‹ Les religions des peuples non-civilisésChapitre 2 sur 25 · CONSIDÉRATIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

Constitution géologique de la région. — Orientation géographique. — Intérêt supérieur de la religion polynésienne.

L'Océanie est tout un monde dont le caractère fondamental consiste en ceci qu'il est essentiellement insulaire. On y compte sans doute de très grandes îles, Sumatra, Java, Bornéo, la Nouvelle-Guinée, et même une île aux dimensions telles qu'elle peut presque prétendre au titre de continent, l'Australie. Nous verrons pourtant qu'elle n'a pas échappé aux h 1

conditions qui semblent vouer à une stagnation prolongée les îles éloignées de toute grande terre continentale. On ne peut pas dire que la géographie océanienne soit achevée. Les cartes bien faites de TOcéanie sont semées de nombreux points d'inter- , rogation, parce qu'on n'est pas encore certain de la position précise ni même de l'existence réelle d'îles recensées au passage par des navigateurs. D'autant plus que, s'il y a des îles qui surgissent encore à notre époque du fond des mers, il en est d'autres qui y rentrent. Un phénomène géologique très remarquable, qui n'est pas inconnu ailleurs, s'élève dans cette partie du monde à la hauteur d'une loi, pour ainsi dire générale, de formation. Je veux parler de ces bancs de coraux ou de madrépores à peu près cir- . culaires qui surgissent de la mer, et tantôt servent de sous-sol aux îles les plus basses, tantôt forment comme un rempart concentrique des îles provenant de soulèvements volcaniques. Souvent même ces bancs entourent des archipels tout entiers, comme les îles Marshall ou les Gambier. La faune et la flore, surtout lorsqu'on s'éloigne de l'Asie, ont quelque chose de primitif, de fossile, comme si un âge géologique, partout ailleurs dépassé, s'était perpétué en Océanie jusqu'à nos jours. On n'y voyait, avant l'arrivée des Européens, aucun de nos quadrupèdes, excepté le chien, le rat et une petite "espèce de cochon. IL y a, surtout en Australie, des mammifères bizarres, comme «le kangourou, l'ornithorynque, des arbres inconnus ailleurs, plusieurs races humaines parfaitement distinctes, quoique entremêlées, et toutes, à l'ex-

ception des Malais, restées en dehors de la civilisation. Des conditions d'existence aussi particulières ont dû nécessairement imprimer un cachet non moins distinct au développement de l'homme dans ce monde insulaire, et par conséquent son développement religieux doit porter des marques caractéristiques d'une grande originalité.

C'est surtout ce qu'on peut dire de la race intéressante qui peupla les îles comprises sous le nom commun de Polynésie. Mais il importe de fixer autant que possible et avec clarté les principales divisions géographiques de cette partie du monde sans frontières, dont les subdivisions se confondent aisément dans les mémoires et même dans le langage. On étend souvent le nom de Polynésie à ce qui n'a rien de polynésien. On ne réserve pas toujours le nom d'Australie à la grande île nommée de préférence autrefois la Nouvelle-Hollande et qui seule doit porter ce nom.

Nous prenons d'abord un premier groupe d'îles grandes et petites, celui qui se rencontre le premier quand on se dirige de l'Afrique vers l'est. C'est la Malaisie, ainsi nommée de ce que la race malaise y est prépondérante, et qui comprend Sumatra, Java, Bornéo, les Philippines, Luçon, les Célèbes et les îles de la Sonde. On peut la renfermer sans trop d'erreur entre le 75 e et le 125 e degré de longitude est de Paris. A l'exception d'un petit nombre de points, nous laissons la Malaisie en dehors de notre champ actuel d'examen, puisque de grandes religions de civilisation, telles que le bouddhisme et l'islamisme, y ont dominé ou y dominent encore.

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Maintenant, au nord-ouest de la Malaisie, bien au sud de la Chine et du Japon, nous détachons un groupe d'archipels que Ton distingue par le nom de Micronésie, les îles de Magellan, les Mariannes, les Carolines, les îles Ratik et Ratak, les îles Marshall, les îles Gilbert, sans compter beaucoup d'autres insignifiantes. Ce groupe d'archipels est habité par une race mélangée de Malais, de Papous et de Polynésiens. Il rentre dans notre étude actuelle, et il forme la partie septentrionale du monde océanien que nous voulons étudier.

Tout à fait au sud, se montre la grande Nouvelle- Hollande ou l'Australie, à laquelle il convient de rattacher la Tasmanie ou l'île de Van Diemen, qui n'en est en quelque sorte qu'une projection.

Il reste donc, entre la Micronésie au nord, la Malaisie à l'ouest et l'Australie au sud, un immense espace, également semé d'archipels qui vont en se succédant toujours vers l'est dans la direction de l'Amérique. C'est l'espace, et ce sont les archipels qu'il faut distinguer* en Mélanésie et en Polynésie. Une seule très grande île à l'ouest, la Nouvelle- Guinée, est comprise dans cette partie de l'Océanie. Si, de l'extrémité nord de cette Nouvelle-Guinée, on trace une ellipse assez allongée pour que^ sans toucher les Carolines, coupant l'équateur à angle aigu et se retournant vers le sud, elle contourne les îles Fidji vers le tropique du Capricorne et passe entre la Nouvelle-Calédonie et l'Australie, on aura tracé la limite septentrionale et orientale de la Mélanésie ou Papouasie, où l'on distingue, outre la Nouvelle-

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Guinée, l'archipel de la Nouvelle-Bretagne, celui des îles Salomon, celui des Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, les îles Loyalty, et enfin le groupe des Fidjis.

Tout le reste de POcéanie appartient à la Polynésie. L'île dePâque (près du 112 e degré longitude ouest de Paris) est Vultima, Thule de ce monde à part dans la direction de l'Amérique. C'est, sans contradiction possible, la partie pour nous la plus curieuse, la plus intéressante de toute TOcéanie. Elle se compose principalement, à l'est des îles Fidji, des îles Tonga ou des Amis, des îles Samoa ou des Navigateurs, des îles Ellis, des îles Tokelau ou de l'Union, des îles Hervey ou de Gook, des îles Tubuai ou Australes, des îles de la Société (Taïti), des îles Gambier, des îles Pomotou. ou îles Basses. Plus au nord sont les Marquises (Nouka-Hiva) ; puis, beaucoup plus au nord encore, après avoir traversé un archipel d'îles infinitésimales, vaguement nommé les Sporades polynésiennes, les îles Sandwich ou Hawaï ; enfin, tout à fait au sud, en se rapprochant de l'Australie, les deux îles considérables qui font la plus grande partie de la Nouvelle-Zélande.

Il n'est pas contestable que la religion polynésienne, longtemps mal connue, est la plus développée, la plus intéressante des religions océaniennes. Je ne vois, dans le monde non-civilisé, que celle des Finnois qui puisse soutenir la comparaison. La Polynésie a produit toute une mythologie que ses grossièretés et ses puérilités n'empêchent pas de rappeler souvent sans désavantage les plus charmantes

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fictions de la mythologie grecque. Nous avons affaire, en l'étudiant, à une race homogène, présentant d'un bout à l'autre de l'océan qu'elle habite une ressemblance merveilleuse de mœurs, de langue et de croyance, et cela malgré la rareté forcée des rapports entre les diverses peuplades, malgré le temps qui s'est écoulé depuis leur séparation. Les autres parties de TOcéanie n'ont à nous offrir que des parallèles très pâles de la religion polynésienne, soit que, comme aux îles Fidji, nous soyons en présence de rudes et brutales traditions qui rappellent ce que nous avons pu voir chez les Caraïbes; soit que, comme en Australie et dans la jnajorité des îles mélanésiennes, nous n'ayons à recueillir que les superstitions fantastiques et incohérentes de tribus restées au plus bas niveau du développement humain. On ne s'étonnera donc pas si nous faisons une part toute spéciale à la race et à la religion polynésiennes. Les autres suivront plutôt à titre de supplément et d'éclaircissement C'est d'ailleurs sur la Polynésie, et elle le méritait bien, que nous avons les documents les plus circonstanciés et les plus sûrs.

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