‹ Les religions de la préhistoire, l'age paleolithiqueChapitre 80 sur 194 · I.l < L[/n: DIS MOKTS ET DES ANCÊTRES · texte numérisé non relu

I.l < L[/n: DIS MOKTS ET DES ANCÊTRES

nions divergentes sur le pouvoir bienfaisant ou nocif des âmes désincarnées, puisque le nombre des sépultures normales l'emporte sur celui des sépultures remaniées. Plusieurs points demeurent obscurs. Où se trouvait le pays des morts ? L'orientation des corps ne fournit à ce sujet aucune donnée utile, car elle n'est jamais fixe. Enfin nous ne savons pas, du moins par les sépultures, si l'homme quaternaire croyait à la rétribution des actes. Peut-être serons-nous plus heureux en inlen'ogeant, plus tard, une autre source.

Il reste, pour compléter ces brèves indications, à examiner un dernier problème, dont la solution intéresse la suite de nos recherches. L'homme quaternaire a-t-il professé le culte des moils? Ce mot « culte » doit être entendu ici au sens le plus rigoureux. Les soins dont on entoure la dépouille d'un défunt M'inq)li(|uent millement l'iintenlion de décerner à celui-ci les honneurs rendus à une divinité, même secondaire. Il y a culte, si le caractère divin est transféré aux âmes désincarnées. Certains rites traduisent la réalité de ce culte. En retrouve-t-on le>^ li'aces aux temps paléolithiques?

A serrer de plus près la question, le culte des morts présente, d'après son objet, deux formes distinctes. Il s'adresse tantôt à des ancêtres qui ont réellement vécu; tantôt à des personnages mythiques. A vrai dire, la ligne de démarcation, entre ces deux groupes d'ancêtres, est un peu floue. Une épaisse couche de mythologie recouvre parfois un personnage historique. Parfois aussi la mémoire d'un pei'sonnage réel est entourée d'une atmosphère de légendes. Il n'en reste pas moins que les deux types se pussent suffisamment discerner. Dans le premier cas il y a, strictement, culte des morts. Dans le second cas il y a ee que. pou?' la clarté de l'exposition nous appellerons culte des Ancêtres.

\i sur l'une, ni sur l'autre de ces deux formes cultuelles I archéologie n'autori.S(^ aucune induction directe. ïDlle fournit plu.sieurs indices que l'ethnographie peut utilement éclairer.

En faveur du culte adressé à des personnages réels, on invoquerait certaines appai'ences. Les abbés Bardon et Bouyssonnie, heureux explorateurs de la Chapelle-aux-Sainls, ont

noté « sur l'aire comprise entre le bord ouest de la fosse et la paroi..., une assez grande abondance de grands fragments d'os, des mâchoires, des vertèbres de Renne en connexion, une vertèbre de grand Bovidé et de très belles pièces de silex sous des blocaux de rochers ». D'où ils concluent : « Il semble que cette gT*otte a été non un lieu d'habitation, mais un tombeau où l'on serait venu faire de nombreux repas funérau^es. Il n'y a pas en effet de déchets de fabrication des outils de pierre, ni d'os utilisés ; les os ont été dépouillés de leur viande, brisés pour extraire la moelle et jetés pêle-mêle avec les râcloirs et pointes qui avaient servi d'instruments de cuisine. D'ailleurs, la voûte était bien trop basse pour que la grotte pût servir de demeure commode ^^ »

Si les moustériens ont célébré, à la Bouffia, des repas funéraires, n'est-ce pas la preuve qu'ils pratiquaient le culte des morts? Ce culte existe, nous dit M. E. Durkheim, lorsque « des sacrifices sont faits de temps en temps sur les tombeaux, quand des libations y sont versées à des dates plus ou moins rapprochées, quand des fêtes sont régulièrement célébrées en l'honneur du mort ^"" ». Il y a là une équivoque. Le repas funéraire est une chose. Le sacrifice en est une autre. A supposer que lesmoustériens aient pris des repas rituels sur la tombe de l'homme de la Chapelle-aux-Saints, il ne serait nullement établi qu'ils considéraient les morts comme des divinités même inférieures. Cette coutume n'est que la continuation du rite initial par lequel on pourvoit à la subsistance de l'esprit. L^ mort est censé prendre part au festin. Il renouvelle les provisions qui furent déposées auprès de lui au jour des funérailles. Et si l'on veut employer ici le terme de sacrifice il faut ajouter que ce sacrifice ne diffère pas de celui que l'on accomplissait lors de l'ensevelissement et qui n'a rien de commun avec le sacrifice offert à un dieu^".

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