PÉR. GLACIAIRE
Poxt-cflacht'n-e
2= EXTENSION PRIN- CIPALE en Amérique
L EPOQUE GLACIAIRE
wilrniicii prend le nom de l'OSTGLAtiAini:. Mais luvenir dira si ce posiglaciaire, auquel apparfienl l'iiistoire de l'iuinianilé actuelle, n'est pas, lui aussi, une période inlerglaciaire.
J'^l niainlenant nous sommes en mesure d'apprendre par quelle méthode l'existence de l'homme quaternaire a pu être établie. Pour la clarté de l'exposition, il nous faut anticiper quelque peu sur le sujet du prochain chapitre. On considérera don(^ provisoirement comme démontré (jue, dans l'Europe occidentale et centrale, la civilisation paléolithique se partage en trois
Fig. 7. - Squelette d'ouRS DES CAVERNES. {Ursus spelaeus.) Restitution de M. M. A. Gaudry et M, BouLE.
périodes successives : le paléolithique inférieur, caractérisé par les industries de Chelles (chelléen/ et de Saint-Acheul (acheulée.n) ; le paléolithique moyen, caractérisé par le type industriel du Moustier (mouslérien) ; et le paléolithique supérieur, ou Age du Renne, avec ses trois subdivisions principales : ïaurignacien (type industriel d'Aurignac) ; le solutréen, (type de Solutré) ; le mafidalénien (type de la Madelaine). Et si l'on n'a pas introduit, dès le début de ce travail, la description de ces différentes étapes de la civili.sation quaternaire, c'est que, même si l'on avait démontré leur succession dans le temps, la date qui leur revient dans l'histoire du monde ne sauiait être fixée, en dernière analyse, que par la géologie. El voici la marche à suivre.
14 l'habitat et les races
Il est évident que l'homme pléistocène, s'il a existé, n'a point fixé ses demeures au milieu des glaciers. L'habitat eût été par trop instable. Mais il a fort bien pu camper sur des sols qui, avant lui ou après lui, furent occupés par des glaciers ou soumis à l'action directe des phénomènes glaciaires. Plusieurs cas peuvent se présenter.
Si, par exemple, une station humaine fut installée sur un terrain géologique issu de l'invasion wûrmienne, on conclura que cette station est postglaciaire. C'est le cas de la station magdalénienne du Schweizerbild en Suisse Hig. 15, page 33). M. Boule a démontré qu'elle reposait sur les cailloux roulés de la dernière période glaciaire^*. Par un argument semblable, M. Obermaier prouve que l'aurignacien, lui aussi, est postglaoiaire^^. Il existe en effet, dans la Drôme, une station aurignacienne située à quinze kilomètres en arrière des moraines wùrmiennes et qui n'a pu être occupée qu'après le retrait de cette
24. Marcellin Boule. La station qualernairc du Schœcizershild près de Schaffouse (Suisse) ei les fouilles du D^ Ni'iesch, 26 pp, in-8°, 19 figures, 4 pla,nches phototypies. (Extrait des Nouvelles archives des Missions scientifiques et littéraires. Paris, 1893). La station du Schweizersbild est située au nord de Schaffouse, sur la rive droite du Rhin. Les parois rocheuses qui l'abritent forment surplomb (abri sous roche). M. Cartailhac (Anthropologie, t. IV, p. 101); résume en ces termes la partie du travail de M. Boule qui nous intéresse ici: « Schaffouse et ses environs immédiats, ont été recouverts par le glacier du Rhin lors de sa troisième extension. Effectivement, toute la vallée d'Herblingen, qui domine le Schweizersbild, est encombrée d'alluvions glaciaires et de véritables moraines. Celles-ci s'observent jusqu'au, plateau de la station préhistorique ; les alluvions de ce plateau sont le produit de remaniement de ces moraines ; le dépôt des cailloux roulés est l'œuvre des phénomènes d'érosion qui ont achevé de donner à la topographie ses traits essentiels. Les couches de la station préhistorique du Sch'weizersbild reposant sur les cailloux roulés sont nett(;ment. postérieures à la dernière époque glaciaire ». Plus tard, le p"" Stf.inmann, de Fri bourg, a contesté l'âge post-glaciaire du Schweizersbild. Son opinion n'a pas été suivie. M. Penck lui-même, nous le dirons plus loin, a fini par se rallier à l'interprétation proposée par M. Boule. (Cf. Anthropologie, t. VI, p. 1S6-1S7 ; t. VIII, p. .346). Les conclusions tirées de l'étude géologique du Schweizersbild valent également pour îa célèbre station magdalénienne de Thayngen, située à quelques Kilomètres dans le voisinage.
25. Station de Vercors, près du tunnel de Bobache (Drôme). Cf. H. Obermaier. Les formations glaciaires des Alpes, in Anthropologie, t XX, p. 509.
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invasion. Et comme le solutréen s'intercale toujours entre l'aurignacien et le magdalénien, il s'en suit, qu'au moins dans les Alpes, tout le paléolilhdqùe supérieur s'est développé après le retrait définitif des glaces.
Fig. 8. — Squelette de Renne. ( Rangifer tarandus.) Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Une autre conjoncture peut se produire. Une station se retrouve intacte dans un terrain jadis recouvert ou encerclé par le glacier wiirmien. Dans ce cas, la station est manifestement antérieure à l'invasion des glaces. Les primitifs, menacés par le fléau, ont émigré. Ainsi en advint-il aux moustériens qui habitaient la grotte de Wildkirchli ^* dans les Alpes. Heureux
26. Il eociste, au sujet de la grotte de Wildkirchli, deux interpréta-
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événement, puisqu'il permet d'établir que le paléolithique moyen est contemporain de la dernière glaciation.
Il peut arriver aussi que les vestiges d'une industrie humaine soient connexes à des formations géologiques construites par le glacier rissien. Et dans ce cas, ces vestiges ont dû être déposés après cette invasion elle-même. C'est le cas du silex de Conliège-', célèbre dans les annales de la Préhistoire. Il fut délions possibles. Cette grotte est située en Suisse, sur le Saniis (vers&nt oriental de l'Ebenalp), à l'altitude 1487-1500 mètres. Elle a été fouillée, à partir de l'hiver 1903 1904, par le p'' Emile BacHLEK. (Die praehistorische Knîturakielle in der Wildkirchli-Ebenalphôhle, Sàntisgebirge^ — Si Gall. 1907). Or, « Buchler rapporte, d'après Heim, quei la grotte de Wildkirchli, même à l'époque de la plus grande extension wûrmienne, était restée nettement au-dessus de la surface du glacier s'échappant du Sântis et que l'Ebenalp qui se trouve au-dessus de la grotte se dressait comme nunatak, au-dessus des masses glaciaires ». Lors du maximum de l'invasion wiirmienne, la grotte n'en fut pas moins « garnie de glace et ensevelie sous la neige » (cf. Obermaier, art. cit., pp. 512-513). On peut donc admettre que la grotlte fut, ou délaissée aux approches de la glaciation wurmienne, ou qu'elle fut occupée seulement après le reiraiî de cette glaciation. M. BâcHLER déclare luimême qu' « u;ne occupation de la grotte de Wildkirchli durant une période interglaciaire (Riss-Wurm) est bien possible )>. M. Obermaier, rendant compte de l'ouvrage de BâcHLER sur les fouilles (cf. Anthropologie, t. XIX, pp. 97-98), pense «ue la station est postglaciaire. La grotte, dit-il ailleurs (Ibid., t. XX, p. 513), « était certainement accessible, longtemps encore, vers la fin de la troisième période glaciaire (système de Penck), et elle le fut de nouveau après le maximum de l'époque wtirmienne ». Quelle que soit l'opinion adoptée, le moustérien, au Wildkirchli, est en connexion étroite avec la période wurmienne.
27. Marcellin Boule. Observation sur un silex taillé du Jura et sur la chronologie de M. Penck, Anthropologie, t. XIX, pp. 1-13. Voici les passages essentiels de cet article: « Il n'est pas douteux... que le silex de Conliège ne fît primitivement partie de la <t groize », c'està-dire d'une formation superficielle subaérienne, plus ou moins analogue aux limons de Bohan. Or, d'après un géologue qui connaît parfaitement la région, M. Piroutet, quand la « groize » et les formations glaciaires sont en contact, la première recouvre toujours les secondes ». Ainsi donc la « groize » de Conliège est tout à la fois liée et postérieure à une formation glaciaire. Mais quel est l'âge de cette formation glaciaire ? Elle est considérée par M. Penck « comme se rapportant à sa période rissienne ». D'après une carte dressée par le géologue allemand « Lons-le-Saulnier serait à l'intérieur de la glaciation rissienne., mais tout près de cette limite. Or le point où M. Lebrun (auteur de la découverte), a recueilli le silex taillé de facture chelléenne ou acheuléenne, se trouve à 6 kilomètres à l'est de Lons-le-
L KPOyUi: GLALiAllJI
couvert dans un limon en rapport avec la seconde extension i^laciaire. Et comme ce silex appaitient au type actieuléen, on
Fig. 9 — Race fossile de Néandkrthal. (Crâne de l'Homme de la Chapelleaux- Saints, vu d'en haut, de face et de profil.) D'après les photographies de M. M. Houle {A n^/itopo/o£7e, t. XIX, pp. 520, 521, 522).
en conchil que le paléolithique inférieur est plus récent que la seconde période glaciaire.
Saulnier et à 33 Kilom. à vol d'oiseau de Lamaud, localité où d'aprè.s M. GiRARDOT, naturaliste connaissant parfaitement la région, on observe les moraines les plus externes ». Ainsi donc le silex de Conliège, trouve à l'intérieur des moraines rissiennes, et se réclamant d'une formation superposée au rissien, est lui-même post-rlssien.
Religions de la Prthi>toire.
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Enfin, il aurait pu se faire qu'un silex taillé fût en connexion avec des formations plus vieilles encore. Or, jamais ce cas n'a été constaté. Jamais, jusqu'à ce jour, aucune trace humaine ne s'est révélée dans les alluvions ou sur les moraines du glaciaire mindélien. D'où il semble résulter que l'apparition de l'homme, dans nos régions européennes, ne saurait remonter au delà de la seconde période interglaciaire -^ L'homme n'a pas vécu, chez nous, à l'âge tertiaire. Il n'a pas été le témoin de la gigantesque extension rissienne. La préhistoire paléolithique s'étend tout entière sur deux versants, dont le premier s'achemine vers l'ultime épisode glaciaire, et le second redescend vers nous après le recul définitif des glaces. Ce rajeunissement relatif vaut la peine d'être signalé.
Et pourtant, si ces résultats avaient été obtenus par l'application exclusive de la méthode géologique, on aurait le droit de soulever encore certains doutes ^^ S'il ne s'agissait que de situer l'Age du Renne dans la chronologie relative du Quaternaire, on serait satisfait. Les stations dont nous avons parlé sont assez explicites et leur industrie est trop spéciale pour que les conclusions qu'on en tire ne soient pas applicables aux stations — même non datées géologiquement — qui ont livré les mêmes séries d'objets manuels. Encore serions-nous heureux de fortifier notre créance, la base de l'induction demeurant assez étroite.
Mais la difficulté s'accentue, si l'on se flatte de déterminer, avec quelques rares instruments découverts dans un coin des Alpes, l'âge de deux ou trois civilisations qui comptent en
28. Nous renvoyons la question des Eolithes et du préchelléen au chapitre suivant.
29. On ne veut nullement méconnaître, dans les lignes qui vont suivre, les résultats acquis, d'ores et déjà, à la Géologie, avant les découvertes ci-dessus mentionnées, mais simplement rappeler, à Taide de quelques exemples choisis même parmi les plus démonstratifs dans leur ordre, que les contacts directs de l'industrie humaine avec des formations géologiques indiscutables, étant peu nombreux, la Géologie, par ses seuls moyens, n'aboutirait pas à dater, sans conteste, l'âge relatif des phases de l'industrie quaternaire. Pour généraliser ces conclusions sporadiques, il faut à la Géologie un « multiplicateur » Et ce multiplicateur, c'est la Paléontologie.
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France, en Europe et peut-être dans le monde entier, plusieurs milliers de stations. Sans doute, le silex de Conliègc est postrissien. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. De plus,
Fig. lo. — Race fossile de Grimaldi. (Crâne du jeune négroïde de la Grotte des Enfants, vu de face, d'en haut et de profil.) D'après les photographies publiées par M. R. Verneau, dans Les Grottes de Grimaldi^ t. II, pi. IV.
ce silex est acheuléen ; or, lacheuléen est précédé par le chelléen. Et qui nous empêche de penser que celte humanité chelléenne ne plonge pas de profondes racines dans un passé antérieur au rissien ? Sans doute aussi, les troglodytes de Wildkirchli sont contemporains de la dernière glaciation. Mais
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qui nous prouve que ces moustériens ne sont pas les survivants attardés d'une civilisation déjà très vieille ? Les fouilles ne livrent-elles pas souvent les types industriels du Moustier, associés aux types industriels de Saint-Acheul ? Et puis, il y a autre chose. Les stations situées dans le voisinage des glaciers sont plutôt rares. Comment dater, par la géologie, les centaines de campements établis en territoire extra-glaciaire ?
Il est vrai que les terrains ou grottes qui contiennent les restes de ces campements n'ont pas été soustraits à l'influence des phénomènes glaciaires. M. Boule a bien montré qu'à chaque nouvelle invasion des glaces correspond une élévation du niveau des mers, et qu'à chaque période de ce recul, correspond un abaissement de ce niveau. Il a bien montré aussi que l'abaissement de ce niveau de base entraîne, pour toutes les rivières, pour tous les fleuves qui descendent vers la mer, des phénomènes de ruissellement et d'érosion intenses, de telle sorte que le creusement des terrasses fluviatiles et celui des terrasses glaciaires seraient parallèles et simultanés ^°. Mais s'il est parfois
30. Ce parallélisme des phénomènes glaciaires, des transgressions marines et du creusement des vallées a été mis en lumièi-e par M. Boule dans une magistrale étude entreprise à propos des fouilles de Grimaldi (Les Grottes de Grimaldi (Baoussé-Roussé), t. I, Fascicule II, Deuxième section : Paléogéographie, ch. i^"", Formations marines aux Baoussé- Roussé ; ch. II, Les Rivages méditerranéens aux tem-ps Quaternaires). Dans la partie de ce travail, réservée aux conclusions générales, M. Boule commence par établir la relation qui existe entre les glaciations et les transgressions mannes. Cette relation est de telle sorte que, à chaque mouvement positif (élévation du niveau) de la mer, correspond une recrudescence de l'activité irlaciaipe, tandis qu'à chaque mouvement négatif (abaissement du niveau), correspond une période die recul des glaces. Ouant à la formation des vallées, voici comment s'exprime l'éminent professeur du Muséum . « On admet généralement que les phases interglaciaires correspondent à des périodes de creusement des vallées et les ptiases glaciaires à des périodes de remblaiement. Or, M. LE Lapparent, (Traité de Géologie, 5® éd., p. 1721). a déjà montré que le phénomène des terrasses alluviales ne saurait être regardé comme une conséquence exclusive du régime glaciaire, puisqu'il se présente dans une foule de vallées qui n'ont jamais été soumises à ce régime. Il est donc nécessaire de faire intenenir des changements de pente des cours d'eau, changements dont la cause la plus simple doit se trouver dans la variation du niveau de base. Les périodes de remblaiement correspondraient donc à des périodes de submersion, c'est-à-dire à des mouvements positifs, tandis que les périodes de creusement impliqueraient des mouvements négatifs »
L EPOyii: riLACiAiHi:
difficile de rattacher une terrasse glaciaire au système dont elle dépend, combien plus difficile sera-t-il de synchroniser, avec
Fig. II. — Race fossile de Cro-Magnon. (Crâne de l'Homme exhumé du foyer H de la Grotte des Enfants, à Grimaldi, vu de face, d'en haut et de profil.) D'après les photographies publiées par M. R. Verneau, dans I^s Grottes de Grimaldi, X. II, pi. III.
les périodes iiUerglaciaires. les étages successifs des vallées creusées par la Seine ou par la Somme, et par conséquent.
{op cit., p. 155). Ainsi donc, ce sont les mouvements maritimes qui font le trait dunion entre les formai ions glaciaires et les vallées extraglaciaires. ].c niveau de la mer s'élé\o t il ? l/;s glaciers se forment,
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d'établir un lien géologique entre les industries que ces différentes terrasses peuvent receler de part et d'autre.
La géologie, abandonnée à ses propres ressources, ne serait pas venue à bout de ces difTicultés, si elle ne pouvait compter sur les services d'une auxiliaire précieuse : la paléontologie, science des faunes et des flores fossiles.
Nous n'ignorons pas le cercle vicieux où l'on prétend parfois enfermer ces deux compagnes inséparables. La géologie, à bout d'arguments, renvoie, dit-on, à la paléontologie. Celle-ci, mise au pied du mur, déclare ne rien prouver en dehors de la géologie •''\ Ce reproche ne paraît fondé, ni en général, ni sur le domaine de la Préhistoire quaternaire. C'est à la géologie
le niveau de base des rivières se relève, la pente des thalwegs est moins prononcée, les phénomènes d'érosion se ralentissent et le remblaiement se produit. Le ni^ eau de la mer s'abaisse-t-il ? L'extension glaciaire est enrayée, la fonte des glaces déchaîne des torrents, la rapidité des rivières est augmentée par l'abaissement du niveau de base, et les phénomènes d'érosion s'intensifient. Néanmoins, si cette concordance est, en soi, fondée, le discernement des phénomènes parallèles, à la même époque, demeure souvent difficile aux géologues, en dehors de toute indication faunique. C'est parce que les terrasses marines de Tanger (Maroc), contenaient une molaire d'Elephas cntiquiti^ (op. cit., p. 141), qu'on a pu les paralléliser avec le plancher de la Grotte du Prince, à Grimaldi. Mais c'est aussi parce que les terrasses supérieures des vallées de Tisser (Algérie), de la Moselle, du Rhin et du Rhône, étaient dépourvues de faunes que M. de Lamothe (Gf. Anthropologie, t. XIII, p. 736-737), assigne au Pliocène supérieur des dépôts que M. Boule, avec raison d'ailleurs, attribue au pléistocène inférieur.
31. Voir à ce sujet la brillante dissertation de M. le chanoine Brettes dans L'homme et VUniners, Tome III, p. 394 et suiv. Critique des époques géologiques. Cette charge à fond, discutable dans Tensemble, comporte néanmoins une part de vérité. La paléontologie sort de son rôle lorsqu'elle prétend organiser la succession chronologique des espèces d'après le principe de l'évolution constamment progressive, et imposer ensuite cet ordre à la succession des terrains. C'était la méthode préconisée par M. Albert Gaudry. Elle a le grave inconvénient de porter atteinte à l'autononiie de la science géologique. Et qu'adviendrait-il, si la succession réelle des stratifications géologiques accusait une discordance avec la succession des faunes décrétée à priori par la Paléontologie ? Et comment la géologie garderait-elle la liberté de constater cette discordance si elle est dominée d'avance par le postulat de la paléontologie évolutionniste '? Mais, — et M. le ch. Brettes aurait pu s'en souvenir, — tous les géologues ne partagent pas les idées de M. A. Gaudry sur ce rôle quasi-exclusif de la paléontologie.
l'époque glaciaire 23
qiiincombe la tâche de daler l'appurilion d'un organisme vivant. Seule elle le peut, parce que seule elle constate l'ordre de succession des terrains, et par conséquent l'ordre de succession des espèces ensevelies dans ces terrains. Mais s'il advient qu'un terrain ne soit plus en place, la i>résence de telle ou telle espèce animale ou végétale, déjà connue par la stratification régulière, permet de réintégrer la strate aberrante dans la série géologique. Alors, c'est la paléontologie qui date le terrain. Il n'y a là, on le voit, aucun cercle vicieux.
A l'époque quaternaire, le critère paléontologique acquiert un nouveau degré de précision, et voici pourquoi. A la fin de
Fig. 12. — Le Pithécanthrope de Java. (Piihecanthrvpus erectus.) Calotte crânienne et molaire. (Cf. Dechelettk, Manuel, p. 274).
l'Age tertiaire, l'Europe était soumise à un climat chaud. Ce climat, peu à peu, s'est refroidi : le retour périodique des glaciers en témoigne. Ce refroidissement n'a pas été brusque. Il a été progressif. Toutefois, la résistance du climat chaud fut telle, que le climat glaciaire ne fit sentir toutes ses rigueurs que longtemps après le passage de la vague rissienne et aux approches de la vague wùrmienne ^^. A partir de ce moment, la
32. Cette conclusion nous parait s'imposer, du moment que l'on rejette (voir plus loin, pp. 29-30, n» 39, 2») l'hypothèse du retour périodique et alternant des faunes chaudes et froides, entre deux glaciations. Si en effet le climat glaciaire avait été généralisé en Europe dès les premières invasions (GOntz ou Mindel), des espèces caractéristiques de la faune froide auraient dû apparaître au cours de la période interglaciaire Mindel-Riss. Or c'est seulement à la fin de l'interglaciaire Riss-Wûrm que la faune froide révèle son existence en Europe. C'est
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transformation s'accélère, comme si la force calorique, usée par les coups qu'elle avait reçus, eût cédé au dernier assaut d'un adversaire plus fort. Ce qui le prouve, c'est précisément la place occupée par les espèces animales dans les terrains de l'Age quaternaire.
Ici, deux principes interviennent, qui dominent la question. En premier lieu, la variation des faunes est liée à la variation du climat. Ce dernier vient-il à se refroidir, les espèces organisées pour vivre sous une température chaude s'éteignent ou s'en vont, tandis que les espèces, organisées pour affronter les froids les plus rigoureux surgissent et se substituent à leurs devancières. Le discernement de ces deux faunes, chaude et froide, est facilité par l'usage d'un second principe, que le paléontologue Nehring formule en ces termes : « Les espèces qui, actuellement, caractérisent certaines régions de la surface de la terre (et leur climat spécial) peuvent aussi, dans les époques passées, être considérées comme caractéristiques des régions correspondantes, (et pour un climat analogue), dans les contrées oVi on les rencontre à 1 état fossile ^^ ».
Avec ces deux règles ^*, on reconnaît que la substitution des faunes froides aux faunes chaudes s'est accomplie en trois étapes.
donc que, jusqu'à cette époque, le climat européen n'avait pas été suffisamment refroidi pour favoriser le développement de la faune arctique.
33. Cité par Nils Olof Holst-: Les commencements et la fin de la période glaciaire. (Anthropologie, t. XXIV, p. 367 j. A noter que M. Nils Olof Holst est actuellement l'un des rares savants qui n'admettent pas la pluralité des périodes glaciaires.
34. Règles qu'il convient d'ailleurs de ne pas appliquer avec exclusivisme. La répartition des faunes quaternaires en trois catégiories n'est pas aussi tranchée que les sèches nomenclatures sembleraient le suggérer. — Parmr les nombreux ouvrages relatifs à la faune pléistocène nous signalerons les suivants : Annales de Paléontologie, publiées sous la direction de iVIarcellin Boule, Paris, 1906 et suiv. ; Du même auteur : Les Grottes de Grimaldi, t. I, fasc. m (Géologie et Paléontologie, troisième section, Paléontologie), p. 157 et suiv. ; spécialement pour la faune de l'Age du Renne, cf. Emil Beyer, Zur Verbreitnng der Tierformen der arktischen Région in Europa wàhrend der Diluvialzeif ; et Nehring, Die Kleineren WïMerlhiere vom Schweizersbild bel Schaffaasen. Zurich, 1895. Une vue d'ensemble a été donnée, pour cette même période par James Geikie. : The tiindras and steppes of prehisîoric Europe,: Dublin, 1898.
L EPOOUE GLACIAlHi:
C'est, toiil H'ul)«)i-d, le règne des espèees adaptées aux températures élevées : l'Eléphant antique, le Rhinocéros de Merck. ÏFAaHmollicrlum (variété du Rliinocéros, d'après Gaudry), I Hippopotame, le Machairodus (sorte de lion), le Daim de la Somme, le Chevreuil, et un tout petit coquillage qui a su attirer
Ji
Fig. 13. - Pieinier exemple de stratigraphie. Coupe des alluvions de Saint- ACHEUL (Somme) : l'industrie acheuléenne (couche D) est superposée à l'industrie chelléenne (couche F), avec intercalation de couches stériles E). (D'après V. Commont, Anthropologie^ t. XIX, p. 534).
sur lui lattenlion des savants : le corbicula fluminaris ^^ Hig. 3, page 7). On le découvre dans les anciennes alluvions des fleuves de l'Angleterre, de IWIIemagne, de certaines régions de la Sibérie. A l'heure qu'il est, cet intéressant et frileu.x mollusque vit retiré en Egypte, en Syrie, au Turkestan, au Cachemire. Cela
Cf. Nus Oi.oF Hoî.sT. art. cil., p. 35»)-357.
2iy l'habitat et les races
montre qu'autrefois, l'Europe jouissait d'un climat semblable à celui de l'Afrique et de l'Asie méridionale. Et l'on conçoit, d'autre part, que les Hippopotames, habitués à s'ébrouer dans l'eau tiède des étangs, aient trouvé leur habitat inconfortable lorsque nos fleuves se mirent à charrier des glaçons. Les éléphants et les rhinocéros, mal défendus par leur peau glabre contre les rigueurs du froid, ne furent pas mieux favorisés. Et tous ces animaux finirent par succomber.
Mais déjà l'avancée des glaces chassait devant elle une faune arctique. Parmi les représentants de cette faune, deux espèces, aux formes puissantes, se distinguent : le Mammouth Hig. 4, page 9) et le Rhinocéros à narines cloisonnées Hig. 6, page 11). Ces deux pachydermes peuvent lutter contre le froid humide qui sévit alors. Leur corps, au lieu d'être glabre comme celui de leurs congénères de jadis, est revêtu d'une superbe toison laineuse. Sur les parois des cavernes Hig. 5, page 9), le mammouth, tracé par la main sûre des troglodytes, apparaît souvent : presque toujours il est figuré avec sa copieuse fourrure. Autour de ces deux animaux typiques, d'autres se groupent ; l'ours des cavernes Hig. 7, page 13), le grand Chat ou Lion des cavernes Hig. 58, page 93) ; le Léopard, l'Elan ; le Bouquetin, ami des rochers escarpés, au voisinage des neiges et des glaciers.
Enfin, le climat se refroidissant de plus en plus, voici venir * la faune des toundras et des steppes. A ce moment, l'Europe presque entière offre l'aspect des continents voisins du pôle (»u des hauts plateaux asiatiques. Ici les toundras, avec leurs vastes étendues couvertes de mousses et de lichens, sans arbres, sauf de rares bouquets de saules et de bouleaux rabougris. Ailleurs c'est la steppe, un peu moins désolée, avec ses prairies et ses rivières que bordent les pins, les mélèzes, les chênes, les tilleuls, les pommiers sauvages. La faune répond aux exigences du climat : le Renne {fig. 8, page 15), qui aujourd'hui ne descend guère au-dessous du 52^ parallèle ; le Glouton, qui suit à la trace les Rennes dont il fait sa proie : le Bœuf musqué, habitué aux glaces permanentes, le Bison, le Cheval ; l'Izard et le Chamois dans les régions montagneuses : le Renard arctique, hôte actuel du Spitzburg ; puis la foule grouillante des petits mammifères : le Hamster, la Martre, le Loir, le Lérot, l'Ecureuil, plusieurs variétés de Lemmings.
Telles furent, dans l'ensemble, les vicissitudes de la faune quaternaire. La succession est régulière et ne présente point de
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solutions de continuité. En vain a-l-on voulu introduire une nouvelle hypothèse, d'après laquelle les espèces de chaque pfioupe seraient revenues périodiquënienl, après le recul de ( haque invasion glaciaire '^ : « Une pareille alternance, déclare AI. Boule, n'a jamais été constatée. En France, où les gisements de mammifères pléistocènes se comptent par milliers et -(ml les plus riches, la succession est invariablement, inlassablement la même : faunes pliocènes, faune pléistocène chaude, faune pléistocène froide, faune du Renne''. »
Mais cette première observation ne suffit pas. Il s'agit de -avoir si ces faunes sont en rapport avec des formations géo- If »gi(jues déjà identifiées. Or, elles le sont. Lorsque des terrains, renfermant des débris de fo.ssiles, peuvent être rattachés à des formations glaciaires, la faune des steppes, ou du Renne, est postglaciaire ; la faune froide, ou du Mammouth, est contemporaine de la dernière glaciation ; la faune chaude, ou de I Hippopotame, est interglaciaire, c'est-à-dire postérieure à linvasion rissienne. Ces constatations, maintes fois répétées, acquièrent la valeur d'une loi. Et cette loi permet de fixer l'époque des terrains exlraglaciaires : terrasses fluviatiles de la Somme, dépôts des grottes, plages marines, etc. La faune est comme la pièce d'identité qui, signée par le terrain géologique, restitue aux stratifications anonymes leur état civil ; elle est l'unité monétaire qui favorise les échanges entre tous les gisements d'une même époque.
Mais cette pièce d'identité, valable pour les terrains, l'est aussi pour les vestiges humains, ossements et industries, qu'ils contiennent. Le critère géologique, affiné et surtout universalisé par la paléontologie, révèle l'ordre des grandes étapes de la civilisation quaternaire. Dans les foyers allumés jadis, au temps des glaces, par les Paléolithiques, les débris des faunes, mêlés aux reliques des hommes, assignent à ces derniers une date précise. T.eur âge est celui des espèces animales avec lesquelles ils se trouvent associés. A user de cette méthode, non seulement nous ne sommes pas obligés de modifier nos premières conclusions : nous les voyons acquérir un nouveau degré de précision
36. Hypothèse de Penck, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Cf. p. 29, note 39.
37. Boule, Grottes de Grimaldi, op. cit.. t. I, fasc. n, p. 101 102, et Anthropologie, t. XIX, p. Il
L HABITAT ET LES RACES
dans l'Europe occidentale et centrale, à des vestiges de la faune chaude ; l'industrie moustérienne s'associe régulièrement à la faune du Mammouth ; l'industrie de l'Age du Renne s'associe régulièrement à la faune des toundras et des steppes^*.
Il reste donc vrai que, dans nos contrées, l'homme n'est apparu qu'après la seconde période glaciaire ; que le paléolithique moyen est contemporain de la dernière glaciation ; et que toute la civilisation du Renne est postglaciaire.
38. Pour résumer les deux preuiières parties de ce chapitre, nous croyons utile de placer sous les yeux du lecteur le tableau suivant, emprunté à M. Boule. (Grottes de Grimaldi, op. cit., t. t, fasc. ir, p. 99). Il est classique, et il a été maintes fois reproduit.
Divisions
Phénomènes et formations
Animaux
géologiques
géologiques
caractéristiques
Industrie humaine
Alhivions récentes.
Espèces actuelles.
Période des métaux :
Tourbières. Climat
Animaux domes-
Age du fer.
voisin de l'actuel.
tiques.
Age du bronze.