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LE CULTE DES MORTS ET DES ANCÊTRES

parés n'étaient plus transportables. Ils furent inhumés à part. Pourquoi? On ne sait. Peut-être à cgiuse de la terreur qu'inspirent aux Primitifs les esprits des morts. L'un des moyens les plus efficaces de rendre les défunts inoffensifs n'est-il pas de les décapiter ? Une autre indication nous paraît digne d'être retenue. A l'époque azilienne, les crânes étaient orientés : n'estce point qu'alors les mythes relatifs au séjour des morts ^'" avaient été plus élaborés qu'aux époques antérieures?

Au Paléolithique, on ne relève donc point les traces positives d'un culte des morts. Ni les repas funéraires de la Bouffia, ni les amulettes de Grimaldi, ni les crânes d'Ofnet ne donnent prise à de sérieuses hypothèses. Mais qui sait si l'homme quaternaire n'a point professé le culte des ancêtres mythiques ? Le meilleur terme de comparaison nous est encore fourni par les Australiens. Il est préoieux, si les Australiens, plus qu'aucun autre peuple, se rapprochent, par leurs mœurs et coutumes, de la civilisation de la Pierre. Or, en Australie, le culte des ancêtres est assez développé "^ Voyons si l'archéologie ne va pas nous permettre d'établir des contacts entre le passé et le présent. Ces contacts seraient de deux sortes : les figures pariétales et les galets peints du Mas d'Azil.

109. Ces divers commentaires, très suggestifs, sont, proposés par l'abbé Breuil, dans l'article cité plus haut (Anthropologie, t. XX, p. 2()9, riiote. « M. le d' Schmidt voit dans cette orientation l'indice d'un culte solaire. Je serais personnellement incliné à rapprocher ce fait de l'idée qu'avaient les anciens Egyptiens du séjour des morts, VAmeni, rOccidcnt, la région où se dirigent les morts. M. E. Naville (Annales du Musée Guimet, la Religion des anciens Egyptiens, p. 111), nous dit aussi que dans l'Egypte primitive, le corps était démembré, en certains cas, aussitôt après la mort, et décapité, peut-être pour obliger le double à quitter la terre (p. 48, 49). » L'hypothèse de la décapitation a pris ur-e consistance plus ferme depuis que M. le comte Bégouen (Quelques observations sur la décapitation aux temps préhistoriques. Le Mans, 1912, Extrait du Bulletin de la Société préhistorique française), a pu démontrer, par un examen direct, et h la loupe, que le.s crânes avaient été détachés du tronc à coups de silex. Ce fait avait échappé à la perspicacité du D' Schmidt qui, très loyalement, reconnaît au combe Bégouen la priorité et le mérite de la découverte (D' Schmidt, Die Diluviale Vorzeit Deutschlands.. p. 37).

110. E. DuRKHEiM, op. cit., notamment, chap. ix, (pp. 391 et suiv.).

(( 11 y a des tribus australiennes où sont périodiquement célébrés des rites en l'honneur d'ancêtres fabuleux que la tradition place à l'origine des temps. Ces cérémonies consistent généralement en des sortes de représentations dramatiques où sont mimés les actes que les mythes attribuent à ces héros légendaires ^^\ » Ces représentations, à leur tour, s'accompagnent d'un rudiment de décor. Ainsi, chez les Warramunga, a sur la terre, préalablement détrempée et recouverte d'ocre rouge, on dessine des lignes courbes, formées par des séries de points blancs, qui symbolisent un ruisseau ou une montagne"^. » C'est le paysage figuré qui va servir de cadre aux évolutions du grand serpent noir, Wollunqua, encêtre de la tribu. Or sur les parois des grottes paléolithiques ^^^, on rencontre fréquemment des lignes sinueuses, des semis de points rouges, plus ou moins régulièrement distribués. Ne serait-ce point, là aussi, un décor rudimentaire, brossé pour une cérémonie d'ancêtre? ? Peut-être oui ; peut-être non. Mais, raisonnablement, est-on autorisé à faire sortir toute une religion de quelques lignes ou taches, de soi inintelhgibles, et qui, au surplus, ne sont ni blanches ni peintes sur le sol? Le contact est vraiment par trop superficiel.

Mais voici plus consistant. M. Piette a recueilli, dans les assises aziliennes du Mas d'Azil ^^*, une grande quantité de galets singuliers. Ils sont ornés de points, de bandes rouges unies ou plus ou moins baveuses, parallèles ou croisées {fiq. 116-1J8, p. 233). Ces pierres se retrouvent dans d'autres stations datées de la même époque ^^^. Or, chez les Australiens, il existe des objets assez semblables. Ce sont les churinga ou bulle-roares {fig. 119-121, p. 236), instruments sacrés entre tous, si bien cachés aux regards des profanes qu'il est interdit aux femmes et aux jeunes gens non initiés de les regarder, sous peine de mort. Parmi les caractères qui les désignent à la vénération des indigènes, les churinga ont celui de receler l'âme des ancêtres mythiques. Ou encore, d'après Strehlow, ils repré-,

m. M. ibid., p. 90.

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