Ibid
26. Telle est bien en efïet la conclusion à laquelle ont abouti les fouijies exécutées par M. de Villeneuve dans la grotte des Enfants. Voici, en résumé, les principales découvertes qui ont motivé le jugement des explorateurs. (Cf. Cartailhac, op. cit., passim). Dès le foyer R, on relève la présence de sept esquilles d'os, dont l'une est le poinçon à tête, pièce classique de l'industrie aurignacienne. Dans le même foyer, il y avait en outre deux pointes d'Aurignac à fente basilaire. Au foyer 1, « quantité de lames sont retouchées fort habilement, même les plus petites... Les plus grandes ont des bords réduits ou creusés pai' l'usage ; cet aspect est caractéristique des lames du niveau d'Aurignac ». Le Foyer H a livré plusieurs lames du type de la Gravette, v\ une pointe à coche : ces deux' sortes d'outils relèvent également de l'industrie aurignacienne. Quant aux silex ensevelis avec les cadavres des sépultures des foyers H et I, « ils concordent pleinement avec l'indication formelle des pointes en os, d'Aurignac, sous-jacentes, et ils ne diffèrent pas beaucoup de ceux qu'ont livrés le foyer et le terrain voisins ». .\ noter, particulièrement, un «très bon burin avec son large taillant sur le milieu de la lame. Il est même double, l'autre bout a aussi son biseau ». Or ce type d'instrument se trouve « dans l'outillage d'Aurignac et des stations similaires », La concordance de l'industrie des foyers avec celle des sépultures est en outre confirmée par la présence, à l'intérieur des sépultur^^s, des lames du type de la
rravette, si abondantes à Pair-non-Pair dans les niveaux supérieurs irignaciens. Au foyer G, on voit reparaître un groupe d'objets significatifs : « pièces elTilées, lames dont on a respecté un tranchant, mais dont l'autre moitié a été enlevée par une retouche intense. On dirait des lames de canif longues à dos épais. On les a souvent laissées munies d'une gibbosité qui semble destinée à faciliter l'emmanchure. M. PiETTE les avait signalées dans une couche du vieux gisement de Brassempouy (Landes) ». Le foyer F offre un lot de lames à coches multiples : « Les coches ont à peu près la même grandeur, mais il y a quelques pièces de transition vers les lames partiellement creusées de l'aurignacien ». (Cf. Pair-non-Pair). « La concordance archéologique et stratigraphique est parfaite, et fournit une base solide pour la détermination de l'âge des assises de la grotte des Enfants ». Enfin, les foyers C, B, A reproduisent à peu près tous les types déjà décrits :
Les Religions de la Préhistoiie. ><
102 ir.S SÉPULTURES
La question d'authenticité, tranchée pour ces nouveaux squelettes, l'était aussi pour les squelettes découverts jadis par
lames à coclies, lames de la Gravette, lames à gibbosité, burins busqués sur bout de lame. Ainsi, du haut en bas du dépôt l'intlustrie est homogène ; elle est nettement aurignacienne à partir du foyer K. Et comme les foyers étaient intacts, il faut conclure que les sépultures sont de la même époque, d'autant plus que le mobilier funéraire des sépultures est du même type que le mobilier des foyers. Les autres grottes (Caoillon, Barnui Gnmde, Baousso da Torre), n'ont pas été l'objet de fouilles aussi méthodiques. Mais fort heureusement, plusieurs des squelettes qu'elles renfermaient portaient, si Ion peut dire, leur signature aurignacienne. Il suffit de rappeler que 1" l'homme du Cavillon avait le front bandé par une épingle à tête, du modèle aurignacien; 2° les silex accompagnant la triple sépulture de la Bnrma Grande étaient aurignaciens ; 3° le squelette inférieur de Bdoiisso du Torre portait entre le bras gauche et la cage thoracique, une pointe à base fendue du type d'Aurignac. Devant ces constatations positives, les hypothèses anciennement émises par les préhistoriens sur l'âge des sépultures de Grimaldi ne peuvent plus être maintenues. Il serait superflu de les discuter. Rappelons simplement que les trouvailles d'objets néolithiques ne sauraient en rien ébranler les conclusions de M. de Villeneuve et de ses collaborateurs. A supposer que ces objets aient été découverts in situ — et cela n'est, pas sûr, — ■ ce n'est pas la première fois qu'un dépôt paléolithique est surmonté d'un niveau néolithique. De là à conclure, comme le faisait M. G. de Mortillet, que les néolithiques avaient creusé le dépôt paléolithique pour y enfouir leurs morts (à plus de 7 mètres de profondeur), il y a loin. (Cf. Grottes de Grimialdi, t. I, fasc. I, pp. 16, 20-21, 28-29 : t: II, fasc. i, pp. 3-20). Point davantage on ne saurait faire état, en faveur de l'âge néolithique, du poinçon en os qui barrait le front de l'homme du Cavillon. D'autres exemplaires de ce poinçon ont été exhumés au Cap-Roux de Reaulieu, au Trou- Magrite, à Goyet, à Spy, à Cro-Magnon, à Gorge-d'Enfer : stations qui toutes se rattachent, par leur position stratigraphique, à l'horizon aurignacien. (Cf. ib., t. II, /a.sc. ii, pp. 283-284). On n'est pas plus heureux lorsqu'on invoque, pour dater nos sépultures, la ressemblance des pointes à gibbosité (cf. supra), avec les pointes à cran solutréennes, ou la similitude apparente des pointes en os, à fente basilaire. avec les pointes à base fourchue de l'époque magdalénienne. Ces rapprochements sont démentis par letude attentive des pièces archéologiques qui, bien loin d'autoriser la confusion des niveaux, servent précisément à les caractériser et à les distinguer les uns des autres. Tout au plus pourrait-on supposer que certaines sépultures de la Bnrma Grande, sans sortir des limites de l'âge paléolithique, sont un peu plus récentes que les sépultures du Cavillon et des Enfants. Mais l'aurignacien à son tour, couvre une longue période, durant laquelle l'indusirie a pu s'améliorer et réaliser quelques sérieux progrès : l'évolution de l'art pariétal en est, à elle seule, une preuve très frappante.
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M. Uivière et par M. Abbo, à cause de la similitude des industries cl des rites d'ensevelissoineid. C'était donc, au total, seize scpulliires ^^ qui icintégraicnt. de plein droil, l'âge qualer- (wiire. belles nllaieiil l'ouinir une hase sérieuse de comparaison il Icliide des liouvailles faites sur d'autres points de l'iiurope.
•27. En voici le tableau, d'après Uva. heli.ih:, op. cit., p. 290. J'ajoule, loisipi il y a lieu, l'indication du foyer archéologique qui a livré la M'IMillure.
Grotte des Entants
Grotte du Cavillon
Barma Grande
Baousso da Torre
Sépulture n" 1 (1872- 18 78) : un
fà
squelette d'adulte.
SrpiiKiiro II» 1.
sépulture uni-
Sépulture 11° 2
1S74 (deux sque-
(}ue, 1872 (sque-
(187H): un sque-
lettes (lenfiints).
lette d'adulte).
lette.
Foyer C
Sépulture n"» H
(1875): un sque-
lette.
Sépulture u" 1
-si
(1«S4) : un 8<iue-
Ictte.
Sépultui'e n° 2
(1892): trois sfjue-
lettes. un homme.
une femme et un
«fe '
adolescent.
Sépulture n" '6
(1894): un sque-
lette.
Sépulture n" 4
Dec
(1894): un sque-
lette («rbonisé.
Sépulture n° 2
(lîtOl) : nquelette
de femme.
Foyer B
Sépulture n° 3
(1901): squelette
masculin.
ou.
Foyer H
Sépultun; n» 4
(1901): deux sque-
lettes négroïde».
un adolescent et
une vieille femme.
Foyer I
164 t.ES SÉPULTURES
Car depuis 1883 l'archéologie n'a point chômé ^^ En 1885, on exhumait les deux hommes de S.py (Belgique, niveau moustérien) ; en 1888, l'homme de Raymonden ou de Chancelade (Dordogne, niveau magdalénien lig. 111, p. 221) : en 1891, l'homme de Briinn (Moravie, niveau solutréen) ; en 1894, l'homme des Hoteaux (Ain, niveau magdalénien) ; vers 1903, la sépulture de Predmost avec ses quatorze squelettes (Autriche, niveau solutréen) ; en 1907, l'homme du Moustier (Dordogne,
Fig. 90. — Fragment de la fresque de Covalanas. Une horde de biches, surprises par des chasseurs, tournent vers le danger une tête inquiète. L'attitude de la biche de droite est particulièrement bien observée. Au point de vue technique, ces images se rattachent à la seconde phase {àç^?,^\x\% modelés ou ponctués). (D'après Breuil, Grottes caniabrigues, p. 17).
niveau moustérien) ; en 1908, l'homme de la Chapelle-aux- Saints (Corrèze, niveau moustérien) ; en 1909 et 1910, les quatre squelettes de la Ferrassie, dont deux d'adultes et deux d'enfants (Dordogne, niveaux moustérien et aurignacien) ; en 1910, l'homme de Combe-Capelle (Dordogne, niveau solutréen) ; en 1913, l'homme de Neu-Essing (Bavière, niveau solutréen). Nous nous abstenons d'introduire dans cette nomenclature le
28. Pour la bibliographie, nous renvoyons le lecteur au ch. I, où nous avons retracé l'histoire des découvertes anthropologiques anciennes et récentes (Cf. supra, p. 38 et suiv.).