame, lorsqu'elle affirme la survivance, parnii nous, des humanités préhistoriques. Elle veut dire — et ceci est beaucoup plus grave — qu'il existe, à l'heure actuelle, des peuplades entières qui, par leur organisation sociale,

Fig. 63. — Gravure se rattachant à la fin de la première phase. HoRNOS DE r.A Pena. (Cf. Grottes cantabriques^ p. 102).

par leurs croyances, par le fond même de leur mentalité reflètent, d'une manière plus ou moins fidèle, l'organisation sociale, les croyances, la mentalité des peuplades contemporaines des âges de la Pierre. Ce sont les « Primitifs » ou (( Populations de culture inférieure » ou enfin les (( Sauvages » ^ .

tement éteinte, et sur laquelle nous ne possédons que des renseignements « bien incomplets )>.

3. .Sur ces diver.ses appellations, cf. Mgr A. Lk Roy, dans Chrishis, 2* éd., p. 49 et suiv. Paris, Beauchesne, 1916.

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Même ainsi formulée, la proposition ne laisse point de nous surprendre. L'objection principale, on le devine, c'est le nombre incalculable d'années qui s'interpose entre les temps actuels et les temps pléistocènes. Au temps des glaciers, la terre est soumise encore à l'influence des phénomènes géologiques. A peine ses continents et ses mers ont-ils pris l'aspect définitif que nous leur voyons aujourd'hui. Et l'on voudrait que l'humanité, vivante et agissante, ait été pétrifiée, dès le début de son histoire, comme les fossiles témoins des dernières convulsions du globe ? T.a terre elle-même a changé. Les espèces animales se sont modifiées. L'homme seul serait en retard? Au cours des quelque 15.000 ans écoulés depuis l'époque chelléenne, l'intelligence et la volonté ont bien dû introduire, même chez les races les moins progressives, des transformations profondes.

Il y a plus. Le postulat de la méthode ethnographique n'érige-t-il pas en thèse la stagnation de la plus grande partie de l'humanité? Si on les replace dans la durée, les grandes civilisations que nous disons « historiques » ou « classiques » représentent des périodes relativement courtes ; si on les considère dans l'espace, leur rayonnement paraît plutôt restreint. A écouter les ethnographes, il semble que ces civilisations, que nous jugeons surtout d'après leur valeur intrinsèque, baignent dans un vaste océan de barbarie, ou de cultures inférieures, ou de cultures arrêtées dès les premières phases de leur développcinenl.

Nous avons peine à concevoir, sous ce jour un peu blafard, l'évolution totale du genre humain. Et pourtant ces vues comportent une bonne part de vérité. Si les peuples de haute culture profilent dans le passé leurs cimes imposantes, il y a, dans la plaine ou accrochés aux flancs des montagnes, nombre d'autres peuples dont le niveau de culture, prolongé par la pensée just|ii'aux plus anciens âges du monde, se raccorde avec le niveau de culture des Primitifs de la Préhistoire. Voilà le fait dont nous devons nous assurer, avant de tirer les conséquences qu'il comporte.

Observons tout d'abord que l'Age de la Pierre ne s'arrête pas aux frontières chronologiques que l'on serait parfois tenté de lui assigner. Nous sommes portés à croire que l'industrie lithique a non seulement précédé les industries du cuivre, du bronze et du fer, mais qu'elle s'est éteinte en tous lieux vers le môme temps. La réalité est toute différente. La civilisation de la Pierre

échancre profondément le tissu des civilisations historiques. Elle se juxtapose, sous toutes les périodes, à des cultures beaucoup plus évoluées.

A cet égard, les synchronismes sont suggestifs. Si, par exemple, le Néolithique paraît cesser, en Egypte, aux alentours du sixième millénaire avant Jésus-Christ, il se prolonge, en Crète, jusque vers l'an 3.000 \ Or, en l'an 3.000, l'Egypte est déjà vieille. El tandis que, dans la grande» île méditerranéenne, où, mille ans plus tard, s'élèvera le premier palais de Cnossos, de pauvres tribus de pêcheurs s'essayent à bâtir de grossières maisons de pierre, les architectes égyptiens ont déjà construit les mastabas et les pyramides de Gizeh.

En ïhessalie, le Néolithique vient à peine de finir au XV* siècle avant Jésus-Christ ^ Et c'est l'époque où, à deux pas do là, s'épanouissent les splendeurs de la civilisation mycénienne, où les Pharaons de la XVIIP dynastie jettent les fondements du temple de Karnak. En Chaldée, le code de Hammourabi est rédigé depuis plus de cinq siècles.

Franchissons un nouveau stade de 3.000 ans. Le tableau change et le contraste reste identique. En Europe, le mouvement de la Renaissance est en plein essor. Les caravelles sillonnent l'Atlantique. A la suite de Christophe Colomb, elles se lancent à la découverte de terres nouvelles. Bientôt de hardis navigateurs normands et bretons aborderont aux rives du Saint-Laurent ^. Ils seront suivis de l'armée des missionnaires. Or quelles populations ces explorateurs vont-ils trouver sur l'immense territoire de l'Amérique du Nord, couvert de forêts vierges et de steppes ? Ils trouveront les Peaux-Rouges. Et les Peaux-Rouges, au moment où ils entrent en rapport avec les messagers de cette civilisation occidentale qui n donné Raphaël et Michel-Ange, sont encore à l'Age de la Pierre ^ Ils chassent le bison avec des lances et des flèches en silex.

4. Pour la comparaison des dates, consulter le tableau placé par M. R. DussAUD, à la fin de son ouvrage sur les Civilisations préhelléniques dans le bassin de la mer Egée, Paris, Geuthner, 1914, 2^ édition.

5. Sur la Thés salie préhistorique et les retards de sa civilisation, cf. R. DussAUD, op. cit., p. 186 et suiv., et le tableau ci-dessjs signalé.

6. Cf. H. Beuchat, Manuel d'archéologie américaine, p. 83 et suiv. Paris, Picard, 1911.

7. Cartailhac et Breuil, La caverne d\Altamira, p. 155, Monaco,

LKi;rnMrii. ui. i,a MiiTiiout: i:tiim)(;uai'1ii()1 r.

Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, il sérail paradoxal d'imaginer que le rudiinentaire outillage de l'iiomnie paléolithique ail pu se ménager un asile où il échappe à la foudroyante invasion de notre culture moderne. Délromi)ons-nous. Un continent entier '^ dérobe, et les indigènes qui l'habitent, moins favorisés que

Fig. 64. — Lks phases de l'art I'ARIÉtal. Peintures appartenant à la seconde phase. Bison gravé et partiellement peint au trait baveux. Le chevron peint sur le corps du Bison est une flèche. Sous les pattes de l'animal, un lot de sij^nes daviformes. {Pindal., cf. Gr. cani., p. 76.)

ne relaient les Néolithiques d'Orchomène, ne connaissent ni la céramique, ni même la poterie. Ce continent, c'est l'Australie. Ainsi la Préhistoire se perpétue au sein de l'humanité actuelle. La face du monde passe, les empires se fondent et s'écroulent, les générations se poussent, emportées par leur li«^vro do pro-

grès : quelques coups de sonde nous avertissent qu'au-dessous de cette surface bouillonnante, il existe des bas-fonds où le remous est infiniment plus lent, et où règne parfois la plus complète immobilité.

Mais la portée de cette première observation est encore trop générale. Après tout, nous avons peut-être affaire à des similitudes superficielles. Parce que l'on constate, ici ou là, des enclaves de cultures primitives, il ne suit pas que le présent reproduise l'image exacte du passé. La ressemblance peut être fortuite. Ainsi les populations de l'archipel polynésien en étaient bien encore, au XVI IP siècle, au stade de la Pierre. Or, les savantes études de M. de Ouatrefages ont démontré que leur habitat d'origine devait être cherché vers l'occident, sur les confins de la Malaisie \ Le P. Schmidt va plus loin. D'après lui le foyer de la civilisation polynésienne se retrouverait aux pieds de l'Himalaya ', et les polynésiens, au point de départ de leurs migrations, auraient possédé une culture relativement avancée. Les conditions géographiques ont provoqué leur morcellement en petits groupes sporadiques. Cet état de dispersion explique leur décadence. Il n'y a donc pas ici survivance d'un état primitif : il y a, proprement, régression. Même déchus, les Polynésiens conservent les vestiges d'une culturç^ supérieure à celle des autres primitifs océaniens. L'appréciation des rapports qui peuvent relier les primitifs actuels aux primitifs de la Préhistoire dépend donc, en dernière analyse, d'une comparaison minutieuse instituée entre les deux groupes ethniques en présence.

La comparaison, d'ailleurs, tourne au profit de la thèse : l'opinion des ethnographes et des préhistoriens étant, sur ce point, quasi-unanime. On n'en finirait pas de citer leurs témoignages. Sir John Luhbock, d'ans son ouvrage sur les Origines de la Civilisation, déclare que (( la condition sociale, les coutumes des peuples encore sauvages rappellent, sous bien des rapports, quoique non pas absolument celles de nos propres ancêtres, à

8. A. DR Ouatrefages, UEspèce humaine. Paris, Alcan, 1877, B*" éd. p. 138 et suiv.

9. P. G. Schmidt, L'ffriginc de ridée de Dieu. Paris, Picard, 1910,

une époque fort éloignée *". » Et plus tard, dans un autre (tuvrage sur V Homme Préhistorique, il pose, l'un dfes premiers, l(;s principes de la méthode ethnographique : « Si, dit-il, nous voulons arriver à comprendre clairement les antiquités de l'Europe, nous devons les comparer avec les armes el les ustensiles grossiers dont se servent aujourd'hui, ou dont se servaient, dernièrement encore, les races sauvages dans les autres parliez du monde '^ ».

Mdward Tylor, auleur de Primitive CuUurc et chef de l'Ecole aiilliropologique anglaise, n'est pas moins afiirmatif. D'après lui, « la vie sauvage n'est que la continuation, à notre époque, de l'état social de l'Age de la Pierre ^^ ».

M. Emile Rivière, qui à partir de 1870, se consacra à Texploralion des grottes de Grimaldi, partage le même avis : « Les peuples sauvages modernes qui n'ont pas eu encore le moindre contact avec la civilisation, ou que celle-ci aborde pour la première fois, sont l'image frappante, toutes conditions à part de milieux cl de climats, des peuplades qui vivaient aux âges préhistoi'iques. Elles sont elles-mêmes des peuplades préhistoriques, sans tradition aucune ", souvent même orale, et leurs armes, leurs outils, l(Mirs parures sont pour ainsi dire identiques aux armes, aux outils et aux parures que nous exhumons chaque jour du sol des cavernes '* ».

Enfin, il ne sera pas inutile de recueillii- la déposition du plus

10. Sir John LtiiniocK, Af.s Origines de la Civilisation, Etal primitif lie Vliomme el mœurs den sauvoges modernen. Traduction F.d. BaulUFR. Paris, Germer-Baiilière, 1873, p. 1.

11. Sir John Lubbock, LUnmmc préhislori'iwi. Suivi dune description des mœurs d^s sauvages modernes; Traduction Ed. Barbifr. I\iris, Germer-Baillièrc. 1876.

12. Rdward Tylor, La Civilisation primitive. Traduction de M™* Pauline BnuNEr. Paris, Heinvvnid et O", 187&, tome II. p. 462.

n. Ceci est exagéré et va d'ailleurs à rencontre de la thèse défendue par M. RivrÈRR. Si en efTet les peuplades sauvages n'avaient au» 4-une tradition, comment auraient-elles pu conserver pendant des siècles les mêmes usages, les mêmes coutumes? P(Mar ne citer qu'un seid groupe de faits, nombre de populations primitives possèdent des mythes dont l'origine se perd dans la nuit des l<»mps. (v. g. le mythe d'Omburé chez l«s Fans, cf. Trilles, Le Totémisme chez les Fans. Bibliothèque « Anthropos y>, t. I, fasc. 4. Munster, 1912.)

14. Emile Rivière, L'Antiquité de VHomme dans 1rs Mpcs-Marilimcs. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1887. p. 3.

LA METHODE ETHNOGRAPHIOUE

éminent des ethnographes, le R. P. Schmidl, directeur de la revue internationale Anthropos. L'identité des Primitifs actuels et des Primitifs de la Préhistoire est, à ses yeux, si claire, qu'il en tire une preuve contre la théorie de la dégénérescence ^^ : (( En comparant, écrit-il, cette civilisation [préhistorique] avec

Fig. 65-66. — Peintures appartenant à la seconde phase. Profils de chevaux peints en noir modelé. (Cf. Altamira^ p. 69),

celle des peuples incultes, on trouva une harmonie si grande que souvent des lacunes et des points ohscurs dans l'une purent être

15. Les tenants de cette théorie considèrent la civilisation des primitifs actuels comme une dégradation de la culture des peuples civilisés. Les tenants de l'opinion contraire affirment que l'état des primitifs actuels représente une civilisation &ui generis, autonome, et qui a universellement précédé les autres cultures. Ce second point de vue tend à prévaloir parmi les ethnographes. Nous le croyons vrai. Mais nous verrons aussi combien il faut user de prudence lorsqu'il s'agit de déterminer dans le détail les éléments qui peuvent se réclamer de ce fond de culture primitive.

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< xpliqués de la manière la plus frappanic en les mellanl en parallèle avec les faits observés chez l'aiilre. Dès lors la question .le l'îipprécialion des peuples incultes «ilait résolue : s'il était • vident que, dans les pays de l'Europe, la civilisation primitive nouvellement découvelie avait précédé la civilisation plus avancée des peuples hisloi-iques, il |)araissait aussi clair que la civilisation des peuples incultes, en tous points semblable à la culture préhistorique qu'on venait de découvrir, ne pouvait être regardée que comme une stagnation, comme la continuation d'un étal préhistori<|ue primitif et non comme une décadence d'un degré de civilisation autrefois plus élevé "^ ». Il serait difficile d'être plus catégorique.

Cet acquiescement général est plutôt encourageant. Mais on imprendra qu'à l'argument d'autorité nous voulions ajouter irgument direct des faits. Nous ne prétendons pas, dès maintemt, épuiser la série de ces curieux « doublets » qui motivent conviction des préhistoriens. Maintes fois, au cours de cet ouvrage, l'occasion s'offrira de compléter notre nomenclature.

On a vu qu'à notre époque certaines peuplades se servent d'un outillage en silex. Les Australiens du nord nous renseignent sur la manière dont les paléolithiques travaillaient la pierre (lig. 93-94, p. 173). Sur une enclume, on frappe le bloc de silex, pour enlever un premier éclat : « puis, tenant en main la pierre, on la cogne sur l'enclume et systématiquement on détache d'autres éclats. Cha(jue bonne lame doit être précédée de l'enlèvement d'au uioins trois éclats inutiles. A en juger par le nombre des éclats imparfaits qui jonchent le sol, les échecs dépassent de beaucoup les coups heureux ■'^ ». Aussi, les campements australiens contiennent-ils de grands amas de déchets, tout comme dans nos ateliers préhistoriques abondent les instruments mal venus, inachevés ou brisés. Les Indiens de l'ouest américain

16. P. G. ScHMiDT, L'origine de Vidée de Dieu, op. cit., p. 9.

17. Em. CAnTAH-HAf dans Groiles df Grimaldi. Tonio H. fuse, ii, p. 24a. Pour les d^^tails, voir Spenckh kt Gmxen, The .\'ortliern Tribes of Central Anatralia, London, Macmillan and C". ■ li wii. et plus spécialement p. G4 1-643.

Les Relicioiiii de la Préhistoire. ^

114 LA MÉTHODE ETHNOGFIAPHIQUE

obtenaient leurs silex, il y a une quarantaine d'années, par des procédés analogues ^^

Les Eskimos nous apprennent l'usage des outils et leur système d'emmanchure ^". Le grattoir dont ils font usage pour travailler les peaux rappelle le grattoir de l'âge quaternaire'". Leurs harpons barbelés, leurs propulseurs évoquent le souvenir des harpons et des propulseurs magdaléniens-'. Leurs lampes sont de la même facture que la lampe de la Mouthe dont nous avons parlé ^^. Les fines gravures que les Tchoutchis (Sibérie) incisent sur les objets manuels ne sont pas indignes des gravures de l'âge du renne -\ A ce propos notons que les ïnnuit (Eskimos du Labrador, dé la baie d'Hudson et du Groenland) furent initiés sur le tard à la vie artistique. Or, détail singulier, à l'exemple des aurignaciens, ils ont commencé par exécuter des figurines humaines avant de pratiquer la gravure simple ^^.

Enfin, on sait que certaines tribus océaniennes confectionnent des armes connues sous le nom de boumerangs, waddi, cassetêtes, massues, etc. Or dans les grottes paléolithiques de Santian, de Pindal, d'Altamira, de Niaux, des peintures ont été relevées qui ne peuvent guère représenter autre chose que des armes de ce genre ^''. dig. 95-98, p. 176).

18. J. M. PowELL, Stone art in America, dans American Anlhropologist, janvier 1895.

19. Ein. Cartailhac et H. Breuil. La Caverne cVAltamira, op. cit., p. 145.

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